Bilan

Les cours en ligne se structurent

Les MOOC, cours universitaires en accès libre sur internet, sont valorisés par les employeurs. L’obstacle de l’évaluation à distance pourrait être contourné.

Apprendre sans devoir courir à l’autre bout du monde.

Crédits: Hogan Wong/The Ubyssey

L’engouement ne faiblit pas. La plateforme américaine Coursera, leader mondial sur le secteur des MOOC – pour «massive open online courses», cours universitaires de masse en accès libre – dépasse depuis septembre 2015 le nombre de 15 millions d’utilisateurs. Elle affiche désormais 1881 cours délivrés par 143 universités partenaires, dont l’UNIL, l’UNIGE et l’EPFL.

Pionnière en Suisse, l’EPFL revendique à elle seule plus de 1,2 million d’utilisateurs depuis le lancement de son programme, dont 400 000 pour le cours «vedette» sur le langage informatique Scala.

Pour Pierre Dillenbourg, professeur à l’EPFL chargé du programme MOOC, l’enjeu sur le plan de la visibilité est évident pour les grandes universités: «Nous avons 250 000 Américains qui ont ouvert nos cours en ligne. Parfois sans même savoir où est la Suisse. Le critère est désormais pris en compte dans les classements internationaux, et il risque de l’être de manière croissante à l’avenir.» 

Les employeurs s’investissent aux côtés des universités

Dans cette compétition, l’Université de Genève n’est pas en reste. L’Institut de finance et de management de l’UNIGE vient de remporter un appel d’offres lancé conjointement par Coursera et UBS pour élaborer une spécialisation en ligne – un module de quatre cours – autour de la gestion de portefeuille.

Pour Christelle Bozelle, en charge des MOOC à l’UNIGE, l’initiative démontre l’intérêt croissant du monde professionnel pour l’utilisation des MOOC comme outil de formation: «UBS est notre première expérience de cocréation avec une société privée. Le monde professionnel valorise une expertise universitaire qui constitue une plus-value en matière de qualité de contenu, par rapport aux formations internes en e-learning, pas toujours très suivies.»

Pour UBS, dont les experts du Chief Investment Office contribuent directement au contenu des cours, l’intérêt est d’étendre la formation au-delà de ses propres employés, comme l’indique Jean-Raphaël Fontannaz, porte-parole d’UBS pour la Suisse romande: «La banque voit un intérêt évident à partager son expertise à l’extérieur et, de la sorte, attirer aussi bien de nouveaux clients potentiels que de futurs employés.»

L’enjeu est d’autant plus important que les MOOC du domaine de la finance sont parmi les plus demandés par les utilisateurs, avec ceux ayant trait à la programmation informatique, aux nouvelles technologies et au management. Suivis à 70% par des professionnels, les MOOC commencent à être valorisés sur le marché du travail.

«Accor a listé 30 façons pour ses employés d’apprendre en entreprise. La première proposition est le suivi de MOOC. Les employeurs commencent à les considérer, autant pour les compétences développées que pour la volonté affichée de combler ses lacunes», relève Christelle Bozelle, de l’UNIGE. 

Coursera propose désormais une fonctionnalité pour inclure les cours suivis dans le profil LinkedIn et ainsi favoriser leur visibilité. Une démarche qui commence à payer, selon Pierre Dillenbourg, en charge du programme à l’EPFL: «Selon Coursera, un tiers des utilisateurs ayant suivi leur formation pour des motivations professionnelles ont déclaré en avoir tiré un avantage concret: promotion, hausse salariale, changement de poste, en interne ou en externe.»

Vers un réseau de centres d’examens

Bien que délivrés par les universités, et de plus en plus observés par les employeurs, les MOOC souffrent paradoxalement d’un manque de reconnaissance académique flagrant. En général gratuits, ils proposent aux 8 à 10% des apprenants qui le suivent jusqu’au bout une certification payante, basée sur une évaluation à distance des connaissances. Toutefois, ils ne donnent lieu à aucun crédit «ECTS», dans l’optique de valider un diplôme universitaire reconnu dans le système européen du processus de Bologne.

Pourtant, selon Pierre Dillenbourg, de l’EPFL, «les MOOC sont du même niveau que les cours traditionnels proposés aux étudiants sur les bancs de l’école». La première difficulté consiste à construire des blocs cohérents de cours dans une optique diplômante. «Beaucoup de nos cours ont été élaborés dans une démarche bottom up, c’est-à-dire proposés individuellement par les enseignants. Du coup, pas facile d’établir ensuite une cohérence, surtout que seuls 50 cours sur 1500 sont ainsi mis en ligne. On travaille maintenant à structurer depuis en haut.»

Reste le défi essentiel, celui de l’évaluation. Comment s’assurer que des étudiants basés parfois à des milliers de kilomètres ne trichent pas lors d’examens en ligne? «On a fait de gros progrès dans l’e-assessment, note Christelle Bozelle. Aujourd’hui, on peut prendre le contrôle de l’ordinateur du candidat, pour s’assurer qu’il n’a accès qu’à son examen, et également utiliser une webcam. Ça ne suffit toutefois pas à éviter toute forme de triche.»

Les universités travaillent actuellement à surmonter le problème par un réseau européen d’échanges de crédits basés sur les MOOC, comme le détaille Pierre Dillenbourg. «On pourrait imaginer qu’un étudiant romand qui suit un MOOC de l’Université de Louvain puisse passer son examen dans les locaux de l’EPFL, une sorte d’Erasmus virtuel. Le processus de Bologne de reconnaissance européenne des diplômes est un outil formidable qu’il faut exploiter.»

La possibilité ouvrirait alors la voie à l’inclusion des MOOC dans les parcours académiques, et à une dématérialisation de l’université, susceptible de remodeler en profondeur l’enseignement supérieur.

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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