Bilan

Les institutionnels s’ouvrent aux start-up

La plateforme investiere.ch a conclu cet été un partenariat avec la Banque Cantonale de Zurich. Le point sur les défis à venir avec son CEO.
  • Steffen Wagner, CEO d’investiere.ch: «Notre projet consiste à ouvrir le capital-risque à une audience toujours plus large, notamment les investisseurs institutionnels.»

    Crédits: Livia Eichenberger
  • Steffen Wagner, CEO: «Nous devons veiller à ne pas créer une nouvelle bulle.»

    Crédits: Livia Eichenberger

Destinée à l’investissement privé, la plateforme investiere.ch s’adresse principalement aux jeunes entreprises. Avec des bureaux situés à Genève, Zurich et Baar, le site de financement participatif propose plusieurs services, tels qu’un audit préalable professionnel, le reporting pour les investisseurs et le suivi de portfolio. «En résumé, nous participons à toutes les étapes qui font le succès d’une entreprise», avance son CEO Steffen Wagner.

Cet été, la plateforme a conclu un partenariat avec la Banque Cantonale de Zurich (ZKB), qui investira 3,5 millions de francs: «C’est une nouvelle fantastique, se réjouit Steffen Wagner. Nous cherchions depuis plusieurs années déjà un tel investisseur. Peu de banques investissent dans du capital-risque. Elles manquent d’expertise dans ce domaine. Ce n’était pas le cas de la ZKB.» Pour Bilan, le jeune CEO décrypte la portée de cette alliance et livre son expertise sur le marché du capital-risque en Suisse. 

Quel est l’intérêt, pour la ZKB, de travailler avec un intermédiaire tel qu’investiere.ch?

D’abord l’intérêt pour un investissement qui pourrait devenir rentable. Ensuite, la banque cantonale bénéficie de notre expertise technique. Elle est intéressée d’apprendre comment nous échangeons digitalement avec nos clients. Enfin, nous envisageons plusieurs projets pour créer ensemble de nouveaux services. Notre projet consiste à ouvrir le capital-risque à une audience toujours plus large, notamment les investisseurs institutionnels. Nous continuerons par ailleurs à développer les structures existantes pour nos clients privés.

Qui sont vos principaux clients?

Ce sont les acteurs traditionnels, à savoir les investisseurs privés, ou «business angels». Leurs apports seront complétés dans le futur par ceux des co-investisseurs institutionnels, avec qui nous souhaitons collaborer davantage. L’objectif n’est pas de remplacer les investisseurs privés, qui resteront fondamentaux. Ils constituent une preuve de confiance qui incitera les acteurs institutionnels à investir.

Qui sont justement ceux que vous appelez «co-investisseurs institutionnels»?

Il y en a quatre sortes: les fonds de pension, avec qui nous finalisons actuellement les négociations. Les entreprises semi-publiques, les petits fonds de capital-risque étrangers, pour qui la Suisse est attractive et fiable. Et les family offices.

Comment évolue le profil des investisseurs qui font appel à vos services?

Il est désormais plus facile pour les start-up de lever leurs premiers millions de francs. Par contre, le besoin de fonds supplémentaires à lever lors d’un round B (qui équivaut de 3 à 10 millions) est important et parfois problématique. Les investisseurs à ce niveau sont principalement étrangers, alors qu’une alternative suisse serait privilégiée si elle existait. Cela représente une opportunité pour nous.

Comment alors pouvez-vous dénicher de nouveaux investisseurs suisses?

Nous souhaiterions doubler leur quantité l’an prochain. Pour ce faire, nous développons notre réseau à la fois du côté des investisseurs et des deals que nous proposons. Nous cherchons des entreprises plus matures, approchant déjà le round B, avec une valorisation plus haute et moins de risque. Nous concluons également des deals internationaux.

Quelle a été votre plus grande levée de fonds à ce jour?

C’est arrivé récemment avec Domosafety, une start-up romande. Elle avait vécu son premier round en 2012. Lors de son second round, elle a levé la somme record de 1,06 million de francs. C’est la deuxième fois cette année qu’un investissement dépasse le million de francs. Ce qui est intéressant, c’est que les autres clôtures importantes réalisées auparavant concernaient des jeunes pousses dont les fondateurs étaient âgés de plus de 40 ans. L’expérience de ces dirigeants a certainement compté dans le processus, tout comme le rôle de l’équipe fondatrice.

La fintech et les banques doivent collaborer étroitement. Est-ce déjà une réalité?

En Suisse, plusieurs partenariats du genre ont déjà été annoncés. Comme la Banque Cantonale de Bâle-Ville et True Wealth. Advanon et Contovista sont également concernés. Les banques sont plus ouvertes. De telles collaborations devraient se développer à l’avenir et il est peut-être trop tôt pour parler d’une tendance. 

Comment se porte le «private equity» dans notre pays?

Il n’y a jamais eu autant de monnaie disponible pour ça. Cela s’explique par des raisons macroéconomiques telles que l’état du marché boursier ou l’introduction de taux négatifs. Par conséquent, beaucoup d’acteurs du système souhaitent investir, y compris désormais les fonds de pension. C’est une bonne nouvelle, notamment pour les perspectives que cela offre dans l’innovation. Mais il faut à la fois rester prudent et ne pas injecter trop d’argent sur une courte période. Nous devons veiller à ne pas créer une nouvelle bulle. Mais le changement semble plutôt de nature organique, ce qui me rend optimiste.

La situation est plus délicate concernant les deals. Nous devons convaincre nos clients d’investir un peu plus à l’étranger afin d’équilibrer le marché, et cela reste un challenge à l’heure actuelle. 

Une grande partie de l’investissement se fait dans les biotechs et les medtechs. Qu’en est-il de la diversification?

Je ne suis pas vraiment d’accord avec cette affirmation. Selon les chiffres du Swiss Venture Capital Report 2015, presque 50% des investissements sont certes réalisés dans les technologies de l’information et de la communication. La medtech et la fintech représentent ensemble 26%. Mais d’autres domaines sont également représentés, comme les nanotechnologies et les cleantechs. La répartition entre les secteurs chez investiere se calque presque parfaitement sur ces chiffres. 

Comment recrutez-vous les personnes qui recruteront à leur tour les entreprises prometteuses?

Nous avons quatre personnes qui repèrent des opportunités d’investissement. L’équipe est donc trop petite pour se spécialiser. Il reste très compliqué de connaître tous les domaines. C’est pourquoi nous essayons depuis le début d’impliquer les membres de notre communauté (les start-up soutenues sont ensuite recensées dans une base de données et continuent à interagir entre elles et avec la plateforme, ndlr). Ils sont ravis de nous aider.  

Comment qualifiez-vous l’écosystème suisse du capital-risque comparativement aux autres pays?

On trouve en Suisse beaucoup d’individus riches et éduqués. Ils constituent de potentiels «business angels» et connaissent parfaitement les marchés sur lesquels ils souhaitent investir. Par ailleurs, la Suisse a la chance de ne pas avoir seulement des start-up actives dans le domaine de l’internet, comme c’est par exemple le cas à Berlin. Or il est important d’innover dans des technologies tangibles car elles constituent un avantage compétitif. 

Qu’en est-il de la concurrence dans votre secteur d’activité?

Elle est principalement internationale. Notre offre combinée reste unique et il en existe des similaires principalement à l’étranger. Ce qui me préoccupe davantage à propos du marché suisse, c’est sa taille.
Il est facile d’y investir, mais il est difficile d’y investir beaucoup.  

Lire aussi en page 61 «Investir dans le private equity»

Valentine Zenker

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."