Bilan

Lufthansa inquiète du risque d'échec de son plan de sauvetage

Lufthansa a prévenu mercredi que son plan de sauvetage de 9 milliards d'euros négocié avec l'Etat allemand pourrait échouer faute de soutien suffisant de ses actionnaires, et notamment du premier d'entre eux, un milliardaire.

Le groupe a annoncé la semaine passée l'intention de supprimer 22.000 postes équivalents temps plein en raison de la pandémie de coronavirus.

Crédits: Keystone

"Il est possible" que le plan, qui prévoit notamment le retour de l'Etat allemand au capital de la compagnie à hauteur de 20%, "n'obtienne pas la majorité nécessaire" lors de l'assemblée générale extraordinaire prévue le 25 juin, avertit le premier groupe européen du transport aérien dans un communiqué.

Il supplie de ce fait les actionnaires de venir voter en nombre ce jour-là car actuellement, compte tenu du faible nombre d'actionnaires ayant l'intention de participer, une majorité de soutien au plan sera, selon la compagnie, difficilement atteinte.

L'homme d'affaires allemand Heinz Hermann Thiele, 79 ans, qui a fait fortune dans les freins pour le secteur automobile et le ferroviaire, est devenu courant mars le premier actionnaire de Lufthansa, avec 10% des parts acquises. Il en détient désormais 15,52% comme notifié mercredi.

Dans une interview publiée mardi soir par le quotidien FAZ, M. Thiele a non seulement annoncé les achats supplémentaires d'actions mais aussi critiqué le sauvetage et demandé sa renégociation.

La majorité des deux tiers est nécessaire pour approuver le sauvetage, si la présence est, comme ce fut le cas lors de la dernière AG régulière, inférieure à 50%. M. Thiele pourrait alors facilement faire échouer le projet.

En revanche, si plus de la moitié des droits de vote sont représentés, il suffit d'une majorité simple. C'est pourquoi le groupe lance dans son communiqué "un appel urgent à tous les actionnaires privés et institutionnels à exercer leur droit de vote".

Dans l'entretien, M. Thiele n'annonce toutefois pas d'intention claire de vote.

Le passage à 15% "n'est pas le signal de voter contre quelque chose lors de l'assemblée générale" et "je ne vais certainement pas bloquer ou freiner", a-t-il assuré.

"Il est possible que nous menions des discussions pour évaluer les possibilités de manoeuvre restantes" avant la réunion, ajoute l'homme d'affaires, dont la fortune est estimée par Forbes à plus de 15 milliards de dollars.

"Je ne pense pas que toutes les options ont été explorées" au cours des longues négociations entre Lufthansa et le gouvernement, juge M. Thiele, critiquant l'entrée au capital prévue de l'Etat.

Berlin pourrait notamment retarder ou bloquer des restructurations "nécessaires", notamment si elles passent par des suppressions d'emplois, estime-t-il.

Le groupe a annoncé la semaine passée l'intention de supprimer 22.000 postes équivalents temps plein en raison de la pandémie de coronavirus, qui a plongé le secteur dans une crise sans précédent.

En cas de refus des actionnaires sur son plan, Lufthansa pourrait demander à bénéficier d'une "procédure de sauvegarde" prévue par la législation allemande pour les entreprises, lui permettant de suspendre le paiement de ses dettes.

Lors de la présentation des résultats du premier trimestre, il y a deux semaines, le patron de Lufthansa, Carsten Spohr, s'était encore dit "confiant" d'obtenir l'aval de l'AG.

Mercredi, le ministre des Finances Olaf Scholz a estimé que l'accord était "bien pesé" et "bien pensé", faisant part de son optimisme pour le 25 juin.

"J'espère que les actionnaires vont décider de le soutenir et là, tout de suite, je compte dessus", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

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