Bilan

Masques: le succès inédit d’une PME

L’entreprise zurichoise HeiQ Materials a développé un produit chimique novateur qui renforce les propriétés antivirales des masques. Elle reçoit des demandes du monde entier.

Carlo Centonze, directeur et fondateur de HeiQ Materials et Thierry Pelet, membre du conseil scientifique.

Crédits: HeiQ

Quinze ans après sa création, une PME zurichoise active dans la chimie rencontre un succès inédit. Grâce au lancement il y a deux semaines d’un produit novateur et efficace contre le coronavirus, HeiQ Materials (HeiQ) croule sous les demandes. «Je reçois un mail toutes les trois minutes. Depuis le lancement, nous avons reçu plus de 700 demandes du monde entier», confie Carlo Centonze, directeur et cofondateur de l’entreprise qui emploie 90 collaborateurs. Il ajoute: «L’un de nos clients a notamment besoin de notre produit pour traiter 500 millions de masques faciaux. Les volumes sont élevés, nous avons de la peine à suivre la demande. Mais la priorité revient aux hôpitaux suisses. Nous venons de livrer nos premiers masques à l’un d’entre eux, à Zurich.»

Multiples récompenses

Dès ses débuts, la jeune pousse attire les regards. Elle empile les récompenses d’année en année. HeiQ se concentre sur le traitement antimicrobien du textile, notamment contre les mauvaises odeurs. Elle conquiert les marchés et acquiert des clients comme Patagonia, Burton, Geox et New Balance. En parallèle, elle collabore avec des medtechs pour fournir des produits de désinfection des matériaux. «En 2011, nous avons développé un produit avec l’entreprise suisse Viroblock. C’était une combinaison entre nos microcomposites d’argent et leur technologie basée sur les liposomes (une vésicule artificielle formée par des lipides, ndlr) qui permet de renforcer les propriétés antivirales. Après avoir validé notre technologie, nous nous sommes malheureusement aperçus qu’il n’y avait plus d’intérêt pour les antiviraux. En 2013, nous avons rangé notre produit et nos résultats dans un tiroir», raconte Carlo Centonze.

Six ans après, le vent tourne. Fin novembre, l’entrepreneur, qui compte des employés en Chine, a un pressentiment. Le virus qui se propage ne ressemble pas à une simple grippe. «J’ai poussé toutes mes équipes à ressortir notre vieux projet, à revalider les données avant d’accélérer la fabrication d’un nouveau produit. Appliqué sur des masques faciaux, nous avons démontré qu’il est cent fois plus efficace contre le coronavirus que sans traitement. Et quelques secondes suffisent à le détruire», relève le patron de l’entreprise qui possède des sites de production en Suisse, au Portugal, aux Etats-Unis, en Chine, à Taïwan et en Australie.

Le dirigeant ne perd pas de temps. Deux heures après la déclaration de l’état d’urgence par le Conseil fédéral le 16 mars, HeiQ annonce le lancement de son produit phare. «Il est primordial que le personnel de santé ne tombe pas malade. Nous envoyons notre produit chimique en Chine. Nous l’appliquons sur les masques et les blouses chirurgicales que nous produisons là-bas avant de les acheminer en Suisse», se réjouit Carlo Centonze.

Pour commercialiser son produit, HeiQ doit toutefois faire face à de multiples difficultés. Les matières premières qui rentrent dans la fabrication du produit chimique ne sont pas faciles à se procurer. La logistique constitue aussi un casse-tête pour la location de charters. De surcroît, les prix du transport aérien ont été multipliés par cinq. Enfin, les obstacles bureaucratiques sont nombreux. «Il y a six jours, les Etats-Unis étaient ouverts à l’importation de masques chinois. Il y a trois jours, elle a été interdite», conclut Carlo Centonze.

Daniel Eskenazi

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