Bilan

Pourquoi gérer un club de foot sainement?

Le Servette FC est temporairement sauvé. Zoom sur le monde du football, un secteur économique à part, régi par l’irrationnel.

Le club genevois Servette FC a été repris par Hugh Quennec, déjà propriétaire du Genève-Servette HC, où il a éprouvé ses méthodes de gestion basée sur le contrôle des dépenses et l’interdépendance avec le tissu économique local. Mais le football n’est pas le hockey. Et ce n’est pas qu’une question d’ordre de grandeur.

Contrairement aux apparences, évoluer sur la glace avec des patins est beaucoup moins risqué que courir sur un terrain avec des crampons. Le monde du football est un secteur économique à part: il est dominé par la passion et régi par l’irrationnel. Au petit jeu des faillites footballistiques, les clubs romands ne sont pas les Grecs de l’Europe, loin de là. Dans un rapport publié en début d’année, l’Union européenne de football (UEFA) souligne que 56% des clubs étaient déficitaires au terme de la saison 2010-2011. La dette totale du football européen atteint 2 milliards de francs. Un record, malgré des revenus globaux également record à 15,5 milliards de francs. Un club génère énormément d’argent mais en coûte encore plus. Même la référence actuelle, le FC Barcelone, est dans le rouge. Unanimement salué pour son beau jeu, le «Barça» a gagné cinq trophées en 2010-2011 mais a perdu 11 millions de francs et creusé un peu plus un trou estimé à 444 millions. En fait, la vraie question n’est pas de savoir si l’on peut gérer sainement un club de football mais pourquoi le faire? Les clubs les plus endettés (Manchester United, Liverpool, Real Madrid, Chelsea, Barcelone) sont aussi ceux qui gagnent le plus d’argent et ceux qui remportent le plus de titres. Ceux qui par conviction, comme Arsène Wenger à Arsenal, ou par obligation, comme Jean-Michel Aulas à Lyon, cherchent à rationaliser leur gestion sont en très nette perte de vitesse. Contrairement à une idée répandue, investir massivement est un gage de réussite. Roman Abramovitch (480 millions de francs investis depuis 2003) a eu très vite du succès avec Chelsea. La famille royale d’Abu Dhabi s’apprête à en faire de même avec Manchester City. En France, le fonds d’investissement qatari QSI porte le Paris SG vers les sommets dès sa première année avec une mise de 120 millions de francs.

Question de moyens

En mains d’investisseurs et de mécènes en quête de respectabilité ou de visibilité, le football européen ne regarde pas à la dépense. En Espagne, le Real Madrid et le FC Barcelone sont des entreprises dont les actionnaires, les «socios», n’exigent pas de dividendes et n’envisagent pas de vendre leurs parts. Les présidents y sont élus au terme de campagnes où les promesses de transferts font office de programme. Les dirigeants du foot sont prêts à tout pour s’offrir les meilleurs joueurs. Comme le marché est totalement ouvert, les compétences exportables partout et les performances objectivement mesurables, les salaires des stars explosent. Les clubs les plus puissants, ceux qui bataillent au sommet de la Ligue des champions, s’endettent d’autant plus facilement qu’ils sont encouragés par ce que la théorie économique nomme «la contrainte budgétaire molle». Ils savent qu’il y aura toujours une banque ou une collectivité pour assumer les dettes et sauver les institutions que sont devenues Manchester United ou le Real Madrid. C’est le principe du «too big to fail». En revanche, cette distorsion de concurrence conduit au dépôt de bilan des clubs de seconde zone. Les clubs de football sont donc des entreprises dont la finalité n’est pas le profit mais le succès. Les Suisses courent après le même rêve mais pas avec les mêmes moyens ni les mêmes garanties. Si Servette (deux fois), Neuchâtel Xamax, Lausanne et Sion ont fait faillite, ce n’est pas parce que le football n’est pas viable économiquement mais parce que leurs présidents – Majid Pishyar, Bulat Chagaev, Marc Roger, Gilbert Kadji ou Waldemar Kita – ont promis la lune à leurs supporters sans avoir les moyens de se payer une fusée.

Crédit photo: Lluis Gene/AFP

Maxime Mercier

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