Bilan

Procter & Gamble: Après le plastique et l'éléctricité, place au carbone

Spécialisée dans les biens de consommation courante, la multinationale Procter & Gamble a annoncé accélérer sa lutte contre le changement climatique en adoptant des mesures sur l’ensemble de ses activités. L’occasion pour Bilan de rencontrer virtuellement sa vice-présidente Virginie Hélias.

Une équipe du California Project de la Fondation Arbor Day en plein travail dans une forêt. C'est l'un des nouveaux partenariats de P&G.

Crédits: Arbor Day Foundation

Ils s'étaient donnés rendez-vous pour une table ronde virtuelle avec un seul leitmotiv: «La nature est notre plus grande alliée.» Organisée par le National Geographic et P&G, cette conférence avait pour objectif de discuter du pouvoir de la nature comme solution au problème climatique. Plusieurs grands noms de la protection environnementale étaient réunis. On peut citer le docteur M. Sanjayan, PDG de Conservation International, Carter Roberts, PDG du World Wildlife Fund ainsi que des défenseurs du climat. Mais pas seulement, la table ronde accueillait également David Taylor et Virginie Hélias, PDG et vice-présidente monde en charge du développement durable chez P&G. L’occasion pour eux d’annoncer les nouveaux objectifs mondiaux du géant basé à Cincinnati en matière de neutralité carbone pour la décennie à venir sur l’ensemble de ses activités.

Un précurseur en matière d’environnement

Depuis 2011 et la création d’un pôle développement durable chez P&G, la multinationale enchaîne les partenariats et les programmes pour l’environnement. Mieux, en 2019 le groupe Procter & Gamble avait déjà réalisé la quasi totalité de ses objectifs pour 2020. On peut notamment citer une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 25% depuis 2010, une baisse de l’utilisation d’eau sur ses sites de productions de 27% en 10 ans ainsi qu’une production nulle en déchets de fabrications dans plus de 92% de ses sites.

En 2018, P&G avait également lancé son programme Ambition 2030. «Son but est d’inspirer des impacts positifs à travers nos propres chaines d’approvisionnement, nos marques, nos employés et notre société. Notamment à travers des partenariats pour réaliser des objectifs que nous ne pourrions réaliser seuls comme le climat, l’eau et le plastique», explique Virginie Hélias devant la table ronde virtuelle. L’entreprise a réalisé un travail colossal sur ce matériau: «Après avoir développé cinq axes pour réduire notre utilisation de plastique vierge à partir de pétrole notamment sur notre packaging, continue la vice-présidente monde chez P&G, notre objectif est désormais de réduire notre utilisation de 50%». 

Le géant de l'Ohio a donc lancé un partenariat avec la Fondation Ellen MacArthur pour tracer le plastique utilisé afin de produire un plastique recyclé de meilleure qualité. Il met également la main au porte-monnaie en joignant l’Alliance To End Plastic Waste dans laquelle une cinquantaine de compagnies se sont engagées à verser 1,5 milliard dans des solutions permettant de récupérer les déchets plastiques. Aujourd’hui, l’entreprise va désormais plus loin en s’engageant à rendre ses activités mondiales neutres en carbone pour la décennie. Ceci afin de coller aux objectifs de l’Accord de Paris qui prévoit de limiter l’augmentation de la température de 1,5° en 2050.

Une réduction de 50% de ses émissions de gaz à effet de serre

Devant une table ronde virtuelle, les représentants de P&G ont annoncé à l’aide d’une vidéo de présentation, une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50% ainsi que l’achat d’électricité 100% renouvelable sur ses sites de fabrication d’ici 2030. «Il est de notre responsabilité de protéger les réserves essentielles de carbone et d’investir dans des solutions qui permettent à notre planète de se régénérer», ajoute Virginie Hélias.

Afin de combler les 50% de gaz à effet de serre restant qu’elle ne peut maîtriser, P&G va également avoir recours à des programmes de protection et de restauration de la nature. «En réduisant notre empreinte carbone et en investissant dans des solutions climatiques basées sur la nature, nous atteindrons la neutralité carbone pour la décennie dans l'ensemble de nos activités et nous contribuerons à protéger les écosystèmes et les communautés vulnérables dans le monde entier», explique David Taylor, PDG monde de l’entreprise, convaincu que des émissions carbone proche de 0 passent par un travail collectif.

«La nature à elle seule peut résoudre jusqu’à un tiers du changement climatique»

P&G s’associera à Conservation International et au World Wildlife Fund afin de financer des projets destinés à protéger, améliorer mais aussi restaurer des écosystèmes essentiels comme les forêts, les zones humides, les prairies ou encore les tourbières. Pour le docteur M, Sanjayan, PDG de Conservation International, s’ils sont menés correctement, ces efforts «peuvent permettre de réduire d’un tiers les émissions pour la décennie et, surtout, de soutenir les moyens de subsistance des communautés situées en première ligne du changement climatique.» 

Parmi le portefeuille d’activités développé par P&G, on peut notamment identifier, la restauration de la forêt atlantique avec la WWF sur la côte Est du Brésil, l’Evergreen Alliance avec la Fondation Arbor Day, qui vise à préserver les bienfaits que procurent la nature. On peut encore citer un projet de protection des mangroves et des écosystèmes menacés de Palawan en partenariat avec la Conservation International appelé Philippines Palawan Protection Project.

85% des émissions indirectes produites par le consommateur

Touchant près de cinq milliards de personnes par l’intermédiaire de ses marques comme Always, Ariel, Gillette ou encore Pampers, 85% des émissions indirectes de P&G proviennent de l’utilisation de ses produits par les consommateurs. A titre d’exemple, plus de 60% de l’empreinte carbone d’une lessive se situe dans la phase d’utilisation par le consommateur, notamment via l’énergie consommée par la machine à laver pour chauffer l’eau. Avec de tels chiffres, la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne passerait-elle pas par des programmes de prévention du client? Nous avons posé la question à sa vice-présidente monde en charge du développement durable, Virginie Hélias.


Crédits: Procter & Gamble

Depuis plus de 30 ans chez P&G, Virginie Hélias a d’abord débuté chez Ariel avant de devenir en 2011 vice-présidente en charge du développement durable. Elle est l’architecte des objectifs Ambition 2030 et a été lauréate du prix Women Leading Award du World Business Council for Sustainable Development. 

  • Avec ce chiffre de 85% de carbone provenant de l’utilisation des consommateurs, ne faudrait-il pas mieux faire de la prévention?

Assurément mais elle passe par l’innovation et l’éducation. Ce sont les deux pôles à lier. L’innovation est le cœur de notre métier, il faut trouver les formules qui puissent permettre et donner confiance aux gens de laver à froid quand ils font une machine par exemple et leur dire pourquoi c’est important de le faire. Chaque degré compte. On fait de la prévention depuis 2004 et on va l’accélérer. Pour 2020, on avait un objectif spécifique: 70% des machines de nos consommateurs devaient être fait à froid et on l’a déjà réalisé en 2019. Maintenant il faut augmenter cette prévention mais on ne peut pas aller dans le mauvais sens.

  • Comment ces préventions prennent-elles forme ?

Principalement sur le packaging mais malheureusement peu de gens lisent nos indications. On a donc décidé de développer nos conseils sur notre site en web en permanence. La prévention passe surtout dans notre communication. Aujourd’hui on travaille sur des campagnes à grande échelle avec des nouvelles formules. On combine l’innovation à la communication. Ça va de pair. C’est valable pour tous nos produits. Tout ce qu’on peut faire en matière d’innovation contribue à réduire ces émissions à l’usage.

  • Nous sommes encore dans une période délicate à cause du Covid-19, qu’elle a été son influence pour P&G et sa stratégie de durabilité ?

On a vu plusieurs choses: les gens restent plus chez eux ainsi ils développent de nouvelles habitudes notamment des nouveaux modes de lavage. Désormais il y a une consommation supérieure d’eau de 30-40-60% à cause d’un lavage plus fréquent. Pourtant les gens ont eu une plus grande conscience de ce qu’ils consomment. Ainsi ça nous permet de donner des mesures pour limiter cette consommation. On a également observé que la population a désormais conscience que leur santé et celle de la planète sont liées. Les gens prévoient déjà de ne pas consommer de la même manière. Ils vont faire beaucoup plus attention notamment sur la qualité des produits.

  • N’avez-vous pas peur que la relance de l’économie ralentisse, vos objectifs écologiques ?

Nous avons réalisé beaucoup d’études et il en ressort qu’une grande majorité de la population a une volonté d’une relance économique verte. On a donc une corrélation entre le Covid et le climat. L’écologie et l’économie ne doivent pas être en confrontation et c’est notre philosophie chez P&G. On se demande constamment comment arriver à mettre en œuvre une croissance verte tout en intégrant une dimension durable à nos innovations, à nos marques, dans notre culture ainsi que dans nos pratiques.

  • Depuis 2011 et la création de ce département en développement durable, avez-vous aperçu un tournant autour des préoccupations environnementales?

Au début c’était compliqué. C’était toujours dans les valeurs de P&G mais la question était de comment le mettre en œuvre. C’était le but de mon travail avec l’avantage de bien connaître l'aspect business. Il nous a fallut intégrer cette notion de durabilité dans notre culture et dans notre manière de faire. On a réussi à changer les mentalités. Par exemple, on pose chaque année deux questions à nos collaborateurs: est-ce que vous parlez de durabilité dans vos projets et est-ce que vous pensez contribuer au développement durable de votre organisation? 83% de nos employés répondent positivement. De plus plusieurs fois par an des experts viennent à notre siège à Cincinnati pour aborder cette notion de durabilité dans nos stratégies. Le véritable tournant a eu lieu il y a deux ans quand on a sorti notre feuille de route Ambition 2030, aujourd’hui la durabilité est encrée dans notre continuité.

  • Plastique, énergie et maintenant gaz à effet de serre, quelle sera la prochaine étape pour P&G?

Ce sera vraisemblablement l’eau, car elle est liée avec le climat. Plus il change ou se réchauffe, plus la détresse hydrique augmente. On a un gros chantier sur cet élément. On a dès lors déjà commencé à identifier 18 bassins sur lesquels P&G a des opérations dans le monde entier, de la Californie à la Chine. On travaille sur des modèles de partenariat et de financement afin d’arriver à ramener de l’eau dans ses bassins. Notre société n’a pas encore la même conscience de l’eau qu’elle a avec le plastique ou le climat. Pourtant, ce sont tous des challenges planétaires à résoudre.

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