Bilan

Marie Owens, leader d’opinion

Cheffe économiste et pionnière du métier, la Suédoise est depuis huit ans la «boussole» macroéconomique d’Indosuez Wealth Management.

Crédits: Lionel Flusin

Elle est l’une des premières cheffes économistes de la place financière suisse. Marie Owens Thomsen, Suédoise d’origine, travaille depuis huit ans au sein d’Indosuez Wealth Management, la filiale suisse de gestion de fortune du Crédit Agricole à Genève, après être passée par les plus grandes institutions de la finance. Et à l’évidence, elle est reconnue et écoutée. Ce qui donne envie d’en savoir plus sur son expérience. 

C’est en 1990 qu’elle a débuté dans les marchés financiers, lorsqu’elle a rejoint, à Londres, une maison de courtage qui sera plus tard rachetée par un groupe bancaire de premier ordre. «Ma passion pour la finance s’est développée petit à petit.» A l’époque, elle travaille à la salle des marchés: «Nous étions 4 femmes sur 750, se souvient-elle. L’ambiance était brute de décoffrage, mais pleine de franche camaraderie.» Les marchés sont alors pour elle un sujet d’étude intéressant: crise du système des taux de change européens, arrivée de l’euro... 

Durant ces années, elle admet n’avoir pas eu le temps de réfléchir à la condition des femmes dans la finance. Mais elle évoque quelques anecdotes parlantes. Son supérieur, qu’elle estime, lui propose un transfert à la succursale de Paris. Quelques mois plus tard, quand elle l’appelle pour l’avertir de sa grossesse, il lui répond: «You are what?», puis raccroche. Il ne lui adressera plus jamais la parole. 

Puis elle part rejoindre une autre banque internationale. Là aussi, elle croise le chemin de «machos», mais aussi de collègues masculins très aimables et ouverts. Elle retient une constante: «Les femmes sont confrontées tous les jours à des situations de sexisme ordinaire. Les hommes nient cela et pensent qu’on exagère. Il reste difficile d’en parler.» 

«Je défends l’indépendance de ma pensée» 

Ce qu’elle attendrait des hommes? Elle le résume ainsi: un jour qu’elle se trouvait autour d’une table de 20 personnes, le sujet du sexisme a surgi. «J’étais la seule femme; presque tous les hommes se défendaient et minimisaient le sujet. Seul un homme, d’origine asiatique, m’a dit: «Que peut-on faire pour vous aider?» Voilà la réponse que je solliciterais des hommes.» Marie Owens Thomsen se bat pour le congé paternité et s’étonne que la Suisse ne l’ait toujours pas adopté. «En Suède, il y a un an et demi de congé parental à répartir entre le couple. Au départ, les hommes ne jouaient pas le jeu, mais l’Etat leur a imposé de prendre un minimum de jours. Il faut légiférer d’abord et ensuite cela rentre dans les mœurs», recommande-t-elle. Elle estime aussi que les quotas permettent de débloquer les situations: «Il faut avoir le courage d’occuper des postes de quotas; trop d’opposants font comme s’il était parfaitement connu d’avance que les femmes bénéficiant de quotas seraient moins compétentes.»

Marie Owens Thomsen est une leader d’opinion, et cela est assez rare pour être noté, surtout dans le monde de l’économie. «J’essaie de rester très humble sans chercher à imposer ma vision», explique-t-elle. Mais sa vision est construite de manière à être insubmersible. «Cela demande du travail.» Et aussi de savoir défendre ses vues. «Je défends en effet mon droit de penser et l’indépendance de ma pensée.» 

Lorsque des pouvoirs externes ont cherché à l’influencer, elle n’a pas transigé. Ni quand le consensus se situait de manière écrasante d’un côté du débat. En 2011, en pleine crise de l’Euro, son analyse était que la monnaie unique n’allait en aucun cas s’écrouler. «Je me sentais très seule, et c’est là qu’il faut avoir une force de conviction.» . 

Marie Owens Thomsen est si solide dans ses analyses qu’elle vérifie régulièrement ce qui est publié un peu partout. Lorsqu’elle lit en 2011 que «la Chine vit de ses exportations», une idée reprise en boucle par les marchés, elle ose dire que c’est faux. «L’investissement alimentait davantage la croissance chinoise, et les exportations ne contribuaient que pour une faible part au PIB chinois.» Autre exemple: les chiffres américains sont publiés sur une base annualisée et sont régulièrement comparés à des chiffres d’autres pays qui eux sont exprimés en glissement annuel. Elle écrit même à The Economist pour faire part de ses objections. 

Marie Owens Thomsen est considérée comme une «boussole», et un «laboratoire d’idées». Pour la plus grande satisfaction de son entourage professionnel. 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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