Bilan

Les pilotes suisses de Solar Impulse entrent dans la légende

Bertrand Piccard a effectué la première traversée de l'Atlantique en avion solaire, tandis qu'André Borschberg a piloté l'avion pour son étape au-dessus du Pacifique.
  • L'avion Solar Impulse 2 ne pouvant transporter qu'un seul pilote, André Borschberg (gauche) et Bertrand Piccard (droite) se relayaient à chaque étape de l'extraordinaire tour du monde.

    Crédits: AFP
  • Seul au milieu de l'océan Pacifique, coincé dans un cockpit où il ne pouvait être qu'assis ou couché, André Borschberg aura volé près de 120 heures, pour la plus longue des étapes du tour du monde.

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  • L'énergie renouvelable ouvre la voie "à un extraordinaire développement pour l'industrie, pour la création d'emplois, pour conquérir de nouveaux marchés, tout en protégeant l'environnement", assure Bertrand Piccard.

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L'avion solaire Solar Impulse 2 ne pouvant transporter qu'un seul pilote, le Suisse André Borschberg, 63 ans, et son compatriote, Bertrand Piccard, 58 ans, se relayaient à chaque étape de l'extraordinaire tour du monde qui s'est finalisé mardi à Abou Dhabi.

André Borschberg est entré dans la légende de l'aviation

André Borschberg est entré dans la légende de l'aviation, après avoir réussi le plus long vol en solitaire jamais réalisé dans le cadre du premier tour du monde à bord d'un avion solaire sans aucun autre carburant.

S'il est revenu à Bertrand Piccard d'effectuer la première traversée de l'Atlantique (6.765 kilomètres), c'est André Borschberg qui a eu la lourde tâche de piloter l'appareil pour son étape au-dessus du Pacifique, soit 8.924 kilomètres en un peu moins de 5 jours et 5 nuits (du 28 juin 2015 au 3 juillet 2015), le plus long vol en solitaire jamais réalisé.

Le précédent record était détenu par le milliardaire et aventurier américain Steve Fossett après un vol en solitaire de 76 heures et 45 minutes en 2006.

Pour André Borschberg, ce vol en solitaire au-dessus du Pacifique a constitué un véritable "voyage intérieur", un "rêve devenu réalité".

Seul au milieu de l'océan Pacifique, coincé dans un cockpit où il ne pouvait être qu'assis ou couché et où il ne pouvait dormir qu'une vingtaine de minutes d'affilée, André Borschberg aura volé près de 120 heures, pour la plus longue des étapes du tour du monde de 35.000 kilomètres de Solar Impulse 2.

Pendant ses brefs moments de repos, il portait des brassards vibrants connectés au pilote automatique pour le réveiller à la moindre anomalie.

Grand, d'allure athlétique, André Borschberg dit tirer sa force mentale du yoga et de la méditation, qu'il pratique dans le jardin de sa maison, sur les rives du lac Léman, à Nyon, en Suisse.

En vol, il transformait sa banquette en tapis de yoga, avec des postures adaptées par son yogi, Sanjeev Bhanot, qu'il suit depuis une dizaine d'années.

"Le yoga est un grand soutien pour ce vol (...) il affecte positivement mon humeur et mon état d'esprit", a-t-il confié.

Ingénieur, homme d'affaires, pilote de chasse, pilote d'hélicoptère, André Borschberg est l'alter ego de Bertrand Piccard, à l'origine de ce projet fou.

"Nous sommes des amis", a dit Bertrand Piccard dans une interview dans la revue L'Hebdo. "André s'occupe davantage de l'intérieur du projet, et moi de l'extérieur. L'un sans l'autre, ça ne marcherait pas".

"Sans ma notoriété, il n'y aurait ni projet, ni partenaires financiers. Et sans André, il n'y aurait pas d'équipe technique et pas de projet non plus", a expliqué Bertrand Piccard.

Né à Zurich le 13 décembre 1952, il a fait ses études à Lausanne, à l'Ecole Polytechnique Fédérale, où il a décroché un diplôme d'ingénieur en mécanique et thermodynamique.

Il a ensuite complété sa formation par des diplômes en management aux Etats-Unis et à HEC Lausanne.

Longtemps pilote de chasse dans l'armée, son premier travail dans la vie civile a été celui de consultant auprès du cabinet McKinsey.

Il a ensuite lancé deux start-up et co-fondé une société spécialisée dans les microprocesseurs.

Avec son ami Bertrand Piccard, il se lance dans l'aventure Solar Impulse.

C'est lui qui supervise la construction de l'avion solaire, et le 7 juillet 2010, effectue, pour la première fois dans l'histoire, un vol de 26 heures, apportant la preuve qu'un tel avion peut voler de jour et de nuit avec l'énergie solaire emmagasinée le jour.

L'odyssée continue en 2012, avec le premier vol intercontinental de Solar Impulse vers le Maroc.

En 2013, pendant une période de 2 mois, les deux amis, qui pilotent à tour de rôle, ont traversé les Etats-Unis d'ouest en est.

En 2015, le binôme se lance dans le "défi d'une vie", soit le tour du monde en avion solaire, avec le Solar Impulse 2.

Bertrand Piccard, l'explorateur suisse pour qui "rien n'est impossible"

"Rien n'est impossible": tel est le mantra de l'explorateur suisse Bertrand Piccard.

A 58 ans, Bertrand Piccard est le descendant d'une dynastie de pionniers: son grand-père, qui a inspiré le dessinateur Hergé pour créer le personnage du professeur Tournesol dans les aventures de Tintin, a été le premier homme à atteindre la stratosphère à bord d'une montgolfière, alors que son père a été le premier au monde à atteindre le point le plus profond des océans.

Dès son plus jeune âge, Bertrand Piccard, né le 1er mars 1958, a ainsi été fasciné par les défis.

A ses yeux, l'odyssée d'Apollo 11, le 10 juillet 1969, avec les premiers pas de l'homme sur la lune, a été un moment décisif.

Bertrand Piccard a suivi en direct l'aventure depuis Cap Canaveral, aux Etats-Unis, car Wernher von Braun, l'inventeur des fusées Apollo, était un ami de la famille. Il avait invité le jeune garçon pour être témoin de ce moment historique.

"J'avais 11 ans à l'époque", raconte Piccard. "Je pensais: ces astronautes qui ont décollé pour la lune, ont un rêve et ce rêve est plus grand que la peur de l'échec, ces héros osent tenter l'impossible, ils font quelque chose qu'aucun être humain a fait avant eux, c'est le véritable esprit pionnier."

Né à Lausanne, sur les bords du lac Léman, Piccard a aussi été grandement inspiré par son illustre famille, son grand père Auguste et son père Jacques.

Il a également été fasciné très jeune par l'étude du comportement humain dans les situations extrêmes, et est titulaire d'un diplôme de médecin psychiatre, passé à l'université de Lausanne.

Il a passé des brevets de pilotes pour les montgolfières, les avions, les planeurs, et a été l'un des premiers en Europe, au début des années 70, à faire du deltaplane ou à piloter des ULM.

Pour lui, "l'exploration est un état d'esprit. Pour améliorer les choses, il faut oser aller là où personne n'est allé".

Le 1er mars 1999, Piccard et son compagnon d'aventure Brian Jones ont ainsi entrepris depuis la Suisse le premier tour du monde sans escale en ballon et sans kérosène.

Le kérosène a été remplacé par des bouteilles de gaz propane. Le défi est réussi, et les 2 hommes atterrissent le 21 mars en plein désert égyptien.

Le tour du monde est finalement bouclé après avoir volé 19 jours 21 heures et 47 minutes sur une distance de 45.755 km.

"Chacun a des rêves, certains savent qu'on peut les réaliser et faire tout ce qui est possible pour qu'ils deviennent réalité, et d'autres ne pensent pas ainsi", ajoute Bertrand Piccard.

"Ce qui m'intéresse dans la vie d'un explorateur, c'est que vous êtes dans l'inconnu, vous n'êtes pas dans votre environnement habituel, vous êtes obligé de trouver de nouvelles réponses à de nouvelles situations, ce sont ces moments-là qui vous font échapper et sortir des automatismes", dit-il.

Piccard, qui est également passionné par la spiritualité et l'hypnose, a écrit plusieurs livres, notamment un ouvrage donnant les clés pour une vie plus complète et équilibrée.

Un de ses autres chevaux de bataille est la protection de l'environnement.

L'énergie renouvelable ouvre la voie "à un extraordinaire développement pour l'industrie, pour la création d'emplois, pour conquérir de nouveaux marchés, tout en protégeant l'environnement", assure-t-il.

Piccard, marié et père de trois filles, espère que Solar Impulse va aider à faire passer ce message dans le monde.

"Ce qu'il faut, c'est convaincre le monde politique et économique que c'est dans cette direction qu'il faut aller", et pour cela il mise sur "l'enthousiasme" qu'il adore faire partager.

"Les grands défis ne sont de toute manière plus d'aller sur la Lune ou l'Everest, c'est déjà fait. Ils concernent la qualité de vie: la lutte contre la pauvreté, les droits humains, une meilleure gouvernance sur la planète, la recherche médicale, le développement durable, les énergies propres. C'est là qu'il faut des pionniers."

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