Bilan

L’hôtellerie, malade du coronavirus

La moitié des hôtels et palaces de Suisse romande ont fermé leurs portes. hôtellerie et tourisme vont perdre des milliards.

  • Nathalie Seiler-Hayez, directrice du Beau-Rivage Palace, fermé depuis mi-mars.

    Crédits: Sébastien Agnetti
  • Michael Smithuis, directeur général du Fairmont Le Montreux Palace, à l’arrêt.

    Crédits: Elisabeth Fransdonk

Philippe Thuner, président de l’Association romande des hôteliers (ARH), est effondré: «La situation de l’hôtellerie s’avère plus grave que lors des deux dernières guerres mondiales. En 1914 et en 1939, la fermeture n’est pas survenue du jour au lendemain. Là, c’est une situation catastrophique.» Le taux d’occupation des rares hôtels restés ouverts tourne autour de 9% au lieu de 60 à 80% comme normalement au printemps. Moins de 40% des hôtels romands sont encore actifs. Ils abritent du personnel soignant, des clients qui peinent à repartir faute d’avion ou des employés d’entreprise. A Lausanne, l’Hôtel de la Paix, le Mövenpick et le Lausanne Palace notamment sont ouverts, alors que le Beau-Rivage Palace, le Château d’Ouchy et l’Hôtel d’Angleterre & Résidence ont fermé leurs volets. Pour Nathalie Seiler-Hayez, directrice du Beau-Rivage Palace, la décision a été prise le vendredi 13 mars, un jour de malheur qu’elle n’est pas près d’oublier: «C’était la première fois depuis 1862 que le palace était fermé!» 450 employés ont été renvoyés à la maison, à l’exception du personnel nécessaire à la sécurité et à l’entretien. Tous sont payés à 100% dans les prochaines semaines grâce à la Fondation de famille Sandoz qui compensera la baisse de salaire liée au chômage technique.

Au Lausanne-Palace, qui reste accessible, ce n’est pas l’affluence: deux dizaines de clients peuvent y dormir et prendre le petit-déjeuner en chambre. Près de 15 employés veillent sur eux, avec les précautions d’usage, au lieu de 200: «Après la crise, il va falloir repenser pas mal de choses dans notre fonctionnement et se préparer à accueillir davantage de clientèle locale», admet Nathalie Seiler-Hayez. Appartenant à la même famille, le Palafitte de Neuchâtel et le Riffelalp de Zermatt sont fermés, comme tous les hôtels au pied du Cervin. Idem à Gstaad, verrouillé avec un mois d’avance.

«Du jamais vu depuis 1945, où le Montreux Palace avait été transformé en hôpital», ajoute Michael Smithuis, directeur général du cinq-étoiles rattaché à Fairmont et à Accor qui a vu son cours plonger à la bourse de 50%. Son voisin, le suisse Majestic, dont les murs appartiennent au même propriétaire allemand (les cliniques Broermann), a fermé aussi le 10 mars. Au total, 270 personnes se retrouvent au chômage technique rémunéré à 80%. Plus de séminaires et de congrès et le festival de jazz compromis? La décision était inévitable. Les têtes couronnées ne sont pas épargnées: le Royal Savoy à Lausanne (famille royale du Qatar) a fermé le 18 mars. A Vevey, le Grand Hôtel du Lac, rattaché à la famille royale de Bahreïn, a mis provisoirement la clé sous le tapis rouge.

Taux d’occupation «ridicule»

«Tout est foudroyé, et le plus terrible est de n’avoir aucune visibilité, avoue Thierry Lavalley, président de la Société des hôteliers de Genève et directeur du Fairmont Grand Hotel Geneva. Comment gérer le vide?» Sur l’ensemble de la destination, 62 hôtels sont fermés sur 125 (6700 lits). Du côté des douze palaces genevois, quatre sont clos depuis fin mars: l’InterContinental, le Beau-Rivage, le Ritz-Carlton et le Mandarin-Oriental. Les huit autres continuent à recevoir des clients avec un petit service de chambre, mais le taux d’occupation est «ridicule»: ce sont des hôtes préférant passer le confinement à l’hôtel ou des cadres de multinationales spécialisés en gestion de crise: «L’avantage de rester ouvert est que je serai plus rapidement opérationnel en fin de crise, estime le directeur. Mais le démarrage sera à coup sûr très laborieux.»

Oliver Grivat

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