Bilan

Levées de fonds: une pluie de millions arrose les biotechs

Les sciences de la vie continuent d’intéresser les investisseurs. Les startups lausannoises Oculis et Haya Therapeutics et la zurichoise Numab en profitent.

Chez Oculis: Louie-Anne Gauthier (marketing), Sylvia Cheung (CFO) et Riad Sherif (CEO). Des essais cliniques démarreront cette année auprès de 800 patients.

Crédits: PHOTO Darrin Vanselow

Jolis mois printaniers. C’est en tout cas le ressenti des startups suisses, qui sont parvenues à lever plusieurs millions de francs auprès de différents investisseurs. Est-ce un retour des beaux jours en matière de financement de jeunes entrepreneurs?

Le secteur de la biotechnologie continue à avoir le vent en poupe. Les sciences de la vie ont attiré plus de la moitié des capitaux en Suisse en 2020, soit 820 millions de francs. La tendance se poursuit en 2021. «De manière générale, tout ce qui est lié à la santé reste très attractif pour les investisseurs», estime Jacqueline Ruedin Rüsch, general partner chez Privilège Ventures à Lugano qui vient de clôturer un troisième fonds pour un montant de 20 millions. Celui-ci a investi dans plusieurs startups suisses, à l’exemple d’Ava ou de Geosatis. «Il y a de plus en plus de fonds de capital-risque, mais aussi d’autres investisseurs comme des business angels, des gérants de fortune ou des family offices qui veulent participer au financement de l’innovation suisse. Ils souhaitent tous allouer une partie de leur fonds vers des instruments de capital-risque. La tendance a démarré il y a quelques années, mais les taux d’intérêt négatifs ainsi que la morosité du marché obligataire ont accéléré le mouvement.»

Présidée par Daniel Vasella, Numab compte déjà 50 employés. Elle cherche à entraîner le système immunitaire de l’organisme à combattre le cancer

57 millions pour Oculis

Créée en 2017 et basée sur le site de l’EPFL, la startup Oculis a effectué sa troisième levée de fonds, après avoir déjà récolté 5 millions en 2016 et 40 millions de francs en 2017-2018. «Nous allons démarrer nos essais cliniques auprès de 800 patients à partir du deuxième semestre de cette année», prévoit Riad Sherif, CEO de la start-up. Celle-ci développe des gouttes ophtalmiques pour traiter les maladies rétiniennes, à l’exemple de l’œdème maculaire diabétique ou de dégénérescence de la rétine liée à l’âge. Actuellement, les patients atteints par ces pathologies doivent subir une injection, généralement chaque mois. Une aiguille est alors introduite à travers le blanc de l’œil jusqu’au corps vitré. Oculis a développé une nouvelle formulation de gouttes ophtalmiques capables de soigner l’œdème en franchissant la barrière de l’œil. «Ce traitement est beaucoup moins invasif», note Riad Sherif qui espère commercialiser son traitement en 2025.

Concernant la récente levée de fonds, le directeur d’Oculis observe une continuité dans l’intérêt des investisseurs en lien avec le secteur de l’ophtalmologie. «C’est un gros marché qui devrait doubler ces dix prochaines années face au vieillissement de la population», estime-il, tout en souhaitant mener son entreprise jusqu’à une entrée en bourse.

18 millions pour Haya Therapeutics

Issue du Centre hospitalier universitaire vaudois, Haya Therapeutics a levé, pour sa part, 18 millions de francs dans un premier tour de financement conduit par Broadview Ventures. La startup souhaite développer un candidat médicament contre la fibrose cardiaque. «La période est très prometteuse pour lever des fonds, en particulier pour les thérapies à base d’ARN. Cela est lié à la maturité rapide du secteur. Nous bénéficions aussi de la montée en force des ARN thérapeutiques, illustrée par les vaccins Covid, à l’exemple de ceux de Moderna ou de Pfizer-BioNTech», note Samir Ounzain, CEO et cofondateur d’Haya Therapeutics.

Les cofondateurs d’Haya Therapeutics Daniel Blessing (à g.) et Samir Ounzain (CEO).
PHOTO DR


Les recherches de cette jeune pousse romande ont mis en évidence l’importance d’un ARN non codant (IncRNA) dans la régulation de l’activité des fibroblastes cardiaques et du développement de la fibrose. Haya Therapeutics a développé une thérapie génique qui bloque l’action de cet ARN. Elle souhaite générer un réservoir de médicaments ciblant spécifiquement ces IncRNA pour de nombreux tissus, y compris les poumons, les reins ou le foie. Les essais cliniques devraient démarrer en 2023.

100 millions pour Numab

Enfin, à la mi-mai, la startup zurichoise Numab a fait son entrée parmi les nouvelles licornes. Cette biotech, basée à Wädenswil et présidée depuis octobre par le doyen de l’industrie Daniel Vasella, est passée à la vitesse supérieure en levant 100 millions de dollars pour poursuivre le développement de sa plateforme d’immuno-oncologie. Le tour de table a été mené par HBM Partners.

Numab, qui compte déjà 50 employés, veut entraîner le système immunitaire de l’organisme à combattre le cancer. Le domaine de l’immunothérapie reste fortement concurrentiel, avec des poids lourds comme Roche, Merck, Bristol Myers Squibb et AstraZeneca. Toutefois, Numab s’oriente vers une nouvelle voie thérapeutique. La technologie est actuellement testée dans des cliniques aux Etats-Unis et à Taïwan sur 27 patients atteints de cancer du poumon à petites cellules afin d’en vérifier son innocuité et ses éventuelles indications d’efficacité.

Sans oublier...

D’autres levées de fonds ont été clôturées durant ce printemps en Suisse romande: 5 millions de francs pour bNovate qui développe des instruments à laser détectant des bactéries dans l’eau potable, 2 millions de dollars pour la genevoise Food Detective qui a conçu une plateforme centralisée destinée aux restaurateurs, 2,3 millions pour EarlySight, active dans l’ophtalmologie, ou 1,5 million de francs pour les compteurs intelligents de la startup vaudoise Droople.


Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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