Bilan

Petroplus, symptôme d’une concentration en cours

Les fonds d’investissement et les géants du trading pétrolier profitent d’un marché du raffinage européen en pleine crise.

En sursis concordataire depuis le début de l’année, Petroplus, le plus grand exploitant de raffineries indépendant d’Europe, a mis en vente ses cinq raffineries situées à Cressier (Neuchâtel), Petit-Couronne (France), Anvers (Belgique), Coryton (Grande-Bretagne) et Ingolstadt (Allemagne). De nombreux repreneurs ont fait part de leur intérêt pour le rachat de tout ou partie de l’activité de Petroplus. Des fonds d’investissement comme Global Emerging Markets et Goldsmith Group, des sociétés diversifiées comme Klesch Group, des traders de matières premières comme Gunvor, voire des pétrolières comme Socar Group – l’entreprise d’Etat azérie est notamment pressentie pour racheter la raffinerie de Cressier et vient de racheter l’ensemble du réseau de stations-service d’Esso Suisse.

Le 1er mars dernier, la société chypriote basée à Genève, Gunvor – codétenue par un proche du président russe Vladimir Poutine, Gennadi Timtchenko – a racheté le site d’Anvers. La fortune de l’homme d’affaires russo-finlandais était estimée entre 4 et 5 milliards de francs en 2011 par Bilan. Joint par téléphone, le porte-parole de la firme a déclaré que Gunvor «n’est pas intéressée à racheter d’autres entités du groupe Petroplus». D’une capacité de raffinage de près de 100 000 barils par jour et de stockage de plus de 1,2 million de mètres cubes, le site belge correspond parfaitement aux activités de Gunvor, centralisées sur la région Anvers-Rotterdam-Amsterdam. «Ce qui fait la valeur de cette raffinerie pour Gunvor, c’est qu’elle se trouve à Anvers, un centre névralgique du trading pétrolier en Europe», précise Olivier Jakob, directeur de Petromatrix à Zoug. Mais c’est l’ensemble des acteurs qui sont à l’affût des bonnes affaires dans un secteur en pleine crise en Europe. Une tendance que confirme Gunter Seymus, head of corporate economics auprès de Socar à Genève: «Nous ne faisons aucun commentaire sur une acquisition spécifique. Nous sommes globalement intéressés à racheter des entités dans les secteurs où nous sommes actifs en Europe.»

Optimiser les activités de trading

Quant à Gary Klesch, propriétaire et CEO de Klesch & Company Limited, il confirme son intérêt pour les sites de Coryton, d’Ingolstadt et de Petit-Couronne. «Pour nous, ce rachat ne change rien. Nous ne sommes intéressés ni par Anvers ni par Cressier. Pour les trois autres sites, les discussions sont en cours», a précisé le financier joint par téléphone. Le groupe a récemment racheté d’autres infrastructures pétrolières en Europe et vise également des acquisitions aux Etats-Unis. «Ces opérations font partie d’une stratégie globale d’acquisitions visant à optimiser les activités de trading des sociétés acquéreuses. En quelque sorte, on peut dire que les gros traders se développent comme des minimajors», explique Olivier Jakob. Par ailleurs, avec le concours du gouvernement français, le site de Petit-Couronne a obtenu un sursis de six mois grâce à un contrat avec la compagnie Shell, ancien propriétaire du site, et devrait reprendre ses activités courant mai, en attendant son repreneur.

En Suisse, le syndicat Unia a remis mercredi 7 mars au conseiller d’Etat neuchâtelois Thierry Grosjean une pétition munie de 2014 signatures en faveur du sauvetage des 260 emplois sur le site de Cressier. Le lendemain, la direction de Petroplus annonçait son intention de réduire ses effectifs à son siège principal de Zoug.

Crédit photo: Peter Klaunzer/Keystone

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."