Bilan

Prix humagora: Denner et la Fondation Ensemble, vainqueurs de la 3e édition

Cinq résidents y bénéficient d'une intégration active, en travaillant à l'achalandage des rayons. Sous l'oeil attentif de Georges Wenger, leur accompagnant, Olivier et Julien rangent avec application des paquets de viande congelée. Derrière leurs sourires pointe un peu de nervosité due à notre visite. Parler à une inconnue, pire, poser pour un photographe crée un stress important à ces deux jeunes résidents de l'institution L'Essarde. Une réaction qui permet d'emblée de mesurer la performance que représentent pour eux ces trois matinées hebdomadaires de travail au magasin Denner de Versoix. «Nous ne pourrions pas vivre cette expérience n'importe où, les locaux et le genre de magasin doivent s?y prêter. Nos résidents ont besoin d'espace pour se mouvoir sans rien renverser. Et le nombre d'articles doit être limité, sans quoi le défi est trop difficile à relever», explique Georges Wenger, qui est à l'origine de l'expérience. Un partenariat parti du terrain puisqu?il est né de la rencontre entre ce collaborateur de L'Essarde et le gérant de l'époque. «La direction de Denner a approuvé l'idée, motivée à changer l'image des personnes intellectuellement déficientes aux yeux de ses collaborateurs et du grand public. Mais elle ne s?est pas occupée de la mise en oeuvre», précise Tuozzo Rossano, chef de vente régional auprès du distributeur. Ce projet d'intégration réussi symbolise la raison d'être du salon Humagora, de faire se rencontrer des mondes qui évoluent en parallèle, au service de la communauté. Pour la Fondation Ensemble, qui gère cinq structures à Genève accueillant 150 personnes handicapées de 2 ans à l'âge adulte, l'expérience conduite à Versoix entre dans le souci constant de s?ouvrir sur l'extérieur. «Ici, comme au tea-room Au fil de l'eau voisin ou à la boutique Au coin de ma rue que nous tenons aussi à Versoix, nous tentons de créer des liens entre nos résidents et la population. Cela pour porter nos valeurs de respect, de reconnaissance des personnes handicapées et encourager un regard positif», note Jérôme Laederach, directeur de la Fondation Ensemble, tout en soulignant les limites de l'exercice: «Nous ne devons pas oublier qu?il s?agit d'occupation et non de production. Le but ne consiste pas à gagner de l'argent. D'ailleurs, l'expérience ne peut avoir lieu sans un encadrement conséquent, donc elle coûte. Un éducateur pour trois travailleurs à Denner, deux postes pour six personnes évoluant au tea-room».

Ouverture aux autres

Aucun contrat de travail ne lie Denner et l'institution, la relation est informelle et l'activité des personnes de l'institution bénévole. Une situation que regrette Vincent Giroud, directeur de L'Essarde, qui souhaiterait inscrire l'expérience dans un cadre «afin que le projet ne dépende pas seulement de la motivation des gens de terrain». Un voeu partagé par Georges Wenger, qui cherche sans cesse à ce que son équipe se rende réellement utile dans le magasin et ait l'impression de fournir un vrai travail. «Ne parlons pas d'argent mais signer un contrat serait valorisant, j?aurais davantage l'impression que notre prestation est reconnue par l'employeur. J?ai parfois le sentiment que les deux univers se côtoient en parallèle, gardant chacun ses priorités, c?est un peu dommage», déplore-t-il. Des discussions sont d'ailleurs en cours pour améliorer le modèle. Malgré ce bémol, l'expérience atteint son but essentiel, celui d'offrir à des personnes handicapées une place dans le monde du travail, l'opportunité de sortir du cocon de l'institution et de partager quelques instants la vie quotidienne de M. et Mme Tout-le-monde, sans que cela ne pose le moindre problème, ni aux clients, très positifs, ni aux collaborateurs de Denner. «Au contraire, ils approuvent l'initiative, sont toujours prêts à donner un conseil ou à aider. Et je considère que cette ouverture sur la différence constitue une expérience supplémentaire, un enrichissement essentiel», remarque Tuozzo Rossano.

A l'apprentissage du changement

Des relations naturelles se sont installées, et les participants s?adaptent même facilement au changement, puisqu?un seul employé présent au début de l'aventure travaille toujours là, et «nous en sommes au quatrième gérant». Des tournus de personnel pas simples pour Julien et ses compagnons, puisque souvent une nouvelle direction signifie des transformations dans le magasin. «C?est un stress à gérer, mais je constate qu?ils y réagissent de mieux en mieux», note Georges Wenger. Travailler chez Denner permet justement l'apprentissage du changement, de la souplesse, de l'ouverture aux autres, des notions très utiles aussi dans la vie de tous les jours. «Enfant, Olivier passait ses journées sous une table. Quand je le vois aujourd'hui ranger les produits alimentaires avec fierté, je suis drôlement content», sourit Georges Wenger. Pour Olivier, Julien et leurs trois camarades, les matinées à Denner sont devenues les rendez-vous importants de la semaine.

Photo: Vincent Giroud et Georges Wenger de L'Essarde, Tuozzo Rossano de Denner, avec Julien et Olivier (en orange), deux jeunes résidents de l'institution. / © Thierry Parel

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