Bilan

Paroles de patrons

Trois personnalités romandes racontent comment le visionnaire d’Apple a inspiré – voire influencé – leur management.

«Peu d’entreprises allient design et technologie comme Apple» Nicolas Henchoz, EPFL + Ecal Lab

C’est un des piliers de l’univers Apple: le design est entièrement intégré dans le processus d’innovation des produits. Nicolas Henchoz a adopté ce concept lors de la création de son laboratoire EPFL + Ecal en 2007 à Lausanne. Une unité où ingénieurs et designers s’associent pour transformer l’exploit technologique en expérience sensorielle pour l’utilisateur. Bref, du Jobs tout craché. «Lorsqu’on achète un produit Apple, c’est une expérience qu’on acquiert, au-delà d’une performance, commente Nicolas Henchoz qui est également en charge de l’image de l’EPFL. C’est ce concept qui stimule la démarche du laboratoire.» La collaboration entre les deux écoles s’avère fructueuse. Un projet de réalité augmentée développé au sein de l’unité a remporté le premier prix au Festival international du design à Berlin en 2010. «Beaucoup d’entreprises sont fascinées par Steve Jobs, mais peu parmi elles allient le design et l’ingénierie comme lui le fait, déplore-t-il. Elles se contentent d’emballer joliment leur performance, alors qu’elles profiteraient davantage de la combinaison du design et de la technologie.»

«Prendre le contre-pied des règles traditionnelles de marketing» Christian Wanner, LeShop.ch

«Steve Jobs n’a pas fait de workshop consommateur pour créer l’iPhone, il a fondamentalement poursuivi une conviction révolutionnaire. Dans le cas contraire, nous aurions eu des Nokia avec plus de boutons!» s’exclame Christian Wanner, CEO de LeShop.ch. A son lancement en 1997, le supermarché en ligne prend aussi le contre-pied des règles traditionnelles de marketing. «Si nous avions enquêté auprès des consommateurs pour connaître leurs attentes, le commerce alimentaire en ligne ne serait probablement jamais né.» Même scénario lors de l’adaptation aux écrans iPhone. Il a fallu par ailleurs prendre une décision stratégique, celle de se focaliser sur l’essentiel. Un choix qui rappelle la simplicité de l’univers Jobs. «Nous refusons tout ce qui rend complexe le concept mobile de LeShop.ch. L’interface et la recherche des produits alimentaires doivent afficher une efficience maximale.» La stratégie semble fonctionner puisque les commandes via mobiles et tablettes dépassent les 10 millions cette année. Le cofondateur du supermarché en ligne évoque aussi la cohérence de l’expérience Apple: visite au magasin, carton, matériaux, mise en scène de l’objet… Le soin du détail contribue à l’expérience du produit. «LeShop.ch, certes moins esthétique, réfléchit minutieusement à toute cette chaîne. Tout doit être pris en compte, du dépliant publicitaire jusqu’à la livraison.»

«Nous ne voulons pas faire du Apple, ce serait impossible» Daniel Borel, Logitech

Steve Jobs, une source d’inspiration? «Quand il a commencé à révolutionner Apple à la fin des années 1990, je m’étais déjà battu pour mon entreprise», sourit Daniel Borel, un des fondateurs de Logitech créée en 1981. Le Vaudois, qui a rencontré le phénomène de Cupertino, dit partager sa passion extrême pour l’entrepreneuriat. «Logitech a récemment connu des difficultés. C’est cette passion qui donne le courage à une société de traverser des tempêtes. Comme Jobs, je pense qu’il est nécessaire d’accepter l’échec pour aller de l’avant.» Aujourd’hui membre du conseil d’administration de Logitech,Daniel Borel admire la manière dont Steve Jobs a remis sa société sur pied. Une persévérance qu’il a lui-même connue. «Logitech a dû entièrement se réinventer au milieu des années 1990. Durant cette grande opération, qui comprenait toute une réorganisation et une relocalisation en Chine, tout le monde nous pensait morts.» Comme Apple, le géant du périphérique informatique cherche aujourd’hui à «penser différemment». Après avoir manqué le tournant lifestyle opéré par la pomme croquée, la société souhaite se rattraper. «Nous ne voulons pas faire du Apple, ce serait impossible. Par contre, nous devons nous adapter à ses produits, notamment au niveau du design et de l’ergonomie. C’est pourquoi nous lançons une nouvelle gamme de claviers, haut-parleurs et autres accessoires.»

Crédits photos: Christian Brun/EOL, Dr

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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