Bilan

«L’impact pèse plus que les bénéfices»

A la tête de la success-story Too Good To Go, la Danoise Mette Lykke est une CEO atypique qui se préoccupe davantage de lutter contre le gaspillage alimentaire que de rentabilité.

«Nous sommes numéro un sur tous nos marchés», se réjouit Mette Lykke.

Crédits: TGTG/Dr

Comme pour toutes les idées géniales, c’est si simple que l’on se demande comment personne n’y avait pensé avant. L’application gratuite Too Good To Go permet aux commerçants de céder aux consommateurs les invendus qu’ils allaient mettre à la poubelle. L’utilisateur choisit une enseigne, réserve un panier dont il ignore le contenu précis, puis passe le chercher en fin de journée. Le client paie un tiers du prix initial (soit 4 fr. 90 pour des denrées valant 15 francs). La compagnie danoise Too Good To Go se rémunère en prélevant une taxe sur chaque transaction et restitue le reste au commerçant. Et le succès est spectaculaire. En deux ans, 15,8 millions de personnes ont téléchargé l’application dans treize pays et rassemblé 31 000 commerces partenaires. Plus de 20 millions de repas ont déjà été sauvés.

«Chez Too Good To Go, nous sommes davantage préoccupés par l’impact que nous pouvons avoir dans la lutte contre le gaspillage alimentaire que par nos bénéfices. Nous évaluons nos activités en termes de repas sauvés et non en argent gagné», affirme Mette Lykke, CEO de l’entreprise. A 38 ans, cette licenciée en sciences politiques danoise, passée par le bureau de conseil McKinsey, est une serial entrepreneure. En 2007, cette fonceuse à l’allure juvénile a lancé, avec deux partenaires, l’application Endomondo, qui réunit une communauté d’amateurs de sport et incite à faire de l’exercice sur un mode convivial. En 2015, le portail a été acquis par l’équipementier américain Under Armour pour 85 millions de dollars.

La jeune femme cherche alors à réinvestir ses gains. Elle découvre l’application Too Good To Go dans un bus, en discutant avec sa voisine qui lui fait une démonstration. «J’ai trouvé l’idée géniale et j’ai contacté la société.» Derrière le concept, il y a cinq jeunes Danois dont Mette Lykke fait la connaissance. Elle acquiert une part du capital en 2016. Puis, l’année suivante, les fondateurs lui demandent de prendre les rênes
de l’entreprise. «La croissance est très rapide. Le mois prochain, nous ouvrirons un nouveau marché au Portugal. Mais mon souci prioritaire est de créer des bases solides à l’entreprise. A l’expansion de nos activités, je préfère la consolidation», souligne Mette Lykke.

Née dans une petite ville de l’ouest du Danemark, Mette Lykke est issue d’une famille d’entrepreneurs. «Mon grand-père a fondé une chaîne de magasins de style de Home Depot, qui vend également des outils pour la construction. Représentant de la troisième génération, mon frère a repris la direction. De par ma famille, j’adhère complètement à l’entrepreneuriat comme style de vie», dévoile la CEO. Mariée et mère de deux filles de 2 et 7 ans, elle est régulièrement sur la route pour rencontrer les équipes et participer à des conférences. «Je dois dégager des priorités, dont en premier lieu ma famille. J’adore le sport, mais je n’ai malheureusement plus beaucoup de temps pour en faire.»

L’application Too Good To Go est active dans 13 pays. En Suisse, elle compte 500 000 utilisateurs et 1700 entreprises partenaires dont Migros, Globus ou Hiltl. (Crédits: TGTG/Dr)

Contrôlée par quelques investisseurs privés internationaux en plus de Mette Lykke, Too Good To Go offre à ses quelque 400 collaborateurs la possibilité d’investir dans la firme. La startup s’avère d’une nature bien particulière. Ici, personne n’aspire au statut de licorne (société valorisée à plus d’un milliard de dollars). Pas de course à la rentabilité. «Tous les bénéfices sont réinvestis dans le développement. Nos investisseurs ont une vision sur le long terme et sont en accord avec cette politique», détaille Mette Lykke.

En même temps, l’essor de la firme semble se dérouler comme dans un rêve. Too Good To Go n’a pas encore de concurrents sérieux dans son créneau, ni même d’imitateurs. «Nous sommes numéro un sur tous nos marchés», sourit Mette Lykke. Partout où débarque l’application, les réactions sont enthousiastes. Pour les commerces partenaires, c’est la possibilité de se donner une image positive et de se faire connaître auprès de centaines de milliers d’utilisateurs. Pour la clientèle, une façon de se régaler à peu de frais tout en soignant sa conscience écologique. Et bien sûr, encore sauver des denrées de la poubelle. Une situation gagnant-gagnant-gagnant.

«Le gaspillage de nourriture est un problème général car toutes les entreprises de gastronomie sont obligées de produire davantage que ce qu’elles vendront. Elles ne peuvent pas terminer la journée avec des rayons vides. Jeter un surplus leur coûte moins cher que de renoncer aux dernières ventes. Il existe encore un énorme potentiel de croissance pour Too Good To Go. Ce que nous souhaitons, c’est d’avoir un impact global», souligne Mette Lykke.

L’entrepreneure détaille: «Notre principal souci aujourd’hui est le recrutement. Nous engageons actuellement une personne par jour. La tâche est facilitée par le fait que nous recevons énormément de candidatures spontanées.» Sur le site de la firme, une cinquantaine de postes sont ouverts pour toute l’Europe, dont quelques-uns en Suisse. L’engagement de la société passe notamment par l’élaboration de programmes de sensibilisation au gaspillage alimentaire pour les écoles disponibles dans une dizaine de langues.

Too Good To Go s’est implantée en 2018 en Suisse, où un tiers de la nourriture est jetée. La firme a déjà sauvé 530 000 repas en Suisse, l’équivalent de 1350 tonnes de CO2. L’application compte 500 000 utilisateurs helvétiques et 1700 entreprises partenaires dont Migros, Globus ou Hiltl. La société est active dans tous les cantons. Une quinzaine de personnes travaillent au siège à Zurich et deux collaborateurs sont actifs sur l’arc lémanique. La croissance sur le premier semestre 2019 a atteint le taux phénoménal de 200%.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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