Bilan

PSG-Barça, le foot en Qatar de finale

Le Paris Saint-Germain, du fonds d’investissement qatari QSI, défie le FC Barcelone, sponsorisé par la Qatar Foundation, en exclusivité sur la chaîne BeIN Sport, filiale d’Al Jazeera.
Lors d’une rencontre en août 2012 entre le FC Barcelone et le PSG: Lionel Messi (à g.) et Javier Pastore. Crédits: Nicolas Kovarik/Citizenside

Avant même le match retour le 10 avril, on connaît déjà le nom du grand vainqueur du quart de finale de la Ligue des champions entre le FC Barcelone et le Paris Saint-Germain. Il s’agit du… Qatar! Le micro-Etat du Golfe (la taille et la population de la Suisse romande) est omniprésent dans ce duel présenté comme franco-espagnol.

Le Qatar est depuis juin 2011 propriétaire à 100% du PSG, à travers le fonds d’investissement QSI. Il est également le sponsor principal du FC Barcelone, via la Qatar Foundation. Il est enfin le détenteur exclusif pour la France et l’Espagne des droits télévisuels de la Ligue des champions sur sa chaîne BeIN Sport.

Il est de bon ton en Europe de railler les Qataris et leur politique du carnet de chèque. Comme si le petit prince Abdallah capricieux de Tintin était devenu émir mais pas vraiment adulte. Au-delà du cliché de «roi du pétrole», l’Emirat du Golfe ne fait pas n’importe quoi. Les Qataris ont été très fortement marqués par l’invasion du Koweït en 1990.

Conscients de ne pas pouvoir se défendre seuls en cas d’agression extérieure, ils ont décidé de miser sur le sport pour se constituer un réseau d’alliances propre à dissuader les envahisseurs. Fin 2010, ils réalisaient un premier gros coup en s’offrant, pour 207 millions de francs sur six ans, le célèbre maillot rayé grenat et bleu du Barça, historiquement vierge de publicité.

Habilement, les Qataris ne placèrent pas un sponsor sur le maillot mais une obscure Qatar Foundation. Ils prirent soin cependant de stipuler dans le contrat qu’il leur serait possible d’introduire un nouveau sponsor ultérieurement. Ce qui sera chose faite la saison prochaine avec Qatar Airways.

Si l’ex-idole Johan Cruyff a qualifié ce dépucelage de «souillure», son fils spirituel Pep Guardiola a incité les supporters à accepter la manne du désert. Comme Zinédine Zidane, Pep Guardiola fut l’un des ambassadeurs de luxe de la candidature du Qatar pour 2022.

Maîtrise de toute la filière

En décrochant l’organisation de la Coupe du monde 2022, le Qatar s’est rendu compte qu’il lui faudrait aligner une équipe compétitive. Les princes passèrent des accords avec des grands clubs, firent construire un centre d’entraînement ultramoderne, lancèrent un vaste programme de détection et de naturalisation baptisé Aspire. 

Désireux de maîtriser toute la filière, ils achetèrent encore un club et, plus récemment, deux chaînes sportives.

 

Les candidats au rachat ne manquaient pas, mais aucun n’avait l’attractivité de Paris: 60 millions de francs (plus 180 autres pour les transferts) c’est peanuts pour se payer le nom de Paris et le logo avec la tour Eiffel. La logique de la création à l’été 2012 de BeIN Sport semble moins évidente.

En quelques mois, environ 450 millions de francs ont été dépensés pour décrocher les droits des compétitions sportives les plus prestigieuses. La filiale d’Al Jazeera a pillé le fonds de commerce de Canal+ (le basket NBA, le foot espagnol et les meilleures affiches du foot français et de la Ligue des champions), ses équipes et ses abonnés (-80 000 pour Canal+ en un an).

BeIn Sport revendique 1,2 million d’abonnés. Se lèveront-ils si un jour le Qatar est attaqué?

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."