Bilan

Patrick Odier: «Lombard Odier était prêt pour affronter la crise du coronavirus»

La première pierre du nouveau siège mondial de la banque Lombard Odier a été posée à Bellevue mercredi 28 octobre 2020. Coronavirus oblige, l'événement s'est déroulé en comité réduit autour de Patrick Odier. Agé de 65 ans, l'associé-gérant senior se retirera à la fin de l'année 2022, avant l'ouverture du nouveau site prévue mi-2023. Entretien.

Agé de 65 ans, Patrick Odier se retirera à la fin de l'année 2022.

Crédits: Keystone

Pour son futur siège, Lombard Odier a vu les choses en grand: 27'400 m2 de bureaux pour accueillir jusqu’à 2600 postes de travail. Conçu par le cabinet d’architectes Herzog & de Meuron avant la crise sanitaire, le projet veut conjuguer élégance intemporelle et innovation pour créer un ensemble urbanistique unique sur les bords du Léman. Objectif: renforcer les synergies entre les collaborateurs et la clientèle, dans un lieu en harmonie avec la nature.

Bilan: Quelles sont les ambitions du nouveau siège de Lombard Odier?

Patrick Odier : Avec ce projet, notre premier objectif est de réunir l'ensemble de nos collaborateurs de Genève sous un seul toit. Actuellement, 1600 personnes travaillent sur cinq sites dans le canton ; la nouvelle organisation doit permettre de réduire l'ensemble des surfaces actuellement mises à leur disposition, mais aussi d'améliorer la qualité des interactions entre les collaborateurs et d’offrir une expérience unique à la clientèle. A terme, nous pourrons accueillir jusqu'à 2600 personnes dans ce lieu exceptionnel en leur offrant des conditions de travail optimales. Avec une surface totale de 38'000 m2, 10'000 m2 de façades vitrées et 300 m2 de panneaux solaires, c'est le plus important projet que le groupe Lombard Odier ait entrepris depuis sa création.

Quelles sont vos sources de financement?

Le fruit de la vente des bureaux du Groupe – 300 millions ndlr- est alloué à la construction de notre nouveau siège. Il s’agit d’un investissement qui nous apportera une meilleure productivité. Dans cette optique, nous veillons à améliorer le bien-être de nos collaborateurs et à faciliter leur intégration dans la vie économique locale : cela se traduit notamment par la mise à disposition d'un restaurant d’entreprise, d'un centre de fitness et de plusieurs espaces de détente sur le site. Par ailleurs, nous allons soutenir la création d'infrastructures de mobilité douce dans la commune.

Vous allez quitter le centre-ville de Genève, c'est un grand changement?

C'est sûr ! Mais le nouveau siège se trouve sur un nœud de communication extrêmement bien connecté, à proximité immédiate de l'autoroute A1, à cinq minutes de l'aéroport de Genève Cointrin et six minutes en train de la gare Cornavin en Léman Express. Nous voulons mettre l'accent sur la mobilité douce en encourageant nos salariés à utiliser les transports publics et le vélo : un grand parking leur sera dédié. En ce sens, la situation, l'accessibilité et la surface du site de Bellevue sont des atouts par rapport au centre-ville de Genève.

Pouvez-vous développer un peu plus votre stratégie et vos efforts en matière de durabilité?

Depuis plusieurs années déjà, le groupe Lombard Odier s'est engagé dans la durabilité avec un objectif : encourager notre métier pour qu'il devienne un vecteur de transformation vers un modèle économique plus durable. Dans cette optique, nous recommandons à nos clients d’investir leurs avoirs dans les entreprises les mieux positionnées dans la transition en cours, comme la société énergétique danoise Ørsted par exemple. Parallèlement, nous appliquons ce que nous prônons dans nos pratiques d’entreprises. L’année dernière, nous sommes devenus la plus grande institution financière à obtenir la certification "B Corp".

Aujourd'hui notre projet s'inscrit dans cette même logique de durabilité. La construction de notre nouveau siège privilégie la circularité, avec l’utilisation de béton recyclé et les matériaux de la région notamment. En matière énergétique, le renouvelable est privilégié, avec l'installation de panneaux solaire, un bâtiment connecté au réseau Génilac pour le chauffage et la climatisation, les eaux de pluie seront récupérées, etc… Le tout sera certifiés par des labels suisses et internationaux.

En mars dernier, le coronavirus a frappé de plein fouet notre économie. Comment avez-vous fait face à cette crise inédite et comment réagissez-vous aujourd'hui face à la seconde vague?

Le coronavirus nous a prouvé que le groupe Lombard Odier était prêt pour affronter une situation de crise. Tout d'abord, nous étions prêts sur le plan technologique : cela nous a permis de mettre 80% de nos équipes en télétravail en une semaine, tout en continuant à assurer 100% du service à la clientèle. Ensuite, je dirais que nous avons eu une bonne préparation et une bonne organisation en matière de gestion de crise ce qui nous a permis de ne pas céder à la panique et de rester efficace dans cette situation inédite. In fine, nous avons réussi à garder et à entretenir la relation de confiance avec nos clients et cela s'est traduit dans les chiffres avec une croissance soutenue et des afflux d’avoirs en hausse.

Le développement du télétravail justement ne risque-t-il pas de freiner votre projet de Bellevue?

Non. Premièrement, nous exerçons un métier de services, où l’on se consacre exclusivement à sa clientèle. La relation humaine est centrale. Ensuite, je pense qu'après cette crise, les gens auront justement besoin de retrouver une forme de proximité. Mais il faudra intégrer les nouveaux modes de travail : c'est tout le défi de notre projet ! Accessibilité et flexibilité seront nos maîtres-mot.

Vous allez-vous même prendre votre retraite dans deux ans et céder la place à Hubert Keller avant l'ouverture du nouveau site: quel bilan tirez-vous de votre mandat?

Je suis très fier d'avoir contribué à la croissance du Groupe et de représenter la sixième génération de banquiers, de m'engager dans la politique d'investissement menée par Lombard Odier à travers les générations et de voir qu’elle porte ses fruits. En 224 ans, nous avons traversé 40 crises financière et nous en sommes sortis toujours plus forts. Aujourd'hui, je suis très honoré de poursuivre mes fonctions jusqu'à la fin 2022. Ensuite, je continuerai d’amener ma contribution au groupe lorsque utile, y compris dans nos nouveaux locaux.

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Laure Wagner

Journaliste

Lui écrire

Laure Wagner est correspondante indépendante à Genève pour les médias francophones. Elle a travaillé pendant six années en tant que journaliste rédactrice et reporter au sein de la rédaction de France 24 à Paris.

Pour le service politique, elle a couvert tous les grands événements de ces dernières années et notamment les élections présidentielles et législatives françaises de 2012 et 2017. Elle a également réalisé de nombreux reportages sur des sujets d'économie et de société pour les différents magazines de la chaîne internationale.

Elle est titulaire d'une double licence en Histoire et en Science Politique et d'un master en Histoire des relations internationales (Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne).

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