Bilan

Quand des employés jouent la comédie

La régie Pilet & Renaud souhaitait créer une revue pour l’interne. Enrichie par la participation de Marie-Thérèse Porchet, la pièce de théâtre sera finalement diffusée sur Léman Bleu.

  • Dans la salle, lors d’une des douze représentations. A droite: Stéphane Barbier-Mueller et Pierre-Henri Schild, administrateurs de la régie.

    Crédits: Laurent Guiraud
  • La troupe au grand complet: huits professionnels et cinq danseuses accompagnaient les six collaborateurs de la régie Pilet & Renaud.

    Crédits: Magali Dougados

En septembre, 1800 personnes sont venues aux Salons à Genève voir l’une des 12 représentations de Chambres à part, revue scénarisée à partir d’une idée de Stéphane Barbier-Mueller, associé de la régie immobilière Pilet & Renaud. Ce spectacle satirique est une aventure humaine pour six collaborateurs de la régie qui se sont portés volontaires pour monter sur scène aux côtés de comédiens professionnels comme Joseph Gorgoni (Marie-Thérèse Porchet) ou Thierry Meury. Pierre Naftule a estimé que ce nombre de six était un bon ratio par rapport aux huit professionnels, sans compter les cinq danseuses. 

Pourquoi cette revue? «Travailler dans l’immobilier, c’est être au cœur des relations humaines. Mais, dans le quotidien, que se passe-t-il réellement dans une régie? Pour la première fois à Genève, une régie de la place a choisi de laisser carte blanche à un auteur et metteur en scène talentueux, Pierre Naftule, accompagné du caustique humoriste Thierry Meury, pour l’écriture du spectacle», indiquent Stéphane Barbier-Mueller, Claude Pilet et Pierre-Henri Schild, administrateurs de cette régie. 

Au sein de Pilet & Renaud, 98 salariées et salariés se côtoient. Cette régie, bien que fondée en 1872, n’a pas renoncé à sa dimension humaine. Voilà pourquoi une expérience de type «team building» est née au sein de cet événement. Nicolas Hauser et Pierre Hagmann, courtiers de biens de prestige, Christelle Andersen, juriste, Christina Canet, assistante technique, Guilhem Kokot, assistant de direction et Eve Lozeron, chargée de la communication, ont répété dès fin août, après leur journée de travail.

«Seules les dernières répétitions ont eu lieu en journée, dans le théâtre, avec tous les autres comédiens. C’était un accord avec la direction. Ils étaient heureux que nous le fassions et nous ont encouragés positivement, mais le boulot devait être assumé au quotidien. Nos collègues au sein de la régie ont également pallié nos absences et nous ont beaucoup encouragés à le faire», résume Eve Lozeron.

Qu’est-ce qui a été le plus dur pour ces amateurs? «Le plus difficile était pour moi d’interpréter les rôles, conformément à ce que Pierre Naftule avait en tête», explique Christelle Andersen. «Mémoriser les textes d’abord, car avec Pierre, c’est à la virgule près, pas de place pour l’improvisation et pas question de remplacer des mots», ajoute Eve Lozeron. «Une fois les textes mémorisés, le plus dur
a été de réussir les enchaînements entre les sketches et les changements de tenue», constate Pierre Hagmann.

«En ce qui me concerne, c’était le fait de tenter de s’approprier ce qui est un métier à part entière en peu de temps… Un exercice impossible, mais Pierre Naftule nous a poussés à donner le meilleur de nous-mêmes, parfois au prix de moments difficiles où l’on s’est remis beaucoup en question», analyse Guilhem Kokot. «Pierre Naftule ne nous engueulait pas, mais il n’a pas besoin de gueuler. On pouvait voir tout de suite si ça allait ou pas. Mais le pire, pour nous tous, ce fut la pression de la grande première, le mercredi 19 septembre, devant toute l’entreprise. Nous avons appris ce soir-là ce qu’était le vrai trac», ajoute Eve Lozeron. 

«Expérience unique»

Au final, outre l’important  investissement financier consenti par la régie Pilet & Renaud et la qualité du spectacle, que va-t-il rester de cette aventure humaine? Aux yeux de Pierre Hagmann, «cette pièce a permis de connaître parfaitement mes cinq autres collègues et de souder des liens très forts. C’était le meilleur exercice de team building qui aurait pu exister.» Ce cadre de Pilet & Renaud compare le montage d’un spectacle au mouvement mécanique d’une montre: «Un seul maillon faible et c’est la catastrophe. La personne qui s’occupe des perruques, les habilleurs sont aussi importants que les acteurs.» 

Christelle Andersen parle de challenge personnel à atteindre: «Affronter ma dose de stress incroyable avant de monter sur scène a été le principal défi, moi qui suis d’un naturel timide. Une fois sur scène, le stress disparaissait comme par magie.» Sa collègue Eve Lozeron revient sur «une expérience unique» qu’elle n’oubliera jamais: «Etre coachés par un maître en la matière, tel que Pierre Naftule, vivre une expérience sur scène, aux côtés de comédiens ultraprofessionnels, qui nous ont accueillis très chaleureusement, c’était l’expérience théâtrale ultime! Le graal! Un honneur. Pour faire rire les gens, qui plus est. Cela m’a enrichie et je ne pourrai plus jamais vivre cela.» Christina Canet parle même de «victoire sur soi-même». Enfin, Guilhem Kokot évoque une expérience unique: «Le fait de jouer douze représentations, ce qui constitue un marathon pour des amateurs, et l’échange avec de nombreux professionnels, entraîne un enrichissement collectif exceptionnel.»

Une heure de spectacle 

Alors que dix représentations avaient été planifiées, du 20 au 27 septembre, il a fallu en ajouter deux, malgré l’engagement total de Joseph Gorgoni dans la tournée avec le Cirque Knie… Autant dire que sa semaine de relâche ne l’a pas vraiment été! La première a été filmée et sera diffusée sur la chaîne genevoise Léman Bleu*, dont Stéphane Barbier-Mueller est l’un des principaux actionnaires. 

Le spectacle satirique dure environ une heure. On y retrouve donc Marie-Thérèse Porchet qui utilise son logement genevois pour exercer clandestinement des activités commerciales plus que douteuses. Elle a même entrepris des travaux sans aucune autorisation. En conflit permanent avec sa régie, elle va tenter, pour s’en sortir, d’obtenir les faveurs du propriétaire en lui promettant une part de son bénéfice. A l’origine de ce beau projet, Stéphane Barbier-Mueller s’explique sur la genèse et sur sa motivation.

«Nous avons des liens d’amitié très forts avec Pierre Naftule, qui est un ami proche de mon épouse, Caroline Barbier-Mueller. Pierre Naftule sait créer des revues comme personne et nous avions évoqué ce projet commun depuis longtemps. J’ai simplement voulu participer à la création d’un événement qui ne s’était encore jamais fait. L’idée première était de mettre en avant avec humour nos métiers et le secteur lui-même. Au final, en ayant pu inviter nos clients, nos partenaires et nos confrères, nous avons réussi à donner une image sympathique de notre régie. Au final, les retours sont très positifs. Les gens ont beaucoup ri.»   

* «Chambres à part» sera diffusé six fois sur la chaîne Léman Bleu: à 19 h 30 et 22 h, les vendredis 19 et 26 octobre, et le samedi 27 octobre.  

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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