Bilan

Raiffeisen fâche des villages romands

Le groupe bancaire revoit sa présence sur le territoire. En cinq ans, 84 agences ont fermé dans toute la Suisse, et ce n’est qu’un début. Les résistances sont fortes dans les campagnes.
  • Le guichet de Pampigny (VD) a été abandonné l’été dernier. Crédits: Vanessa Cardoso/EOL

Dans les campagnes helvétiques, les Banques Raiffeisen sont de véritables institutions. Elles existent souvent depuis de nombreuses décennies, voire parfois depuis plus d’un siècle. Après la fermeture des petites épiceries et des bureaux de poste, leurs succursales restent le dernier lieu de rencontre du village avec… la déchetterie.

Autant dire que le redimensionnement progressif du réseau du troisième institut bancaire du pays – avec un bilan de 168 milliards de francs – suscite ici et là une vive réprobation. Dans deux villages romands au moins, la population se mobilise via des pétitions pour conserver leur banque. Dans les Franches-Montagnes, les citoyens de Saulcy, qui compte 270 habitants, demandent un service minimum de deux heures par semaine. A Treyvaux, où vivent 1450 habitants entre Bulle et Fribourg, près de la moitié d’entre eux exigent le maintien de leur agence.

Depuis plusieurs années, le groupe Raiffeisen, composé de 321 coopératives juridiquement indépendantes, revoit son organisation et sa présence sur le territoire. Au cours de ces cinq dernières années (soit entre 2012 et 2007), suite à des fusions d’établissements locaux, le nombre de coopératives a reculé de 390 à 321, alors que celui de leurs points bancaires a diminué de 84 (-29 en Suisse romande). Avec 1071 succursales à la fin de l’année dernière, le réseau de Raiffeisen reste néanmoins le plus dense de la place financière helvétique.

Marges en recul

«La disparition de nos agences est une question hautement sensible et très émotionnelle. C’est pour cette raison que nos coopératives régionales agissent avec prudence avant de prendre une décision», affirme Alain Girardin, directeur du groupe bancaire pour la Suisse romande. Rien ne stoppera cependant l’adaptation de la distribution.

«Elle correspond à une réalité économique, sociodémographique et technologique. Notre marge bénéficiaire recule en raison des taux d’intérêt bas, les coûts liés à la réglementation augmentent, de même que les exigences sécuritaires. De surcroît, nos clients travaillent dans les agglomérations et réalisent de plus en plus leurs opérations financières par internet», explique Alain Girardin. Dans les cantons du Jura et Fribourg, trois et cinq agences s’apprêtent à fermer leurs portes dans les prochains mois.

Les Banques Raiffeisen s’adaptent ainsi à un environnement qui bouge. Pour conserver sinon pour accroître leur clientèle, elles se déploient non seulement dans les agglomérations, mais construisent de nouveaux centres de compétences régionaux ouverts tous les jours ouvrables et offrant toute la palette des prestations bancaires.

Bref, les guichets de village ouverts quelques heures par semaine sont un modèle en voie de disparition même si leur nombre reste encore important.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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