Bilan

Les Ports Francs veulent améliorer leur image

Les ports Francs et Entrepôts de Genève ont invité la presse ce mercredi matin pour un deuxième point de situation sur leur stratégie à court et moyen termes.

Les Ports Francs de Genève ont fait un second point presse.

Mercredi 8 juin, David Hiler, président du conseil d’administration, Alain Decrausaz, directeur général et Jean-Pierre Vila, secrétaire général ont exposé devant un parterre de journalistes l’activité des Ports Francs (PFEG) ainsi que l’instauration de nouvelles normes légales mises en place depuis peu. « L’activité des Ports Francs est mal connue du public, d’où l’importance de communiquer régulièrement » indique l’ancien conseiller d’Etat genevois.

Lire aussi: Les Ports francs veulent devenir plus transparents

Ce qu’on en retient : les PFEG reconnaissent qu’ils n’ont pas été de très bons élèves par le passé. Qu’il y a eu malheureusement, de très nombreuses « affaires » : réseaux mafieux et trafiquants d’archéologie ont longtemps utilisé les Ports Francs sans être inquiétés. Ainsi, même si la situation a complètement changé aujourd’hui,  les conséquences du passé se feront encore sentir pendant de nombreuses années.

Les « affaires » ont sali l'image

Rien qu’en janvier 2016, les PFEG ont restitué à l’Italie deux sarcophages et d’autres objets archéologiques étrusques d’une valeur inestimable. En mars, la justice genevoise a séquestré un sarcophage phénicien daté de la fin du Vème siècle avant JC, pour être rendu à son propriétaire, un marchand d’art. Puis, le même mois, divers articles fondés sur les Panama Papers ont indiqué la présence aux Ports Francs d’une toile de Modigliani dont la propriété est contestée devant une cour des Etats-Unis. Il y a une dizaine de jours, ce dernier sera saisi par le Ministère public genevois et restitué à son propriétaire. En mai dernier, c’est le Tribunal pénal qui a ordonné la restitution d’un sarcophage romain à la Turquie.

Toutes ces « affaires » salissent l’image des Ports Francs dont la mission première est pourtant de servir l’économie genevoise. « Leur rôle dans l’économie genevoise et suisse doit être mieux expliqué » estiment nos trois interlocuteurs. Il serait donc indispensable de disposer d’une étude sur les retombées économiques de ces entrepôts. En effet, selon une étude du Monde, Art Basel n’existerait pas sans les PFEG.

Lire aussi: Les autorités genevoises font le nettoyage aux Ports Francs

Malheureusement, « les enjeux politiques et économiques sont mal connus au niveau de la Confédération » estime David Hiler qui fustige le manque de surveillance exercée par l’Administration fédérale des douanes qui ne garantirait pas une protection suffisante contre les activités illégales. Les Ports francs n’ont ainsi pas d’autres solutions que de réduire les risques en contrôlant,  à leurs frais,  à partir de cet été– grâce à une entreprise privée et indépendante - les objets archéologiques à leur arrivée. « Ceci limitera les dangers liés au commerce illégal « des antiquités du sang » qui se trouve être l’une des sources de financement du terrorisme indique l’ancien conseiller d’Etat genevois. Ainsi, avec l’augmentation des investissements dans l’art, dans l’antiquité et dans d’autres marchandises de grande valeur, il est devenu indispensable d’augmenter les contrôles afin d’éviter de nouveaux scandales.  

Autres objectifs à court et moyen termes des PFEG : limiter l’accès du site aux ayants droit, contrôler le flux des visiteurs ou encore préparer l’entreprise à un durcissement de la réglementation internationale. D’autres contrôles vont être effectués comme la mention dans l’inventaire du nom et de l’adresse du propriétaire de la marchandise. Par ailleurs, la liste des marchandises sensibles est élargie notamment à l’alcool, au tabac et aux voitures de tourisme. Pour la marchandise en provenance de Suisse, il est mis fin à la pratique très souple qui prévalait. Quant à l’inventaire, il doit être fourni sous forme électronique afin de faciliter le travail de contrôle des douanes.

Petit rappel

Les ports francs (PFEG), propriété du canton de Genève à 87%, permettent de stocker de manière sécurisée des marchandises en suspension des droits de douane et de la TVA jusqu’à leur importation définitive. Ils servent aussi à entreposer des objets de grande valeur comme des œuvres d’art, des antiquités, des montres, des bijoux ou encore des grands crus. Les PFEG ont été les premiers à connaître le développement de ces « hubs artistiques ». Depuis, de nombreux ports francs dédiés à l’art ont ouvert leurs portes notamment à Singapour (2010), Monaco (2013), Luxembourg (2014), Pékin (2014).

Lire aussi: Les ports francs, une zone hors du droit?

De nouveaux entrepôts ont également vu le jour à Londres et dans des états américains comme le Delaware. Dans l’attente des conclusions du GAFI (Groupe d’action financière) qui a inspecté le dispositif suisse des ports francs ce printemps, les PFEG appellent de leurs vœux une réglementation internationale efficace dans la lutte contre le blanchiment afin de permettre une concurrence loyale entre les différents ports francs dédiés à l’art. « Si tous les ports francs sont soumis aux mêmes conditions, nous n’avons pas peur pour notre avenir économique » conclut David Hiler.

Depuis le 1er janvier 2016, les PFEG sont propriétaires de l’ensemble des bâtiments qu’ils exploitent sur le site de la Praille. Le chiffre d’affaires se monte à 25 millions de francs et les PFEG emploient 32 collaborateurs.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

Du même auteur:

Le road show de DSK passe par Genève
Genève accueille le premier salon suisse du champagne

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."