Bilan

Rolex: les filiales au pouvoir

L’avant-dernier acte du règne de Bruno Meier à la tête de Rolex s’est joué à Baselworld. Alors que d’aucuns, notamment à l’interne, lui reprochaient déjà son manque de «culture Rolex» et sa «sensibilité avant tout financière», les nouveautés présentées en avril à Bâle auront signé définitivement le changement de couronne au sein de l’entreprise.

Le dernier acte s’est joué la semaine dernière: un communiqué de presse de 13 lignes annonçait le départ immédiat de Bruno Meier de la direction générale de la plus importante marque horlogère du monde avec plus de 3,5 milliards de francs de chiffre d’affaires. Pour lui succéder: Gian Riccardo Marini (64 ans) et Daniel Neidhart (47 ans). Le premier était jusqu’ici patron de Rolex Italie. Quant au second, qui était notamment en charge du marché chinois, il a été nommé directeur des filiales étrangères du groupe, une nouvelle fonction dans l’organigramme. Il demeurera basé à Hongkong. «Les filiales reprennent le pouvoir», se réjouit ce proche de la manufacture genevoise. De fait, celui qui était déjà sur la sellette aura été sacrifié par les filiales et par nombre de détaillants de la marque, certains même sans qu’ils s’aperçoivent que leurs critiques allaient précipiter la chute du directeur général. Alors que 2010 avait été unanimement considérée comme une année riche en nouveautés chez Rolex, 2011 «fait figure d’année chiche», déplore cet important détaillant étranger, à l’unisson de ses collègues. Ces signaux négatifs en provenance des marchés auront été le dernier élément à charge pour le conseil d’administration afin de tourner une page.

Si elle a été une surprise pour la quasi-totalité des observateurs, l’éviction de Bruno Meier était entendue depuis quelques semaines pour le premier cercle de ses proches: «Il avait parfaitement senti le malaise», résume-t-on. «Je suis trop Alémanique, trop financier et, en plus, pas du sérail», aurait glissé récemment le directeur général à son entourage. «Bruno Meier n’aura pas démérité, souligne pour sa part ce détaillant. Mais on ne peut pas demander à un pompier de devenir maçon après avoir éteint l’incendie.» La formule résume à elle seule le rôle de transition qui était assigné à Bruno Meier après le départ catapulte de Patrick Heiniger en décembre 2008.

Un retour aux sources

Agé de 64 ans, Gian Riccardo Marini est nécessairement un homme de transition: la principale surprise provient du fait qu’un seul homme de transition n’aura pas suffi à Rolex pour être en mesure de préparer et de désigner un directeur général pour le long terme. Un long terme dans le management qui a pourtant marqué le premier siècle de la société: Hans Wilsdorf, André Heiniger et Patrick Heiniger auront respectivement dirigé Rolex pendant cinquante-cinq ans, vingt-neuf et seize. Dans tous les cas, la nomination de Gian Riccardo Marini sonne comme une revanche pour tous ceux qui – gardiens du temple et de l’esprit Rolex – n’avaient jamais accepté l’éviction de Patrick Heiniger et son remplacement par un financier qui ne comptait alors «que quatre ans de Rolex». Avec Marini et ses quarante ans de maison, dont le père avait cofondé en 1947 la société italienne de distribution de la marque (devenue depuis la filiale italienne qu’il dirigeait), c’est un retour aux sources et aux marchés. Mais qu’on ne s’y trompe pas: le conseil qui a installé Bruno Meier il y a deux ans est le même que celui qui vient de s’en débarrasser. Les besoins d’un jour ne sont pas nécessairement ceux du lendemain.

Michel Jeannot
Michel Jeannot

FONDATEUR DE WTHEJOURNAL.COM

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Journaliste spécialisé, fondateur du site WtheJournal.com et des applications iPhone, iPad et Android associées, Michel Jeannot est à la tête du Bureau d’Information et de Presse Horlogère (BIPH), un team de journalistes collaborant avec une quinzaine de médias dans le monde, dont Bilan et le Figaro. Sa plume sûre et parfois acérée est aussi à l’aise sur les questions techniques que sur les enjeux liés à la branche et à son économie. Michel Jeannot est également éditeur et rédacteur en chef du magazine Montres Le Guide / Uhren von A bis Z / 顶级钟表鉴 (225 000 exemplaires).

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