Bilan

Numérique: il faut (ré)apprendre

Face au numérique, l’enseignement est bousculé: cours d’informatique, apprentissage du code, utilisation d’outils technologiques… ou alors changement plus profond des mentalités?

La tablette en classe: outil indispensable ou simple gadget?

Crédits: Martin Barraud/Getty images

Des milliers de tablettes tactiles devraient arriver dans les établissements scolaires romands. Confédération, cantons, services de l’enseignement et partenaires privés ont planifié un vaste programme pour équiper les élèves avec ces outils. Un effort louable… mais coûteux et «à côté de la plaque», selon certains spécialistes de l’éducation.

«J’ai engagé des démarches pour que notre établissement puisse bénéficier des fonds de ce programme mais sans se retrouver avec les tablettes, car c’est un gadget qui n’est pas indispensable», affirme Alain Moser, directeur général de l’Ecole Moser, dans le cadre du Meyrin Economic Forum, qui s’est tenu vendredi 8 février. Pour lui, l’évolution technologique du XXIe siècle rend nécessaire une refonte des enseignements: «Il faut passer d’une compétence ciblée à une «littératie numérique», un état d’esprit ouvert et curieux, qui donne les clés pour comprendre et décrypter soi-même.»

Selon l’OCDE, la digital literacy se définit comme «l’aptitude à comprendre et à utiliser le numérique dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses compétences et capacités».

Pour Philippe Dugerdil, responsable de la recherche auprès des HEG, «demain, nous devrons nous former en permanence: la formation va être révolutionnée pour suivre le monde que va nous forger la machine. Singapour a mis en place un programme national pour former l’ensemble de la population aux nouvelles opportunités nées de ce qu’on regroupera sous le terme d’intelligence artificielle.»

Plutôt que des cours pour apprendre à l’ensemble d’une génération à coder, une compétence que certains annoncent obsolète à l’horizon 2025, les spécialistes de l’éducation privilégient une approche moins rigide et hiérarchisée et plus souple, en variant les possibilités d’apprentissage et d’acquisition de compétences. 

Acquérir de nouvelles compétences

C’est ainsi que l’Université de Genève a mis en place le programme «Adopt a skill»: «Plutôt que de financer ses études en bossant dans un fast-food ou comme agent de sécurité la nuit, un(e) étudiant(e) peut trouver un accord avec une entreprise qui le fera travailler sur ses compétences réelles, dans le cadre d’un travail universitaire, et lui permettra d’acquérir de nouvelles compétences, en phase avec les besoins de l’entreprise», explique Jean-Henry Morin, professeur associé en systèmes d’information au sein de l’Université de Genève. 

«J’ai ainsi eu un étudiant qui est venu me voir pour m’informer qu’il avait pu lancer une activité à la suite de ce programme et qu’il souhaitait faire une pause dans son cursus universitaire. J’ai estimé qu’il pourrait apprendre beaucoup avec cette opportunité et je l’ai soutenu. Il avait douze collaborateurs. Un an plus tard, il est revenu me voir et avait 18 collaborateurs», narre Jean-Henry Morin.

Mais pas question de tout miser sur les outils numériques: «Je tiens à ce que nos élèves sachent écrire en français, aussi bien sur un clavier qu’avec un stylo sur du papier; le numérique doit être un moyen et non un objectif en soi. L’objectif doit rester de former des humains capables de s’interroger sur leurs compétences, d’en apprendre de nouvelles au fil de leur vie et de transmettre des connaissances», insiste Alain Moser. 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."