Bilan

Les grandes fortunes misent sur Leclanché

Après avoir beaucoup déçu, la PME yverdonnoise a attiré ces derniers mois les fonds d’une dizaine de multimillionnaires. Qu’ont-ils flairé chez ce fabricant de batteries? Explications.

Le CEO Anil Srivastava a fait plusieurs acquisitions stratégiques pour Leclanché.

Crédits: Dr

Quelque part au milieu de l’Atlantique, le yacht d’un milliardaire russe s’est dérouté il y a quelques jours pour faire cap vers les Açores. A cause d’un appel reçu depuis Genève, qui conseillait d’aller constater de visu la renaissance d’une PME suisse ayant pourtant beaucoup déçu: Leclanché. Cette étonnante visite sera-t-elle de nature à favoriser la réussite de l’augmentation de capital de 50 à 70 millions que prépare l’entreprise centenaire? On peut le penser. En quelques mois, le fabricant de batteries industrielles a déjà réussi à attirer les fonds d’une dizaine de grandes fortunes. 

Dans son bureau d’Yverdon, Anil Srivastava, le CEO de l’entreprise depuis deux ans après une carrière dans de grands groupes comme Areva Renouvelable et Alcatel-Lucent coutumiers des grands appels d’offres, explique cet intérêt. «Pendant dix ans, Leclanché n’a pas cessé de faire des promesses qui n’ont jamais été tenues. Désormais, nous ne parlons plus du potentiel de notre technologie mais de nos commandes.» Adam Said, fils du milliardaire égypto-genevois Fouad Said, qui a pris 20% de Leclanché via son fonds de private equity ACE, renchérit: «En six mois, ils nous ont prouvé qu’ils étaient capables de livrer en commercialisant leurs technologies sur les trois marchés visés.»

Aux Açores, les systèmes de batteries de  Leclanché remplacent ainsi des générateurs diesel pour lisser la production d’électricité d’un réseau qui fait la part belle aux énergies renouvelables, par nature intermittentes. En Ontario, ils ont été choisis pour maintenir la très critique fréquence du réseau, à la barbe de 27 concurrents dont LG. Et en Scandinavie pour alimenter bus et ferry face à des concurrents comme Siemens et Rolls-Royce. Si l’on ajoute à cela des commandes en Arabie saoudite, en Belgique, en Allemagne… le carnet de commandes a bondi de 100% l’an dernier et les revenus de 69%. 

L’effectif est aussi passé de 104 à 162 personnes en deux ans et Anil Srivastava a effectué quelques acquisitions stratégiques pour que Leclanché fournisse des solutions intégrées. Du coup, les besoins en capitaux de l’entreprise sont passés de la nécessité de couvrir des pertes au financement de la production pour suivre les commandes. «Un bon problème à avoir», comme le résume Adam Said.  

La piste du smart money

Lui est venu à Leclanché après un investissement réussi (x7) dans Tesla. A cette occasion, il a pu mesurer à quel point la question des batteries est la clé du futur énergétique. Il n’est pas le seul à le penser. Dès 2013, le financier genevois Antoine Spillmann (Bruellan) amène un petit groupe d’investisseurs fortunés suisses à entrer au capital (12%) de Leclanché. L’an dernier, ils ont été rejoints par une grande fortune danoise et une autre islandaise au travers du fonds Recharge (10%), une autre chinoise (Golden Partner, 27%) et via Logistable (11%) par Pierre Lavie, un pionnier de la PPE qui a fait fortune dans l’immobilier et l’un des piliers romands à l’origine de la récente croissance. 

Eux n’ont pas seulement flairé un possible gros multiple financier. Persuadés que le rôle décisif des batteries dans le futur électrique va faire de Leclanché une proie convoitée sur des segments de marché qui croissent désormais de 37 à 52% par an, ils veulent garder l’entreprise en Suisse. Un peu comme ces notables veveysans qui empêchèrent Nestlé de devenir américaine il y a un siècle. Pour enfoncer le clou, Bruellan et Recharge qui avaient aussi prêté à Leclanché viennent de convertir cet investissement en actions avec six mois d’avance. Et tous ont voté une augmentation de capital indispensable du point de vue industriel bien qu’elle dilue leurs parts.  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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