Bilan

MCI, l’événementiel à la conquête du monde

Sébastien Tondeur déploie l’entreprise familiale genevoise à l’international. Selon le jeune CEO, le potentiel du «phygital» - qui lie les univers réel et numérique - s’avère immense.
  • Sébastien Tondeur. L’entreprise a été fondée par son père Roger en 1987.

    Crédits: Lionel Flusin
  • Basée à Genève, MCI organise plus de 5000 événements et projets par an dans le monde.

    Crédits: Dr

Après l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, la conquête des Etats-Unis est désormais bien assurée. Le spécialiste de l’événementiel MCI récolte les fruits d’une stratégie pensée depuis plusieurs années. «Les clients basés sur sol américain, que nous aidons à se déployer à l’étranger, représentent 15% de nos activités globales, indique Sébastien Tondeur, CEO du groupe genevois. Ils apprécient notre Swiss touch, avec une culture d’entreprise internationale comme pilier. Il s’est alors avéré nécessaire de nous installer sur place pour développer leurs projets domestiques.» 

En 2015, le rachat de la société américaine Coulter Companies offre un tremplin idéal. «Cette structure a enregistré 10% de croissance l’année dernière.» D’autres alliances devraient être annoncées prochainement, souffle-t-il. Le groupe compte aujourd’hui 100 employés aux Etats-Unis, répartis entre Washington DC et New York. 

Fondée en 1987 par l’entrepreneur Roger Tondeur, père de Sébastien, MCI connaît une ascension fulgurante grâce à une série de rapprochements – on les compte par dizaines – partout dans le monde. Au début des années 2000, la PME fusionne avec GIC, leader belge des organisateurs de congrès. Elle acquiert le spécialiste suisse de l’audiovisuel Dorier en 2006 et ouvre un bureau à Singapour après le rachat du réseau de production audiovisuelle Perfectus AV, présent alors dans 8 pays de la zone Asie-Pacifique.

En 2010, Sébastien Tondeur, alors âgé de 34 ans, prend la tête de ce qui devient un empire de la communication et de l’événementiel. Aujourd’hui, quelque 1900 employés répartis dans 31 pays déploient un large spectre de services pour les associations et les multinationales, principales clientes du groupe. Les 250 collaborateurs basés à Genève sont désormais rassemblés au sein d’un siège flambant neuf en zone industrielle. MCI opère sur tous les fronts, de la formation à la certification, de l’organisation de congrès à la gestion de communautés online, des opérations marketing événementielles aux spectacles d’envergure. 

Le marché suisse, «carte de visite»

Lors de l’Expo universelle 2015 à Milan, le groupe genevois a par exemple entièrement pensé, construit et géré le pavillon de l’Union européenne. Sur 1900 m2, il monte une expérience interactive pour exposer les défis de l’alimentation dans le monde. Le sommet Sibos, quant à lui, se tient pour la première fois à Genève fin septembre 2016. Fournisseur officiel des événements hors congrès depuis huit ans, MCI figure parmi les organisateurs de cette grand-messe des services financiers. «De nombreuses équipes sont mobilisées pour cet événement, un projet phare pour Genève», souligne Sébastien Tondeur. 

Le marché suisse – «notre carte de visite» – représente quelque 15% du chiffre d’affaires global. «Face à des clients suisses malmenés par le franc fort, nous avons dû faire certains efforts. Mais il n’y a pas eu de franche baisse d’activités», soutient-il. L’entreprise affiche un chiffre d’affaires global de «près d’un demi-milliard de francs», pour plus de 5000 événements et projets organisés par année.

Si des investisseurs externes ont pris des parts du capital, la famille Tondeur reste pour l’heure majoritaire. «Le secteur est en consolidation, constate-t-il. Nous sommes régulièrement approchés par de grands groupes de communication, mais pour l’instant, nous refusons toute offre.» Son ambition? Asseoir sa position de leader mondial dans l’industrie événementielle.  

Le numérique, une croissance exponentielle

Le jeune patron, diplômé du MIT, l’affirme sans détour. «Le numérique a multiplié nos retours sur investissement et représente plus de 25% de notre chiffre d’affaires aujourd’hui. Lorsque j’ai rejoint le groupe en 1998, j’ai dirigé le développement du premier système de gestion de contenus en ligne, dans le cadre de conférences internationales. Le numérique a constamment été présent dans notre métier. Et nous avons évolué avec lui.»

Un mot revient souvent à la bouche du CEO: «phygital» –  soit l’union entre les univers «physique» et numérique. Au-delà de la simple conception d’apps mobiles et de sites web, le groupe vise à créer des expériences multicanales et personnalisées. 

Démonstration: «La plupart des associations ouvrent davantage le contenu de leurs congrès aux participants ou aux membres. Nous développons ainsi des services sur mesure, virtuels et physiques, par exemple pour ceux qui doivent se rendre sur place pour signer un contrat ou s’entretenir avec un intervenant. Ou encore pour ceux qui ne souhaitent voir en ligne qu’une partie précise d’une présentation.»

Outre la peur d’une fuite d’informations confidentielles, c’est la cannibalisation que certains clients craignent avant tout. «La baisse des ventes de billets traditionnelles pour un événement reste par exemple inévitable sur le court terme, affirme, convaincu, Sébastien Tondeur. Or, les entreprises et associations se rendent compte de l’impact du numérique, et de son importance sur le long terme. Mais il faut déployer la bonne stratégie.» Il faut par conséquent donner naissance à de nouveaux modèles d’affaires, comme «la commercialisation de contenus numériques à valeur ajoutée qui peuvent engranger des centaines de milliers de francs en plus pour nos clients». 

L’essor de l’événement «gamifié»

La gamification, soit l’utilisation des mécanismes du jeu vidéo pour susciter l’engagement, constitue un outil prometteur pour le groupe genevois. L’Organisation mondiale de la santé a récemment fait appel à MCI pour sensibiliser les communautés aux enjeux de l’hépatite virale et aider les pays les plus touchés à mettre en place des plans d’action. Une expérience immersive a ainsi été développée lors d’une conférence au moyen d’une application mobile, pour plonger les utilisateurs dans un scénario d’épidémie. 

En 2015, MCI se positionne stratégiquement sur le créneau des jeux électroniques, «un des segments les plus prometteurs dans le phygital». Le groupe a fondé une joint-venture avec ESL Gaming, société allemande leader mondial des compétitions sportives en ligne, pour percer le marché de l’e-sport brésilien. «Le potentiel est énorme. De plus, organiser un tournoi d’e-sport demande pratiquement autant de moyens et d’énergie qu’un véritable match de football», s’exclame Sébastien Tondeur. 

En Amérique latine, MCI s’est alliée à Campus Party, grand-messe technologique qui plonge quelque 4000 jeunes créatifs et gamers dans l’innovation et l’entrepreneuriat. Au programme, des activités et des démonstrations qui incluent drones, robots, réalité virtuelle, et le déploiement de toutes les nouveautés audiovisuelles dans lesquelles la société événementielle s’est spécialisée. 

Pour Sébastien Tondeur, pas de doute: le numérique et son alliance avec le monde «réel» compteront pour quelque 50% des revenus de MCI dans les années à venir. «Difficile désormais d’imaginer un seul événement sans y inclure un concept numérique.» 

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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