Bilan

Masset croit toujours en l’avenir du papier

Basée au Mont-sur-Lausanne, la PME vaudoise vend des imprimantes depuis septante ans. Ses produits, de plus en plus high-tech, tentent de répondre à la ruée vers l’écologie.

Michel Rohrbach, directeur commercial de Masset.

Crédits: Darrin Vanselow

Directeur commercial de Masset, Michel Rohrbach est catégorique: «La mort du papier, ce n’est pas pour demain.» Pourtant, la PME familiale à la pointe de l’innovation n’a pas cessé d’investir dans les solutions digitales. Depuis septante ans, l’entreprise vaudoise vend des imprimantes dernier cri à sa clientèle de niche: institutions étatiques, entreprises et particuliers de Suisse romande. Ceux-là mêmes qui, souvent, accompagnent leurs courriels de la recommandation «Pensez à l’environnement avant d’imprimer ce message».

Le web était censé «sauver» des arbres. Et c’est tout le contraire qui s’est produit. «Entre les années 2001 et 2005, il y a eu une augmentation d’environ 30% du nombre d’impressions dans les entreprises. Un effet inattendu, lié à la multiplication des équipements ainsi qu’à leur multifonctionnalité toute nouvelle», explique le directeur. Une époque marquée par l’arrivée des imprimantes qui désormais faxent, scannent, photocopient en A3 et aussi en couleurs et plus seulement en noir et blanc. «Même aujourd’hui, je suis très étonné de voir toutes les piles de documents en papier distribués aux salariés par leur hiérarchie.» Un gaspillage collectivement assumé, à en croire la présence inséparable de la poubelle à côté de chaque imprimante.

Cependant, s’agit-il d’inconscience uniquement? «Non», rétorque Michel Rohrbach, car, dans le secteur de l’industrie, on ne peut se passer du papier. Idem pour celui du digital, de l’ameublement, des cosmétiques, de la pharmacie, de l’électroménager, etc.: tous leurs produits sont accompagnés de notices d’emploi en papier qui finissent généralement à la poubelle. Même des bocaux en verre pour conserves ne sont pas exempts de prospectus de mode d’emploi. Par ailleurs, plus il y a de consommateurs, plus il y a de déchets. D’après les statistiques de la Banque mondiale, les pays développés produisent davantage de déchets «secs» comme le plastique, le papier, le métal ou le verre que les pays à faible revenu, qui, eux, créent essentiellement des déchets alimentaires.

Réveil écologique

A partir de 2015 pourtant, les choses commencent, enfin, à évoluer. L’écologie devient une préoccupation majeure, et des applications comme PaperCut aident les consommateurs à calculer leur impact environnemental. Chez Masset, on se met à commercialiser la nouvelle génération d’imprimantes, qui sont des sortes d’ordinateurs de bord. Elles trient, archivent, sauvegardent et envoient les documents par courriel afin d’éviter aux usagers de les imprimer inutilement. Quant aux technologies d’impression, celle en 3D fait sa grande entrée sur le marché. Toutefois, imprimer de manière 100% écologique reste un rêve.

D’après Michel Rohrbach, à ce jour, les impressions traditionnelles à jet d’encre à froid restent parmi les moins polluantes par rapport aux impressions au laser, en 3D ou encore à jet d’encre à chaud. Elles sont également les plus coûteuses, et la majorité des 4000 clients de Masset préfèrent acheter des imprimantes laser, pourtant plus polluantes. Pour remédier à cette situation, la société propose et développe son offre de solutions innovantes qui permettent de dématérialiser les documents afin de les utiliser et de les partager de manière numérique.

Des stratégies dont la mise en place sera provisoirement ralentie à cause du coronavirus. «Depuis mi-mars, nos activités accusent une baisse d’environ 60% et, malgré notre chiffre d’affaires annuel de 8 millions de francs, nous allons probablement être obligés de mettre une partie de nos 30 collaborateurs au chômage technique», confie ce directeur commercial. Pourtant, il n’est pas inquiet quant à l’avenir, préférant, selon sa formule, «se focaliser sur la sortie de ce tunnel plutôt que sur son entrée».


Le COVID-19 met K.-O. les imprimeurs

Annulations Contactés, six imprimeurs romands ont accepté de témoigner de l’impact de la pandémie sur leurs affaires. «Le peu de nouveaux mandats que nous avons depuis l’intensification de l’épidémie provenaient de petites PME. Une goutte d’eau dans notre carnet de commandes habituel», souligne Pascal Gafner, d’Artgraphic Cavin à Grandson (VD). Benjamin Marhely, de Copy Center Cointrin (GE), qui habite en France voisine, s’avoue inquiet quant à sa mobilité: «Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer à revenir à Genève pour des rendez-vous professionnels.» Tandis qu’Antonio Gayoso, de l’imprimerie G. Chapuis (GE), fait état d’importantes pertes financières dues à l’annulation de Baselworld. Idem pour Stevan Bonneau, de CopyQuick (NE), dont les clients horlogers se sont également rétractés pour la même raison en le privant ainsi de 40% de ses revenus du mois de mars. A Lausanne, Mathieu Guillaume-Gentil, de Graphus, rapporte les annulations des clients restaurateurs et organisateurs d’événements, qui leur ont coûté plus de 20% des recettes. Quant à Eric Morleo, de Cornaz Impressions à Yverdon, il constate la perte, en seulement deux jours, de la presque totalité des mandats liés à l’événementiel. Tous espèrent le soutien de l’Etat et la fidélité de leurs clients après la fin de cette crise.

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