Bilan

Quel sera le quotidien des futurs praticiens des RH

Une vaste étude est dévoilée aujourd’hui par le CRQP et la chaire «ressources humaines et organisation» de l’Université de Fribourg.

Deux des trois principaux auteurs de cette étude prospective sur les tendances RH en Suisse romande, Serge Mimouni, président du CRQP et DRH de l’Hospice général de Genève, et Eric Davoine, professeur à l’Université de Fribourg, reviennent sur leur démarche.  

Eric Davoine «Il deviendra capital de développer une culture de la diversité.»

Bilan Pourquoi avoir fait une étude prospective? Serge Mimouni Les RH sont souvent amenées à répondre à des questions de court terme: remplacer un cadre supérieur, gérer un conflit interpersonnel. Ces problèmes de court terme pourraient être évités si nous avions une vision prospective de l’avenir. Le but de cette étude est justement de donner un tel outil aux RH. Une telle étude n’existait pas pour la Suisse romande, de surcroît une réelle étude scientifique.

B Etes-vous satisfaits du résultat de cette étude? SM Faire de la prospective dans un monde qui change très vite n’est pas évident. Nous étions d’abord partis sur une vision à 2020, avant de revenir à une vision à cinq ans. Je suis très content du résultat car il va aider les DRH à déterminer quelles compétences il leur faudrait développer au sein de leurs équipes et lesquelles ils devraient aller rechercher à l’extérieur. Eric Davoine La première étude du genre avait été menée en Suisse alémanique en 1998-1999 avec pour horizon 2010. Elle avait une dimension prophétique et incantatoire du type: «Voilà ce que les RH doivent devenir.» Nous avons voulu fonctionner autrement. Cela a nécessité un important travail de sélection d’une trentaine d’experts.

B Pour qu’une tendance soit validée, quel pourcentage d’experts devait être d’accord avec? ED Aucun pourcentage n’avait été arrêté. D’ailleurs, nous avons aussi mentionné quelques idées intéressantes qui étaient minoritaires. Par exemple, lorsqu’il est dit que la fonction RH va rester une fonction de contrôle, très administrative.

B N’y a-t-il pas toujours le risque qu’il y ait des effets de mode, comme avec par exemple la génération Y? ED Justement, je n’ai exprès pas voulu consacrer à cet aspect trop de place car nos experts ne pensent pas que ce soit un facteur de mutation aussi important que son traitement médiatique pourrait nous le faire croire.

B Qu’est-ce qui vous a le plus frappé? ED Il y a un vrai sujet minoritaire mais qui sera une vraie problématique dans les prochaines années, c’est celui des caisses de prévoyance. Les gens n’en parlent pas trop, parce qu’ils n’ont pas de réponses. Pourtant, c’est une problématique dont devraient s’emparer les RH. SM Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est la notion de «gestion ambidextre de la performance». Dirigeants et DRH opèrent dans un monde dans lequel les mutations technologiques et de marché sont extrêmement rapides. Nous agissons dans un contexte de changements discontinus. Le rôle du DRH est de promouvoir de la cohérence dans un monde de plus en plus complexe.

B Vous revenez également dans cette étude sur la gestion de la diversité? ED En effet. Il deviendra capital de développer une culture de la diversité et non pas d’intégrer et d’essayer de faire rentrer les gens dans des carrés ou dans des boîtes. Pour cela, il faudra arriver à développer suffisamment de compétences sociales et interculturelles chez tout le monde. La gestion de la diversité ne consiste pas simplement à adopter des quotas, il faut trouver des dénominateurs communs minimaux qui nous permettent de fonctionner ensemble.

B Existe-t-il toujours une tendance à davantage externaliser? ED Plus vraiment. L’un des enjeux à venir pour l’entreprise est d’arriver à garder des relations avec tout un ensemble d’acteurs (fournisseurs, consultants, anciens employés…) dont on peut avoir besoin à un moment de changement de cycle ou de paradigme. Par exemple, si vous êtes dans une technologie de matériel médical et que vous vous rendiez compte que le système de remboursement de ce matériel va être complètement transformé, vous serez obligé de produire autre chose. Vous allez devoir transformer votre production en rachetant une start-up. Cela vous oblige à avoir établi des liens avec le bassin lémanique autour de l’EPFL pour repérer quelles start-up peuvent être intéressantes.

L’étude peut être consultée à l’adresse suivante: www.hrtoday.ch/hrtoday/fr/meta/abos/index.php?tab=dossiers

Crédit photo:Dr

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

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