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Pourquoi la Chine aime tant la Suisse

Syngenta, Corum, la Banque Valartis, le Palace de Lucerne, et maintenant Gategroup: les entreprises helvétiques présentent des conditions très attrayantes pour Pékin, selon les experts.

Syngenta, Corum, la Banque Valartis, le Palace de Lucerne, et maintenant Gategroup: les entreprises helvétiques présentent des conditions très attrayantes pour Pékin, selon les experts.

Crédits: Dr

Après l’acquisition de Syngenta pour 43,5 milliards de francs par ChemChina ce début d’année, la Chine est sur le point de s’offrir un nouveau fleuron helvétique avec la société de catering pour avions Gategroup. Déjà propriétaire de la société de services aéroportuaires et de cargos Swissport depuis 2015, le conglomérat HNA a lancé à la mi-avril une OPA (offre publique d’achat) à 1,4 milliard de francs sur le spécialiste zurichois du catering à bord. 

Ces deux anciennes filiales de Swissair entrent dans le giron d’un géant né en 1993, bâti autour de Hainan Airlines, la compagnie de l’île du sud de la Chine.

«Le gouvernement chinois encourage aujourd’hui les entreprises à faire des acquisitions à l’étranger afin de se diversifier, d’accéder à des brevets et à des technologies. Pour diminuer la dépendance au dollar de l’économie, les autorités recommandent les opérations dans d’autres monnaies. D’excellente qualité et au bénéfice d’un environnement politique stable, les sociétés suisses réunissent toutes les conditions», décrypte Blaise Godet, ambassadeur en Chine de 2008 à 2012.

La Chine a ainsi acquis ces dix dernières années une vingtaine de sociétés suisses, à un rythme qui s’accélère. Dans le secteur industriel, Baoshida a sauvé Swissmetal de la faillite à Reconvilier (BE) en 2012. Winterthur Gas & Diesel est maintenant contrôlée par China State Shipbuilding. Shanghai Electric détient CTU Clean Technology Universe (Winterthour), tandis que Jinsheng Group a fait renaître de ses cendres Saurer, marque acquise en 2012.

Le début d’un empire Corum?

Côté horlogerie, Citychamp Watch & Jewellery (anciennement China Haidian) a repris Eterna à Granges (2011), ainsi que Corum (2013) et Dreyfuss (2014). Le patron de Citychamp, Hon Kwok Lung, vient de s’approprier Valartis Bank Liechtenstein. D’après la HandelsZeitung, l’établissement sera rebaptisé Corum Bank. Quant au bras immobilier du même groupe, Citychamp Dartong, il a acquis en mars dernier l’hôtel et spa Le Mirador (anciennement Kempinski) à Lavaux pour 45 millions de francs. Peut-être le début d’un empire Corum sous contrôle chinois.

Dans les matières premières, le spécialiste tessinois du négoce de fer Duferco est passé en 2014 dans le giron de Hebei Iron and Steel. Le géant d’Etat Sinopec a quant à lui acquis Addax Petroleum en 2009. Détenue par l’Etat chinois, ChemChina (l’acquéreur de Syngenta) s’est offert en janvier dernier 12% du capital de la société de négoce Mercuria, puis le fabricant de machines allemand KraussMaffei et sa filiale Netstal (Glaris). 

L’entrepreneur Yunfeng Gao détient le Palace de Lucerne et le Frutt Lodge (Obwald). Et, emblèmes du design et de la qualité suisses, les gourdes en alu Sigg (Thurgovie) ont été vendues par le fonds américain Riverside au fabricant de thermos Zhejiang Haers Vacuum Containers en février 2016.

Faut-il s’effrayer du passage sous pavillon chinois d’un pan de notre industrie? Blaise Godet analyse: «Je préfère l’idée que Syngenta parte chez ChemChina plutôt que chez Monsanto. Le géant américain aurait sans doute supprimé des doublons et réduit les effectifs, tandis que la Chine a besoin de l’entier du savoir-faire de la compagnie bâloise. En revanche, chaque rachat équivaut à la perte d’un centre de décision. C’est la rançon de l’attractivité des entreprises helvétiques.» 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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