Bilan

L’esprit de compétition

Le navigateur lémanique Julien di Biase est l’un des fondateurs d’une course de voile internationale qui favorise la vitesse et la virtuosité.

Julien di Biase: «SailGP veut devenir la Formule E des mers.»

Crédits: Donald Miralle for SAILGP

Une compétition dans laquelle les voiliers peuvent atteindre plus de 50 nœuds de vitesse (soit plus de 90 km/h)? C’est possible. La clé réside dans l’hydrofoil: les catamarans semblent flotter au-dessus du lac, de la mer ou de l’océan. Il nécessite toutefois un pilotage actif et tridimensionnel, semblable au vol en avion. Surtout, il a permis à Julien di Biase de lancer une compétition de voile baptisée SailGP, dont l’épilogue de la première saison se déroulera à Marseille du 20 au 22 septembre. Le Vaudois d’origine a notamment travaillé au Centre d’entraînement à la Régate de Genève durant quelques années avant de devenir manager d’équipes puis de passer du côté de l’organisation.

«Certains événements sont devenus des courses à la technologie et aux budgets, plutôt qu’une compétition entre équipes de haut niveau», regrette Julien di Biase. Le principe de SailGP est simple: les places sont limitées (une par nation, dix équipes à terme) et les compétiteurs paient une sorte de franchise, comme le font les clubs en NBA. Cela leur donne accès à un bateau, identique pour tous, et donc à la compétition. «Un seul de ces catamarans vaut environ 4 millions de dollars», estime le directeur de l’exploitation de SailGP. En tout, les équipes auraient besoin de six millions de budget chacune pour prendre part à une saison.

Larry Ellison, fondateur d’Oracle, a assuré le financement de départ du projet: la construction des bateaux, une équipe technique centralisée et un budget startup pour les premières équipes, le temps que la compétition se fasse une place dans le paysage de la voile et du sport-spectacle. Certaines marques attendent de connaître l’éventuel succès de la compétition pour la soutenir, mais Rolex, Land Rover ou encore Oracle se sont engagés en tant que sponsors.

Les équipes sont indépendantes et responsables de leur bateau, de leurs athlètes et de sécuriser les ressources nécessaires pour perdurer. La recherche et le développement sont pris en charge par l’organisateur de la compétition et les coûts sont partagés entre les équipes. «Les skippers doivent s’engager à garder les bateaux identiques», précise encore Julien di Biase. Brad Marsh, responsable des opérations techniques, a confié au magazine «Yachting World» que «la seule chose qui ressemble aux anciens bateaux est leur longueur et leur largeur, ils ont été modifiés en tout point».

La pointe de vitesse enregistrée par l’équipe australienne a fait passablement de vagues. Tom Slingsby, l’un des membres de l’équipage, confiait au site «Sailworld» qu’atteindre plus de 50 nœuds «était un mélange entre ressentir de la peur, de l’adrénaline et être excité. (...) Quand vous mettez ces bateaux à côté de cinq autres, c’est assez incroyable.»

Il faut dire que le casting ne doit rien au hasard. Les organisateurs des courses visent spécifiquement des navigateurs de talent, mais peut-être un peu tête brûlée. «Nous voulions des jeunes à succès, pas ceux qui ont déjà énormément de médailles», confie Julien di Biase. L’aspect sécuritaire reste toutefois central, et tous les membres de SailGP sont conscients des risques, qui font partie du sport. Le catamaran de l’équipe chinoise a d’ailleurs subi des dégâts lors d’une course d’entraînement à San Francisco. Les conditions difficiles l’ont fait plonger en avant, ce qui a endommagé la voile mais a surtout éprouvé les membres de l’équipage. L’un d’entre eux parlait de «l’un des moments les plus effrayants» de sa vie lors des interviews qui ont suivi la course.

Les catamarans, qui peuvent atteindre plus de 50 nœuds de vitesse, valent 4 millions. (Crédits: Dr)

Larry Ellison et Russell Coutts

La compétition a pu voir le jour grâce à l’investissement de Larry Ellison. «On a la chance d’avoir quelqu’un qui est passionné et veut transformer ce sport, se réjouit Julien di Biase. La vision de SailGP est de devenir la Formule E des mers.» L’événement peut compter sur un autre pilier pour se développer, en la personne de Russell Coutts. Sacré champion du monde dans plusieurs séries en tant que skipper, l’actuel CEO a notamment gagné la Coupe de l’America à cinq reprises, devenant le marin le plus titré de l’histoire de la voile. Aujourd’hui, le Néo-Zélandais veut développer une compétition différente en tous points de vue. SailGP se veut jeune et dynamique. Elle ne s’adresse pas forcément aux passionnés, mais à tout un chacun. «On a mis le paquet en production média», souffle Julien di Biase. Des caméras et des micros sont par exemple placés sur les catamarans et sur les marins pour que les spectateurs puissent suivre l’équipage au plus près.

Le format lui-même change de ces compétitions où seule la fin compte. Court, incisif, à quelques encablures du bord où un village de course est aménagé: tous les bateaux coupent la ligne de départ en même temps. L’arrivée? Elle se fait quinze minutes plus tard, toujours proche du bord. Après deux manches qualificatives, la dernière course est un face-à-face entre les deux meilleures équipes de la journée.

Les navigateurs auront disputé six courses en 2019, de Sydney à Marseille. Le but des organisateurs est de changer de lieux et de populariser la voile. De plus, les pays qui concourent sont souvent ceux dont la population s’intéresse déjà à ce sport. Pour la première édition, les Etats-Unis, la Chine, le Royaume-Uni, la France, le Japon et l’Australie étaient présents. La toute dernière course 2019 aura lieu à Marseille lors du week-end du 20 au 22 septembre. L’équipe qui remportera la compétition empochera un million de dollars.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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