Bilan

Los Angeles, au cœur de la communauté Airbnb

En Californie, 7000 hôtes sont venus du monde entier pour écouter le discours des fondateurs de l’entreprise. Reportage dans les couloirs de la «grande maison» du monde.
  • Rendez-vous annuel consacré à l’hébergement et l’hospitalité, l’Airbnb Open 2016 s’est tenu du 17 au 19 novembre à Los Angeles.

    Crédits: Mike Windle/Getty images
  • Brian Chesky, cofondateur d’Airbnb, et l’actrice Gyneth Paltrow.

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Uber est la plus grande entreprise de taxis du monde… sans posséder un seul véhicule. Amazon est le plus grand magasin du monde, mais n’a aucune boutique. Airbnb est la plus grande entreprise hôtelière de la planète (3 millions de logements), mais n’a pas une seule chambre! Pour mieux connaître cette entreprise, il faut participer à un Airbnb Open: 350 fr. juste pour écouter la voix des maîtres. 

Il est 10 h du matin à l’Orpheum Theatre, au cœur de Los Angeles. Sur scène, les trois fondateurs sont acclamés par un public acquis à la cause. Des disciples sont venus d’Australie et du Japon. Tous les prêches sont traduits en langue des signes, même s’il n’y a guère de sourds dans l’assemblée. On est en Amérique. Chacun a reçu un bracelet électronique qui permet d’échanger nom et adresse en rapprochant les poignets. Musique disco et atmosphère festive. Jeans-baskets-T-shirt, l’uniforme des orateurs. Les «superhôtes» arborent une petite médaille rouge et jaune. Pour en faire partie, il faut répondre à des critères qui vont des notes données par les utilisateurs aux taux de réponse sur la plate-forme. 

Qu’elle paraît lointaine l’histoire de ces deux jeunes gars incapables de payer leur loyer. Deux jeunes designers fauchés, colocataires à San Francisco, ont l’idée de proposer un dortoir en prévision d’un congrès de design. Trois matelas pneumatiques sont gonflés au salon: l’Air Bed & Breakfast va devenir Airbnb en 2008. Au bout d’une semaine, Joe Gebbia et Brian Chesky ont l’argent du loyer et… trois nouveaux amis. Une plate-forme internet est créée avec l’aide d’un ancien colocataire, Nathan Blecharczyk. 

Depuis lors, 3 millions d’hôtes proposent leur logement dans 101 pays et 150 millions de personnes ont loué un logis dans 35 000 villes du monde. Les revenus de l’entreprise pour 2015 sont estimés à 900 millions de dollars. Avec 30 milliards de valorisation boursière, Airbnb ne détient aucun hôtel, mais vaut presque autant que le géant Hilton Worldwide. 

L’expansion d’Airbnb n’est toutefois pas terminée, grâce à un nouvel objectif hors secteur. La plateforme veut s’étendre à toutes les activités du voyage: «Airbnb veut donner aux gens un moyen de gagner de l’argent grâce à leur passion ou leurs intérêts. Devenir une plateforme de voyage», explique le PDG Brian Chesky, 35 ans. Loin de l’offre touristique traditionnelle, ces expériences doivent être animées par des particuliers, non par des guides touristiques. Les activités coûteront en moyenne 200 dollars sur lesquels Airbnb prélèvera une commission de 20%. «Fini les cartes, les files d’attente ou les mêmes photos que tout le monde. Désormais, vous pouvez vivre des expériences uniques, réserver des logements incroyables et découvrir des lieux d’un point de vue toujours plus local.»

Baptisé «Expérience», un premier menu permet de réserver des activités proposées par des «experts locaux»: visiter la prison de Mandela en compagnie d’un ex-gardien au Cap, suivre un photographe qui traque les étoiles ou des cours de danse à La Havane. Des «balades audio» doivent permettre de découvrir des quartiers sous un autre angle. Airbnb annonce déjà 500 expériences dans 12 villes: Paris, Londres, Florence, Los Angeles, Détroit, San Francisco, Miami, La Havane, Le Cap, Nairobi, Tokyo et Séoul. Une quarantaine de destinations seront ajoutées en 2017, mais aucune ville suisse n’est prévue. Les utilisateurs pourront bientôt acheter un billet d’avion, louer une voiture ou réserver un restaurant grâce à une nouvelle application «Trips». 

La société a aussi présenté un nouvel onglet, baptisé «Lieux». Il regroupe des restaurants, des cafés, des musées et des points d’intérêt recommandés par les hôtes. La plateforme de réservation de restaurants devrait être lancée dans les prochains mois. L’entreprise californienne y consacre de gros moyens avec 10% des employés affectés à ces nouvelles activités et un emprunt bancaire de 850 millions. 

Airbnb annonce aussi la mise en place d’une procédure sécurisée et une exigence de non-discrimination: un logeur ne pourra refuser un client pour sa couleur ou religion.

Rançon du succès, Airbnb doit affronter un durcissement de la loi à son égard à New York, San Francisco, Barcelone et Berlin. A l’Open de L. A., une manifestation d’activistes américains a mis un bémol à la grande réunion: ils réclamaient un «Fairbnb», jeu de mots pour exiger un «Airbnb équitable».

Près de 50 000 lits en Suisse

En Suisse, un million de nuitées ont été gérées par Airbnb en 2015, un volume correspondant à 3% du marché hôtelier. L’offre a triplé en deux ans pour atteindre 18 500 logements et 49 000 lits. Rencontrés à L.A., deux Genevois sortis d’école hôtelière ont créé leur start-up Keys’N’Fly («les clés et partir»), en servant d’intermédiaires entre Airbnb et les propriétaires ou locataires: «Nous gérons 83 logements et prélevons une commission de 7% qui s’ajoute aux 3% d’Airbnb», confient Marc Hazan et Simon Kuy. 

Avec l’apparition de professionnels, ce n’est plus tout à fait la «communauté du partage» de  jeunes colocataires qui rêvent de partir en vacances. Même s’il existe des hôtes qui témoignent, telle cette veuve venue de Rome: «Depuis que j’ai ouvert mon logis à Airbnb, j’ai retrouvé une joie de vivre.» 

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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