Bilan

Recherche: «Le CSEM ne vise pas les bénéfices»

Les bons sujets de recherche sont ceux qui répondent aux besoins des entreprises, explique le nouveau directeur du Centre suisse d’électronique et de microtechnique à Neuchâtel.

Alexandre Pauchard: «Chez nous, être bilingue signifie que l’on parle à la fois le langage de la recherche et celui de l’industrie.»

Crédits: Antal Thoma

Alexandre Pauchard dirige le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) depuis le 18 janvier 2021, après avoir longtemps évolué dans l’industrie. Entretien à l’aube d’une nouvelle ère.

Quel est votre ressenti en tant que directeur du CSEM depuis six mois?

Alexandre Pauchard J’ai été vraiment surpris par la quantité et la diversité des projets qui se font en parallèle au sein du CSEM. En plus de ce qui est public, il y a de nombreux mandats sur lesquels nous ne communiquons pas pour des raisons de confidentialité. C’est vraiment cette partie immergée de l’iceberg qui m’a impressionné.

Quelles sont vos priorités?

Les priorités en matière de recherche s’articulent autour de trois axes: il y a la microfabrication de précision, la digitalisation ainsi que l’énergie renouvelable. Chacun de ces segments contient quatre à six briques technologiques sur lesquelles nous nous focalisons. Cela nous permet de travailler sur des projets dans des domaines très variés, de l’automobile au spatial en passant par l’horlogerie ou les semi-conducteurs.

Comment se place le CSEM par rapport à d’autres institutions travaillant dans la recherche?

Notre mission réside dans le transfert de technologie vers des entreprises. Nos chercheurs et experts travaillent autour de certaines thématiques depuis des années, parfois des décennies. Contrairement au milieu académique, ils ne sont pas tenus de régulièrement publier leurs recherches dans des revues scientifiques, même s’ils travaillent sur de la recherche appliquée. Le but est que nos experts soient armés pour aider les entreprises.

«Nous travaillons sur des projets dans des domaines très variés: l’automobile,
le spatial, l’horlogerie ou les semi-conducteurs»

Cela se reflète-t-il dans la provenance de vos fonds?

Globalement, nous avons 30% de notre financement qui provient de l’industrie. Innosuisse finance des projets industriels à hauteur de 12% de notre budget. Cela signifie qu’environ 42% de nos fonds sont directement liés aux entreprises. Les autres fonds proviennent de la Confédération (33%), des cantons dans lesquels nous sommes présents (10%), de projets européens (11%) ainsi que d’autres projets publics (4%).

Qui surveille ce que vous faites?

Un conseil scientifique externe valide notre plan de recherche sur quatre ans, nous le présentons ensuite au SEFRI (Secrétariat d’Etat à la formation, la recherche et l’innovation). L’objectif est de s’assurer que le CSEM travaille sur les bons sujets et réponde aux besoins existants. Les bons sujets sont ceux qui répondent aux besoins des entreprises et qui mobilisent nos propres domaines d’expertise. Nous avons plus de quinze années de recherche et de projets dans certains d’entre eux. Pour éviter d’empiéter sur les sujets de recherche d’acteurs académiques, une coordination est mise en place.

Ballon équipé d’instruments de mesure pour étudier  les phénomènes météo.
PHOTO Romain Gaboriaud

Qui sont ces experts du CSEM?

Nous avons une population très bien formée au sein de nos 540 employés: 35% de nos employés sont titulaires d’un doctorat, 30% d’un master, 15% d’un bachelor, les autres 20% d’une maturité fédérale ou d’un CFC. Nos recrutements se fondent sur de nombreux critères dont celui du bilinguisme. Chez nous, être bilingue signifie que l’on parle à la fois le langage de la recherche et celui de l’industrie.

Combien facturez-vous vos prestations?

Nous sommes une société à but non lucratif, donc nous ne visons pas les bénéfices. Lorsque nous réalisons des projets industriels, nous facturons les heures de travail ainsi que les frais indirects. En nous engageant dans des projets industriels, nous visons à nous y retrouver sans faire de bénéfice. Les coûts sont évidemment dépendants des infrastructures mobilisées. Certains projets requièrent une salle blanche ou d’autres équipements onéreux.

L’avantage que nous avons est que notre structure nous permet une certaine flexibilité. Nous pouvons décider de prendre un mandat du jour au lendemain, en changeant les priorités de nos chercheurs. Si un projet devient prioritaire, il est parfois possible d’allouer moins de temps à une recherche appliquée pour que les experts se concentrent sur un mandat stratégique.

Comment garantir une équité de budget, sachant que certains domaines coûtent bien plus cher que d’autres?

Chacune des divisions du CSEM définit un budget annuel, en se basant sur ses coûts réels. Certaines nécessitent davantage de fonds que d’autres, à cause d’infrastructures en particulier. En tant que directeur, je dois m’assurer que les moyens à disposition sont affectés aux activités stratégiques. Après avoir travaillé au sein de plusieurs industries, tout comme les experts du CSEM, je mesure la satisfaction de travailler avec des équipements industriels de premier plan, ce qui nous permet de servir au mieux les entreprises.


Le CSEM en chiffres

225 clients industriels
540 employés
210 familles de brevets
89,2 millions de francs de budget
44 nationalités


Alexandre Pauchard

Marié et père de deux enfants, Alexandre Pauchard a été nommé directeur du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) à moins de 50 ans, dix ans après ses débuts chez Bobst, où il était responsable recherche et développement. Titulaire d’un diplôme en physique de l’ETH de Zurich et d’un doctorat en microingénierie de l’EPFL, il avait auparavant travaillé à Zurich ou encore en Californie (Etats-Unis). Il possède notamment un réseau industriel conséquent ainsi qu’une bonne connaissance de l’application de la R&D, cœur de métier du CSEM.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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