Bilan

Quand l’aventure devient thérapie

Sans nourriture, sans eau, sans abri... Comment survivre quarante-huit heures dans la nature? Les participants des stages organisés par une association genevoise sont poussés à se dépasser.

Les participants sont coupés de tout ce qui les relie au monde moderne.

Crédits: Dr

«Un chemin prendra quarante-cinq minutes ou deux heures en fonction du but recherché.» Laurent Ducasse est l’un des instructeurs de l’association Stages Nature. Ancien chasseur alpin, il applique un protocole bien précis pour amener ses stagiaires dans leurs retranchements. La douzaine d’aventuriers en herbe apprennent à faire du feu, purifier de l’eau ou encore se créer un abri. Tous sont loin de leur zone de confort durant quarante-huit heures. «On essaie de les couper de tout ce qui les relie au monde moderne», explique l’instructeur. Eric Maroni, responsable communication, précise qu’«il y a un sentiment de risque perçu, mais ce risque n’est pas réel». Pour cause: les lieux sont parfaitement connus et tout est maîtrisé afin de s’assurer du bon déroulé de l’aventure. L’idée est de faire vivre une expérience positive et intense aux participants, qui paient environ 250 francs pour se redécouvrir.

«Je ne voulais pas rentrer», rigole Vanessa, ancienne participante. Le retour dans son quotidien a été compliqué puisque sa parenthèse en phase avec la nature l’a amenée à voir les choses différemment. «C’est le fait de construire du concret, à la fois en groupe et individuellement.» Vanessa avait participé au stage avec l’envie de se bousculer. «C’était dur, mais pas trop», raconte-t-elle. 

Le niveau de difficulté est en effet adapté, et l’association a créé ces aventures pour M. et Mme Tout-le-monde. «Une participante d’Yverdon nous a dit qu’elle n’avait jamais dormi dehors, et qu’elle avait besoin d’un écran avant de se coucher.» Résultat: elle a dormi comme un bébé, malgré les tentatives des encadreurs pour la réveiller. Pourquoi se lever en pleine nuit? «Nous faisons parfois des marches nocturnes», admet Laurent Ducasse. Il précise avec un sourire en coin: «Sans lampe frontale. On se déplace dans le noir complet.» Selon lui, les stagiaires auraient tendance à davantage tomber lorsqu’ils allument la lumière.

Apprendre par la pratique: voir une fois comment faire, puis se débrouiller seul. (Crédits: Dr)

Le hasard, absent de l’équation

Un grand travail en amont est effectué pour garantir la sécurité de tous. De la reconnaissance à l’étude d’un formulaire rempli par les participants, les experts qui encadrent l’aventure s’assurent de maîtriser toutes les variables. «Ils sont sur leur terrain», explique Eric Maroni, complété par son collègue Laurent Ducasse. «Quand il y a de la neige, je suis sur place deux jours avant pour repérer nos itinéraires.» Les instructeurs savent également quels sont les objectifs des stagiaires. «J’avais besoin d’un défi personnel», raconte Vanessa. Le mentionner dans le formulaire a permis de mettre en place la meilleure manière d’arriver à son objectif. 

Toutes les aventures usent de l’apprentissage par la pratique: montrer une fois comment faire, puis laisser les novices se débrouiller. Personne n’est mis en échec. «Tout réussir n’est pas facile pour autant», précise Eric Maroni. La faim, la soif et la fatigue sont autant de paramètres à gérer. Et si le participant refuse de faire l’effort, les instructeurs ne vont pas le faire à sa place. «Admettons qu’il faille faire un feu. Si les stagiaires refusent, ils auront froid. Moi je sais comment ne pas avoir froid», lance Laurent Ducasse, avec raison.

Ces stages, l’association les propose également pour des publics particuliers: entreprises, jeunes en rupture ou encore familles en difficulté sont autant de personnes qui peuvent bénéficier d’une thérapie par l’aventure. L’idée reste la même. Le dépassement de soi et la reconnaissance des capacités d’autrui sont mis en avant. L’instructeur évoque le cas d’une famille qui était venue, avec un adolescent confiné dans le monde virtuel. Après lui avoir donné la boussole, une carte, et lui avoir demandé de les guider, le jeune est arrivé en haut du chemin le sourire aux lèvres. La fierté d’avoir réussi, couplée à celle de ses parents, a permis de faire avancer le dialogue. 

La thérapie par l’aventure est largement répandue en Amérique du Nord, tant aux Etats-Unis qu’au Canada. Ses bienfaits et inconvénients intéressent autant les sociologues que les psychologues, même si être en difficultés n’est pas un prérequis pour participer à ce genre de séjour. L’équipe qui propose ces stages en Suisse romande est loin de se présenter comme une faiseuse de miracles. Elle se place surtout en accompagnante, pour que les personnes avancent par elles-mêmes. «Le meilleur thérapeute est la nature», affirme Eric Maroni.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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