Bilan

Non, Marissa Mayer n’a pas perdu la tête!

La charismatique patronne de Yahoo! pose pour «Vogue» dans une attitude glamour. Et si les femmes leaders ne craignaient plus le cliché des femmes-objets? Analyse.
Une pose contraire à l’image de sérieux d’une patronne? Crédits: Mikael Jansson/Vogue

Elle est belle, elle est riche, elle est talentueuse, elle est blonde, superblonde, elle est scientifique de haut vol, elle est classée 14e des plus influents par Fortune et 32e femme la puissante au monde par Forbes.

Un palmarès qui aurait pu lui monter à la tête si elle n’avait pas renversé celle-ci sur une chaise longue pour le magazine Vogue. Dans une pose glamour et lascive qui n’a rien à envier aux icônes de la mode.

Sauf que l’Américaine Marissa Mayer, directrice de Yahoo!, 38 ans, est une pointure des nouvelles technologies. Elle a gagné l’an dernier la bagatelle de 36,6 millions de dollars, sa fortune est estimée à 300 millions. Et, de toute évidence, elle aime faire parler d’elle, qui avait dit ingénument, à l’époque où Google n’était qu’une start-up, «ne pas avoir remarqué être la seule femme dans l’équipe d’ingénieurs».

Depuis, la fan des algorithmes, de l’intelligence artificielle et des systèmes symboliques a dû comprendre que le genre puisse faire la différence, puisque cette photo a fait le tour des réseaux sociaux, considérée par certains comme la démonstration d’un égoïsme arrogant, par d’autres comme celle d’une décontraction nouvelle des femmes à poigne.

«Cette pose correspond davantage au standard du magazine qu’à celui du manager, analyse Annik Dubied, sociologue des médias et spécialiste de la célébrité à l’Université de Genève. La construction de l’image, esthétisante, où le sujet réinvestit le cliché de femme-objet, est contraire à l’image de sérieux d’une patronne. Et pourtant, son double regard dans l’objectif (le vrai et celui en abîme de la tablette) nous dit autre chose: «J’arrive à être prise au sérieux, même dans une pose contraire.»

C’est peut-être cela, la méthode Mayer: déconstruire les clichés sans avoir l’air d’y toucher, faire passer les faiblesses pour des forces. N’est-ce pas elle déjà qui annonçait, le jour même de son engagement à la tête de Yahoo!, qu’elle était enceinte? Et qui retournait au turbin deux semaines seulement après l’accouchement (mais avec une nurserie privée au bureau)?

Toujours est-il qu’en alliant la symbolique au travail acharné, Marissa Mayer a réussi à redresser la barre de Yahoo!, distancé par son rival Google. Les profits sont meilleurs qu’attendus (331 millions de dollars), le cours de l’action s’est apprécié de 60% depuis qu’elle est aux commandes et l’entreprise a créé une foule de fonctionnalités et d’applications mobiles.

«En juillet, en termes de trafic, Yahoo! a dépassé Google, c’est un retour inattendu, s’enthousiasme Pascal Meyer, patron de Qoqa. Cette femme a une ambition incroyable, il faut bien qu’elle s’amuse un peu!»

Une féminité assumée

Amusement ou stratégie? A ce niveau d’exposition publique, parions plutôt sur la seconde. Pour Pedro Simko, président de Saatchi & Saatchi Suisse, la dirigeante de Yahoo! a tout juste: «Cette photo est très positive pour la marque. La problématique de Yahoo! était de sortir de l’ombre, voilà qui est fait.» Marissa, la lumineuse…

«Elle a parfaitement le droit de se montrer ainsi, et les critiques sont hypocrites, estime Claudine Esseiva, secrétaire générale des femmes libérales-radicales. Cette femme sait ce qu’elle se veut, et mes amies socialistes pensent de même.»

A la Fédération des entreprises romandes, Stéphanie Ruegsegger est plus nuancée: «Si elle a voulu créer le buzz, c’est réussi, mais je ne suis pas sûre qu’elle gagne en crédibilité.» 

Et si ce genre de photo reflétait une nouvelle tendance? Lorena Parini, maître d’enseignement et de recherche en études genre à l’Université de Genève: «Il fut un temps où les femmes qui aspiraient au sommet de l’échelle sociale devaient mettre leur côté féminin en veilleuse. Aujourd’hui, celles qui l’ont atteint par leur travail ne renoncent plus à jouer avec la féminité classique. Pour autant, attention au retour de bâton, comme on l’a vu avec Rachida Dati.»

Avec une différence: le bilan de Marissa Mayer n’est pas contestable. Jusqu’ici. Et puis elle est Américaine, et blonde…

Laure Lugon

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