Bilan

Mort d'Edouard Leclerc, pionnier de la grande distribution

Le Breton Edouard Leclerc, 85 ans, fondateur de l'enseigne de grande distribution du même nom, est décédé à Saint-Divy, dans le Finistère. Il avait officiellement passé les rênes en 2005 à son fils Michel-Edouard.
Le Breton Edouard Leclerc, 85 ans, fondateur de l'enseigne de grande distribution du même nom, est décédé lundi à Saint-Divy, dans le Finistère. Il avait officiellement passé les rênes en 2005 à son fils Michel-Edouard.

L'information émanait lundi de la mairie de cette commune et de l'association des Centres Leclerc, et a été confirmée par le fils de l'entrepreneur.

Le président François Hollande a salué un homme «qui a rénové la grande distribution française» et le MEDEF a évoqué un «esprit entrepreneurial hors du commun».

Edouard Leclerc était le fondateur des centres E. Leclerc, une coopérative de patrons propriétaires née dans un hangar breton et propulsée au rang de première enseigne française de distribution alimentaire.

Né le 20 novembre 1926 à Landerneau (Finistère) dans une famille nombreuse très catholique, Edouard Leclerc a d'abord été séminariste. En 1949, il ouvre avec son épouse Hélène une épicerie dans un hangar rue des Capucins à Landerneau.

Court-circuiter les fournisseurs

Il y vend à prix de gros des produits de consommation courante, d'abord des biscuits, puis de l'huile et du savon. Il se fournit directement chez les producteurs pour court-circuiter les fournisseurs et supprimer leurs marges, faisant ainsi baisser les prix. Il permet à ses disciples d'utiliser gratuitement son nom pour ouvrir leurs magasins pourvu qu'ils respectent sa conception.

Après la Bretagne, il vise le territoire national, non sans résistances et échauffourées: on l'accuse de «tuer le petit commerce». Pierre Poujade le prend pour cible, et les contrôles fiscaux s'enchaînent. En 1960, il gagne les premiers procès contre des marques qui refusent de l'approvisionner.

Le mouvement se structure avec la création en 1964 de l'Association des centres distributeurs E. Leclerc (ADCLec) et en 1970 de la centrale d'achat nationale Galec. En 1969, c'est la scission: plusieurs dizaines de distributeurs quittent Leclerc pour fonder Ex, futur Intermarché/Les Mousquetaires.

A plusieurs reprises, il affronte au tribunal son frère Michel, auquel il reproche d'utiliser la marque Leclerc pour ses propres affaires.

Combatif

Patron médiatique, il se pose en défenseur du consommateur et pourfendeur des monopoles, une tactique reprise et amplifiée par un de ses trois enfants, Michel, qui accole à son prénom celui de son père. Michel-Edouard co-préside le groupement en 1988 et le préside depuis 2003.

L'enseigne n'hésite pas à vendre moins cher qu'autorisé pour faire plier les pouvoirs publics. Elle aura gain de cause avec la libéralisation du prix des carburants, mais perdra sur le prix unique du livre.

Leclerc a élargi son activité: carburants, bijoux, voyages, parapharmacie et biens culturels, devenant le deuxième libraire de France derrière la Fnac. Fin mai 2012, le groupement comptait 560 magasins en France et 114 à l'international, mais son fondateur n'en détiendra que deux, à Landerneau et à Brest.

L'épicerie fondée avec un capital de 5000 francs à donné naissance à un groupement dont les ventes atteignent 40,66 milliards d'euros en 2011, implanté outre la France en Espagne, Italie, Pologne, Portugal, Andorre et Slovénie.

Souvent qualifié de visionnaire, il a toutefois sous-estimé deux virages de la distribution moderne: le libre-service, qu'il adoptera en 1962, et les marques de distributeurs.

Fin 2003, il vend le nom de l'enseigne et ses dérivés aux adhérents pour 120 millions d'euros, selon le magazine spécialisé «LSA».

Très critique envers les gouvernements successifs, il vouait une grande admiration au général de Gaulle. En 1987, il envisage de se présenter à l'élection présidentielle, mais y renonce.

Controverse

En avril 2011, le journaliste Bertrand Gobin a été mis en examen pour diffamation après avoir publié un document tendant à montrer selon lui qu'Edouard Leclerc, incarcéré six mois à la Libération, a été libéré grâce à un certificat de complaisance.

M. Gobin a relaté la protestation de la famille d'un résistant breton fusillé par les Allemands, après que Nicolas Sarkozy eut remis à Edouard Leclerc la légion d'honneur en 2009.

La mise en examen est quasiment automatique dans les affaires de diffamation. Edouard Leclerc avait dénoncé une «pseudo-révélation», affirmant avoir été «lavé» par la justice en 1945. Bertrand Gobin sera jugé début 2013.

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