Bilan

Biotech: Nicolas Tièche tire la sonnette d’alarme pour la main-d'oeuvre

L’entreprise fribourgeoise UCB Farchim peine à engager des opérateurs en biotechnologie. Selon son directeur, «cela risque d’être un énorme défi pour les années à venir» pour tout le secteur.

Le CEO d’UCB Farchim en appelle à «une solution supracantonale» afin de former des opérateurs en biotechnologie.

Crédits: UCB

Les lecteurs qui souffrent de rhume des foins connaissent le zyrtec. Cet antihistaminique est produit à Bulle chez UCB Farchim, un site biopharmaceutique stratégique du groupe belge UCB, coté en bourse, dont les ventes dépassent les 5 milliards de francs. Relativement discrète, la filiale fribourgeoise qui fête ses 25 ans d’existence a ouvert ses portes. Dans son écrin vitré et ultramoderne en plein cœur de la Gruyère, le directeur des lieux, Nicolas Tièche, présente son entreprise.

Actuellement, pour pallier la demande, nous faisons un travail de formation à l’interne, mais cela ne suffit pas

Outre l’antihistaminique zyrtec, que produit UCB Farchim?

Nicolas Tièche Le site de Bulle a été créé en 1996 pour produire le zyrtec, un anti-allergique qui a fait la renommée de la multinationale. Début 2000, le site s’est également spécialisé en neurologie avec un traitement contre l’épilepsie. Puis UCB a commencé sa transformation en entreprise biotechnologique. Nous sommes désormais aussi actifs en immunologie. Grâce à la production de fragments d’anticorps monoclonaux, nous pouvons traiter des maladies auto-immunes inflammatoires, comme le psoriasis, la maladie de Crohn ou la polyarthrite rhumatoïde. UCB a investi plus de 600 millions de francs pour la construction et l’installation de ses équipements industriels. La production de médicaments constitue 80% des activités, mais le site abrite également les centres d’expertise pour la biotechnologie, pour les dispositifs médicaux, la filiale commerciale pour la Suisse et les services à la clientèle. Trois plateformes technologiques cohabitent sur un même site, ce qui est rare. En effet, peu de sites en Suisse et dans le monde réunissent à la fois des installations biotechnologiques, chimiques et galéniques sur un seul et même site de production.

Quelle est la capacité de production du site de Bulle?

Grâce aux produits fabriqués à Bulle, nous traitons environ 100 millions de personnes par année dans le monde. 80% d’entre elles utilisent nos anti-allergiques alors que 20% sont traitées par nos produits neurologiques. Enfin, 200 000 personnes sont concernées par nos traitements en immunologie. Aujourd’hui, nous nous dirigeons de plus en plus vers des traitements ciblés. En termes de volumes, nous produisons 3600 batchs par année, soit 700 tonnes de principes actifs chimiques, ce qui correspond à 2 milliards de comprimés. Enfin, nous fabriquons 750 kilos issus de produits de la biotechnologie.

Spécialiste en production biotech: des compétences très recherchées. (UCB)

Est-il difficile de recruter des talents dans vos domaines d’activité?

550 personnes de 25 nationalités différentes travaillent sur notre site fribourgeois. Ce n’est pas facile de recruter. Le taux de chômage est très faible en Suisse. De plus, il y a une concurrence dans l’écosystème régional des sciences de la vie. Outre l’environnement de travail ou les questions salariales, nous devons aujourd’hui attirer le personnel grâce à une forte culture d’entreprise. Beaucoup de jeunes cherchent des sociétés avec un engagement sociétal et environnemental. Il est impératif de présenter des valeurs en matière d’équité, d’inclusion, de diversité ou de développement durable. Il y a quelques années, l’actionnaire était au cœur de nos préoccupations. Puis, nous nous sommes concentrés sur les patients. Désormais, nous répondons aussi aux demandes des employés.

Faites-vous face à une pénurie de spécialistes?

Nous trouvons des spécialistes, niveau master. En revanche, nous avons un vrai problème pour engager des opérateurs en biotechnologie, ceux qui travaillent sur les lignes de production. C’est une denrée rare. Il n’existe pas d’apprentissage en Suisse pour les former. Cela risque d’être un énorme défi pour les années à venir dans l’ensemble de la branche biotech en Suisse. Il faudrait une solution supracantonale afin d’ouvrir une filière de formation. Actuellement, pour pallier la demande, nous faisons ce travail de formation à l’interne, mais cela ne suffit pas. Nous devons engager des profils plus ou moins similaires, provenant de l’industrie alimentaire ou laitière. Ils ont l’habitude de travailler avec des niveaux d’hygiène et de sécurité exigeants.

Avez-vous des projets d’expansion?

Jusqu’en 2020, on produisait cinq produits différents sur le site de Bulle (trois dans la gamme allergie, un en neurologie et un en immunologie). On a ajouté en 2021, en pleine période Covid, la production du principe actif d’un nouveau traitement contre l’épilepsie. Nous avons actuellement un projet en cours pour un septième produit en biotechnologie pour le traitement du lupus. Il y a une expansion qui se poursuit mais, en même temps, une érosion sur des produits plus anciens. C’est un cycle normal. Ainsi, nous allons continuer de produire grâce aux installations de production existantes. Nous avons suffisamment de place dans les bâtiments actuels. Néanmoins, plusieurs millions de francs seront investis pour produire ces nouveaux traitements. Nous possédons un terrain de 17 hectares sur lequel nous avons érigé sept bâtiments. Nous avons suffisamment de place pour ériger une nouvelle usine même si cela ne fait pas partie, pour l’instant, des plans d’UCB.

Grâce aux produits fabriqués à Bulle, nous traitons environ 100 millions de personnes par an

Quelle est votre stratégie de croissance pour les prochaines années?

Le portefeuille de produits en cours d’essais cliniques est très riche chez UCB et plusieurs lancements de produits biologiques sont prévus dans les prochaines années. Nous sommes dans une phase de croissance organique. Notre groupe, qui compte au total plus de 8000 personnes et génère 5 milliards de francs de revenus, investit 29% dans la recherche et le développement. Après notre virage important vers l’immunologie, la thérapie génique pourrait prendre une part de plus en plus importante dans notre futur. La croissance est essentiellement organique, mais nous sommes également bien positionnés pour des acquisitions.


Former plus d’apprentis

L’Association BioAlps, qui vise à promouvoir les sciences de la vie en Suisse occidentale au plan national et à l’étranger, constate elle aussi qu’il y a une pénurie d’opérateurs en biotechnologie. «ll existe déjà une formation dispensée par l’EPIC – Ecole professionnelle intercantonale de chimie à Monthey (VS) – pour répondre aux besoins de technologues en production chimique et pharmaceutique, mais les apprentis sont recrutés principalement sur le canton du Valais et un plus grand nombre devrait être formé pour répondre aux besoins de toute la Suisse», note Magali Bischof, project & community manager au sein de l’Association BioAlps. «Pour les apprentis, la distance à parcourir pour la formation est un problème s’ils viennent d’un autre canton, c’est pourquoi d’autres formations ailleurs en Suisse occidentale sont nécessaires pour répondre à ces besoins.»
Le canton de Neuchâtel commence en septembre 2021 une nouvelle formation d’apprentis technologues en production chimique et pharmaceutique qui sera donnée dans le cadre de l’Ecole professionnelle de Neuchâtel – CPLN. Six premiers apprentis seront formés cet automne. Pour le canton de Fribourg, il y a le BioFactory Competence Center (BCC), mais celui-ci est davantage positionné en formation continue qu’en formation de base.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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