Bilan

Pomp it up, pionnier de la basket de mode

Le fondateur Toto Morand raconte l’aventure de ses magasins, lancés en 1989 dans la Lausanne alternative. Aujourd’hui, il se bat pour la survie des petits commerces.

Crédits: DR

Dans l’entrepôt de Pomp It Up à Bussigny (VD), où plusieurs milliers de paires de chaussures se répartissent sur les 1000 m2 de rangement, on travaille comme on a toujours travaillé. Les employés, certains présents depuis plus de vingt ans, tutoient le patron dans une ambiance bon enfant. Ne cherchez pas les scanners, ordinateurs ou logiciels de gestion de stock, les arrivages sont réceptionnés, rangés, puis réexpédiés à la main vers les 11 boutiques du groupe. Tous les trois mois, un inventaire d’une journée, à l’ancienne. «En ne cédant pas à la mode de l’informatisation, on a économisé 8 à 12 millions», relève Guillaume Morand – dit «Toto». Le fondateur du groupe affirme que beaucoup de ses concurrents qui ont fait ces investissements ne sont aujourd’hui plus là pour en parler: «C’est comme l’e-commerce, il faut regarder les choses en face, pour nous les petits détaillants, ça ne sert à rien, on n’est pas compétitifs.»

Effervescence des années 1990

C’est dans le quartier du Rôtillon à Lausanne que la première boutique est lancée en 1989, au milieu des bars alternatifs, squats et disquaires: «Le quartier allait être entièrement refait, les baux étaient très bas mais précaires, se remémore Toto Morand. Les vinyles d’electro et de hip-hop, les courants qui allaient marquer leur époque, commençaient à circuler. C’était LE spot.» Un écosystème qui allait migrer vers le Flon au début des années 1990. 

Pour Pomp It Up et Toto Morand, le succès est immédiat: «Il y avait une énorme demande sur la marque All Star. J’étais le seul à en proposer, j’avais réussi à les trouver chez Converse Benelux. Les gens se pointaient de toute la Suisse romande, on savait ce qu’ils venaient chercher.» 

Des milliers de paires écoulées plus tard, l’entreprise gagne Berne puis Genève, Zurich, Bâle, Lucerne… jusqu’à 16 points de vente au début des années 2000. Parmi les 11 qui subsistent aujourd’hui, la boutique d’accessoires pour les plus jeunes Neverland, en hommage à Michael Jackson qu’il affectionne, inaugurée – hasard du calendrier – le jour de sa mort. Et tant pis pour la controverse autour de l’idole de la pop et des enfants, Toto Morand assume sa position comme il l’a toujours fait.

Sauver ce qui peut l’être

Enthousiaste et combatif, le personnage sait être lucide quand il le faut. Particulièrement sur le déclin du petit commerce romand, duquel il s’érige en défenseur: «Les clients, habitués par internet, veulent constamment des offres. Ce qui fait qu’en plus de vendre moins, les marges diminuent. Tout le monde souffre.» De 80 employés et 23 millions de chiffre annuel les grandes années, le groupe est passé à 14 millions et fait désormais travailler 50 personnes. Pas question pour autant pour Toto Morand de s’apitoyer sur son sort, «surtout quand on voit des grands noms comme Charles et Karl Vögele disparaître». 

Engagé sur différents fronts depuis plusieurs années, notamment sur le plan politique et associatif, Toto Morand a envisagé de vendre l’entreprise: «J’aurais aimé avoir une petite ferme bio avec un ou deux employés, mais je n’ai pas eu d’offres pour Pomp It Up. C’est difficile aussi pour les concurrents, beaucoup ont ouvert trop de boutiques et sont aujourd’hui surdimensionnés.» 

Il ne perd toutefois pas espoir pour le petit commerce: «Quand on voit Zalando, 15 millions de paquets envoyés, 9 millions en retour et des employés sous-payés, c’est un désastre écologique et social. On peut espérer qu’il y aura un jour pour le secteur non-alimentaire le même réveil des consciences qu’il y a pour l’alimentaire.» 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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