Bilan

Les problèmes du 787 pourraient coûter cher à Boeing

Le constructeur américain a en effet placé cet avion innovant et économe en carburant au centre de sa stratégie.
Boeing pourrait risquer gros si les problèmes de son 787 «Dreamliner», cloué au sol aux Etats-Unis et au Japon, continuent.

Prenant le contre-pied du géant A380 d'Airbus, Boeing a conçu le 787 comme un avion flexible, capable d'opérer sur des longs-courriers ou en moyen-courrier, mais surtout plus économe en carburant grâce à une conception très innovante et à une part inédite de matériaux composites plus légers.

«Le futur de Boeing est lié au 787», admet Michael Boyd, expert du Boyd Group.

Or cet avion vitrine des technologies avancées du groupe de Chicago souffre depuis son lancement de problèmes techniques à répétition, qui ont entraîné plus de trois ans de retard sur sa première livraison, à la compagnie japonaise ANA.

Pour Loren Thompson, du cabinet de conseil spécialisé Lexington Institute, les incidents rencontrés (début d'incendie, fuite de carburant, bris de glace dans la cabine de pilotage...) «s'apparentent à ceux qui affectent tous les nouveaux avions».

Hans Weber, analyste indépendant de sécurité et défense, est du même avis et juge que la décision de la FAA est une réponse à la pression politique d'agir.

Action en baisse

Toutefois, la suspension des vols «pourrait peser sur les ventes» futures et sur «l'action», ajoute Loren Thompson.

Les compagnies qui ont commandé le 787 n'ont pas changé leurs plans depuis les incidents, mais l'an dernier le carnet de commandes de l'avion a baissé de 12 unités. «Nous pensons que l'attention des investisseurs va naturellement se porter vers les scénarios du pire», même s'ils ne sont pas les plus probables, prédit la banque Barclays dans une note.

Pour elle, cela comprend «le coût potentiel des réparations qui pourraient être requises», «de possibles annulations ou reports de commandes, avec les conséquences que cela aurait sur la trésorerie de Boeing et ses résultats».

«Problèmes temporaires»

Alors que le groupe tente d'accélérer sa cadence de production (il prévoit de fabriquer dix 787 par mois d'ici la fin de l'année, au lieu de cinq), la série noire de Boeing pourrait perturber la chaîne d'approvisionnement.

Si les dizaines de sous-traitants qui contribuent à la fabrication éclatée en multiples sites du 787 dans le monde se retrouvent sur la sellette, notamment au Japon, cela pourrait ralentir le rythme de fabrication, note Barclays.

Pour Michael Boyd, Boeing va peut-être aussi devoir «payer des dommages et intérêts» aux compagnies clientes. Mais «tous «ces problèmes vont passer très vite», estime-t-il.

Selon lui, les clients de Boeing s'attachent surtout aux bénéfices qu'ils attendent du 787 en termes de coûts, et notamment d'économies en carburant.
Myriam Amara

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