Bilan

Quel avenir pour Volkswagen dans le football?

Impact inattendu du scandale Volkswagen, les investissements de sponsoring réalisés par le groupe allemand dans le football pourraient pâtir de la cure d'austérité qui s'annonce dans les mois à venir.
  • Le club allemand du VfL Wolfsburg est porté à bout de bras depuis plusieurs décennies par Volkswagen.

    Crédits: Image: AFP
  • En plus des équipes et des stades, le groupe VAG sponsorise aussi des compétitions comme la DFB Pokal (Coupe d'Allemagne) ou des rencontres d'avant saison comme la Audi Cup, remportée cette année par le Bayern Munich, équipe spnsorisée par... Audi!

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  • Le stade de Wolfsburg, construit en 2001-2002, a été financé par Volkswagen et porte le nom du constructeur: la Volkswagen-Arena.

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Ferrari a construit son image dans la Formule 1. Porsche a façonné la sienne dans les courses d'endurance automobile. Aston Martin a misé sur la saga James Bond. Mais certains constructeurs automobiles ont largement misé sur d'autres sports. Et le football, avec son assise populaire, a de tous temps séduit les marques. En France, le FC Sochaux-Montbéliard a toujours été «le club des usines Peugeot». En Italie, la famille Agnelli a régné conjointement sur Fiat et sur la Juventus de Turin, liant les destins des deux entités. Mais aucun constructeur n'est sans doute allé aussi loin que Volkswagen et ses marques associées.

C'est au coeur de l'Allemagne, en plein Land de Basse-Saxe, que ce mariage a pris forme. La Deuxième Guerre mondiale est à peine finie que, sur les ruines de l'usine KdF-Wagens voulue par Adolf Hitler, un groupe de jeunes passionnés de football crée le VSK Wolfsburg, qui devient quelques semaines plus tard le VfL Wolfsburg (Verein für Leibesübungen Wolfsburg Fußball GmbH, de son nom complet) le 12 septembre 1945. A ce moment-là, la ville, tout juste rebaptisée Wolfsburg par les Alliés, est détruite aux deux tiers. Située en zone d'occupation américaine, la ville aurait pu devenir un bastion du baseball ou du basketball. Mais c'est un officier britannique, le major Ivan Hirst, qui obtient de diriger l'usine automobile et qui relance l'activité. C'est donc le sport roi outre-Manche qui va triompher ici aussi.

Dès les premières années, la ville qui se (re)construit autour de l'usine Volkswagen va aussi se structurer quasiment intégralement autour de la marque VW: mécénat culturel et urbanistique mais aussi sportif, le groupe est propriétaire du club (d'abord majoritairement puis à 100% deuis 2007) qui gravite longtemps dans les divisions inférieures avant de gravir les échelons dans les années 1980 et 1990. En 1992, le club devient professionnel. En 1997, il accède à la Bundesliga. En 1999, c'est la première participation à une Coupe d'Europe. En 2009, la club est pour la première fois de son histoire sacré champion d'Allemagne. Et voici trois mois, il remportait pour la première fois la Coupe d'Allemagne.

Le stade de Wolfsburg, propriété de Volkswagen

Derrière les succès des Loups (le surnom des joueurs de Wolfsburg, la ville des loups), un public nombreux et populaire (largement composé d'ouvriers et d'employés de Volkswagen) mais surtout la puissance financière du groupe VAG. L'effectif actuel ne compte que quatre joueurs formés au club sur 28 membres de l'effectif professionnel, un taux très bas par rapport à la moyenne des clubs allemands (le Bayern Munich, club des stars en Allemagne, en compte cinq actuellement). Pour le reste, le club est très actif sur le marché des transferts et a déboursé des fortunes ces dernières années pour acquérir des internationaux allemands comme Andre Schuerrle et Julian Draxler ou de prestigieux joueurs étrangers.

Sans la puissance de feu financière de Volkswagen, jamais le club n'aurait pu afficher de telles ambitions et s'attacher les services de joueurs de ce calibre. Quand un club historique de la Bundesliga, le Borussia Dortmund, a vécu des années de galère financière suite à la construction de son stade, le VfL Wolfsburg a passé cette étape sans encombres: le groupe automobile a dépensé 53 millions d'euros en 2001-2002 pour la construction de la Volkswagen-Arena, un stade conçu selon les critères les plus modernes pouvant accueillir 30'000 spectateurs en configuration football. Un outil qui assure des revenus confortables au club grâce aux ventes de billets, aux abonnements et aux loges VIP (32 suites de luxe et 1200 sièges en classe business).

En plus de ces revenus, le club de Wolfsburg peut aussi compter sur une généreuse subvention annuelle de la part de Volkswagen: chaque année, VW abonde le budget du club à hauteur de 100 millions d'euros (naming du stade, sponsoring maillot,...), comme l'affirme le média sportif français L'Equipe, citant le quotidien allemand Bild. Mais cette source affirme aussi que l'enveloppe pourrait être drastiquement réduite à l'avenir et passer à 30 millions d'euros annuellement. Ce qui aurait un impact majeur sur le budget du club. Surtout que Volkswagen est le principal sponsor du club, et que le deuxième, l'équipementier Kappa, qui versait 33 millions d'euros chaque année, a mis fin par anticipation au contrat qui le liait à la formation de Basse-Saxe.

Le groupe VAG impliqué dans de nombreux clubs

Cependant, le VfL Wolfsburg n'est pas le seul club qui voit avec inquiétude les impacts éventuels du scandale Volkswagen sur ses revenus. Le groupe automobile, via sa marque phare ou par le biais d'une des douze marques affiliées (Audi, Porsche, Skoda, Seat,...), est sponsor de quasiment toutes les équipes de Bundesliga. Et est largement impliqué dans la coupe d'Allemagne (DFB Pokal) et dans cinq clubs, en tant qu'actionnaire, propriétaire du stade ou sponsor.

Entre le Bayern Munich qui assure une exposition internationale sans égale sur la scène internationale avec Audi sur son maillot, Wolfsburg qui se positionne en concurrent de l'équipe bavaroise sur la scène allemande et garantit l'ancrage local de l'entreprise, et le FC Ingolstadt qui symbolise le soutien aux petites équipes, sans oublier la présence de deux membres au sein du conseil d'aministration de l'Eintracht Braunschweig, le groupe se positionne sur des créneaux très divers et ne néglige aucun type de public.

Or, dans son interview accordée à la Frankfurter Allgemeine Zeitung voici quelques jours, le nouveau CEO de VAG Matthias Müller a été très clair: répondant à une question sur l'avenir de son groupe dans le football, il a affirmé qu'«aucune pierre ne sera laissée sans avoir été retournée. Nous allons revoir tous les investissements prévus. Tout ce qui n'est pas absolument nécessaire sera abandonné ou reporté. Cela ne se fera pas sans mal». De quoi faire trembler de nombreux présidents de clubs allemands.

La «lex Volkswagen» au coeur des préoccupations

Du côté des instances du football outre-Rhin, ces annonces font peur et agacent certains officiels. Au printemps dernier, la Ligue allemande (DFL) a en effet adopté un arsenal de mesures pour empêcher les dérives observées dans d'autres championnats comme en Angleterre, en France ou en Italie, où des équipes se font totalement racheter par des firmes étrangères et deviennent des vitrines souvent coupées de leurs racines populaires et locales. Sur un modèle qui se rapproche de plus en plus des franchises du sport nord-américain. Pour éviter cela, un règlement a été adopté pour empêcher qu'un investisseur se porte acquéreur de plus de 10%  d'un club, «afin de protéger l'intégrité et la crédibilité de la compétition sportive». Or, partenaire historique du football en Allemagne (et sponsor principal de la coupe d'Allemagne), Volkswagen a obtenu une dérogation, une «lex Volkswagen» mentionnée explicitement dans les textes et qui permet au groupe d'échapper au couperet. Quelle sera la réaction des autorités du football si le groupe venait à se désengager?

Pour le moment, aucune coupe n'a été annoncée. Et du côté des clubs, tous les responsables se veulent rassurants. Directeur sportif du VfL Wolfsburg, l'ancien joueur international Klaus Allofs a tenté d'éteindre les premiers incendies: «Les signaux sont clairs: dans l'état actuel des choses, rien ne changera pour le VfL. On n'est ni la première ni la dernière des priorités de VW. L'implication sentimentale (de Volkswagen) est énorme et c'est pourquoi je ne suis pas inquiet». Même son de cloche dans les autres clubs menacés d'un désengagement du groupe à court ou long terme: les communiqués se multiplient au FC Ingolstadt, au Bayern Munich ou encore au Munich 1860 (l'autre club de la capitale bavaroise).

L'accent sur la formation et la vente des joueurs renforcé?

Cité par L'Equipe, le journaliste allemand Andreas Jörger, spécialiste du sport au sein de la chaîne de télévision franco-allemande Arte, est plus partagé, notamment au sujet de l'avenir financier du VfL Wolfsburg: «Son budget de 75 M€ pour la saison en cours ne représente pas grand-chose au regard des 52 milliards de chiffre d’affaires de Volkswagen et du résultat net de 3,3 milliards pour le seul premier trimestre 2015. Mais la catastrophe industrielle devrait ou pourrait, à moyen terme, affecter la politique du club et freiner les investissements, en vue d'un développement plus poussé», avertit-il.

Alors que le football allemand est régulièrement cité en exemple pour sa gouvernance sage qui permet de présenter des comptes sains tout en affichant des résultats florissants, un retrait même partiel de Volkswagen de ce secteur pourrait avoir des répercussions notables. Mais, depuis une quinzaine d'années, la politique allemande en matière de football a largement été réorientée vers la formation des jeunes générations, avec d'indéniables réussites comme les succès sur la scène européenne des clubs, de l'équipe nationale en Coupe du Monde l'an dernier, ou les ventes records des joueurs aux clubs espagnols, anglais et français. Les pertes liées à un reflux du sponsoring Volkswagen pourrait amplifier cette orientation et pousser les clubs à vendre plus vite et plus cher leurs jeunes pépites.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à la transition vers une économie plus durable et responsable, au luxe et à l'horlogerie, au tourisme et à l'hôtellerie, à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments.

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