Bilan

Les CFF ont vendu 25 vieux wagons amiantés en République tchèque

Encaissant un million de francs lors de l'opération, les CFF s'exposent au soupçon d'avoir simplement "exporté" un désagréable problème.

Jusqu'en 2010, les CFF ont systématiquement désamianté l'ensemble de leur matériel roulant ou mis de manière ciblée les voitures contenant de l'amiante à la casse.

Crédits: Keystone

Les CFF ont vendu 25 wagons à la compagnie ferroviaire tchèque RegioJet. Encaissant un million de francs lors de l'opération, ils ont également pu se débarrasser d'un autre problème: les voitures concernées contenaient de l'amiante et devaient être assainies.

La joie suscitée par cette affaire est indéniable à l'interne chez les CFF, comme le montre un "tweet" d'un collaborateur sur le sujet: "Les CFF ont pu vendre une petite série de wagons chargés d'amiante. C'est bien ainsi."

Les CFF s'exposent au soupçon d'avoir simplement "exporté" un désagréable problème. Mais ils ne l'entendent pas de cette oreille. Au contraire, ils "prennent très au sérieux la responsabilité liée à l'amiante. Les assainissements et traitements effectués jusqu'ici l'ont montré", indique le centre de presse de l'ex-régie fédérale, contacté par l'ats.

"Comme nous l'avons déjà annoncé en juillet 2016, il s'agit d'amiante aggloméré présent en faible quantité, qui ne peut être ôté que par un travail de ponçage, comme par exemple en cas d'assainissement de la rouille. Cela ne constitue pas et n'a jamais constitué un danger pour les passagers", écrivent les CFF.

Seul un cercle fermé était au courant que l'ex-régie a informé de cette transaction avec RegioJet juste pendant les vacances d'été. Un communiqué de presse à ce sujet n'a été envoyé qu'à la presse spécialisée et est passé inaperçu pour la majorité des journalistes.

Le Syndicat du personnel des transports (SEV) n'en a lui-même rien su. Confronté à l'opération de vente par l'ats, le vice-président du SEV en charge des CFF Manuel Avallone indique que "le cas concret ne nous était pas connu".

"Moralement condamnable"

"La transaction a dû être effectuée correctement du point de vue juridique", selon M. Avallone. "Mais, d'un point de vue moral, on peut reprocher le fait d'avoir simplement vendu à l'étranger des wagons contenant de l'amiante", ajoute-t-il. Cela suscite à tout le moins des questions éthiques et morales.

Pour le vice-président du SEV, les faits sont d'autant plus étonnants que l'ex-régie fédérale agissait sinon de manière exemplaire lorsqu'elle se trouvait confrontée au problème de l'amiante.

Le syndicat est ainsi toujours tout de suite informé lorsque de l'amiante est détecté quelque part. Toutes les mesures de protection nécessaires sont ensuite prises. Cela donne lieu à toute une série de processus précisément définis, sur la manière de s'y prendre et sur le déroulement de l'assainissement qui s'ensuit.

Jusqu'en 2010, les CFF ont en effet systématiquement désamianté l'ensemble de leur matériel roulant ou mis de manière ciblée les voitures contenant de l'amiante à la casse.

Ils avaient d'ailleurs de toute façon retiré du circuit les 25 wagons vendus en République tchèque, écrivent-ils. Certes pas à cause de traces d'amiante, mais parce que leur exploitation était très coûteuse. Et les assainir avant tout en raison de la rouille aurait demandé un gros investissement, d'autant plus qu'il s'agissait d'une petite flotte.

Précautions des CFF

Les CFF ont tout de même pris des garanties dans l'opération effectuée avec RegioJet. La vente a été précédemment clarifiée avec l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) et l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), précise la compagnie ferroviaire helvétique.

L'OFEV indique qu'il a donné son accord le 13 juin 2016 au transfert des 25 wagons, qui contenait de petites quantités d'amiante aggloméré, après avoir examiné une demande des CFF et la documentation jointe à ce sujet.

Aucune directive n'a été donnée; les mesures prévues par les CFF en vue de garantir un assainissement et un traitement adéquats ont été jugées suffisantes. La vente et l'exportation de matériel contenant de l'amiante ne peuvent effectivement avoir lieu que lorsqu'une telle autorisation exceptionnelle est accordée.

L'ex-régie a aussi assuré ses arrières par contrat. Dans le document de vente, le nouveau propriétaire RegioJet s'est engagé à faire assainir les wagons dans une entreprise reconnue par l'Union européenne et à le signaler aux CFF et à l'OFEV.

Pour Manuel Avallone, c'est difficilement compréhensible, car les CFF sont les mieux placés pour savoir comment l'on traite ce problème. Ils auraient pu eux-mêmes mettre les wagons aux normes. La compagnie tchèque se chargera du désamiantage convenu, "mais à quelles conditions? C'est là la question décisive", conclut le vice-président du SEV.

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