Bilan

Les applications pour les festivaliers cartonnent

Qui est derrière les applications du Montreux Jazz et de Paléo? Il s'agit d'une seule et même société. Basée à Montréal, l'agence Greencopper signe une success story et se taille la part du lion sur ce marché.

En 2016, pas de manifestation d'ampleur sans son application mobile. L'agence Greencopper surfe sur ce marché.

Crédits: svetikd/Getty Images.

Recevoir un push à la fin du concert de Muse pour signaler un fort risque d’embouteillages à la sortie du parking, c’est ça, la manifestation 2.0. Paléo, le Montreux Jazz Festival, le Comptoir Suisse, ou encore le World Economic Forum de Davos: tout rendez-vous qui se respecte crée désormais une application mobile pour communiquer directement avec ses visiteurs et améliorer leur expérience sur place.

« Sur le site - et heureusement - les gens ne consultent pas constamment les réseaux sociaux. Facebook perd donc de son instantanéité. Tous gardent par contre leur téléphone dans la poche », a constaté Romain Gomis, responsable de la communication digitale du Paléo. Grâce aux pushs donc, il est possible d’annoncer un changement d’horaires ou un imprévu. « Une partie de l’alimentation en contenus est automatisée, le reste est assuré par un bénévole ».

En 2016, 55'000 festivaliers sont devenus des utilisateurs actifs, c’est-à-dire qu’ils ont téléchargé et ouvert au moins une fois l’appli. Les responsables nyonnais tentent de la faire vivre sur le long terme en la déclinant sous deux versions : l’une apparaît lors de la sortie de la programmation jusqu’à la fin du mois de juillet, l’autre s’utilise durant le reste de l’année.

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A Montreux, on a misé sur l’interaction pour l’application du festival de jazz. Alors qu’un partenariat avec Spotify permet de créer des playlists rassemblant des morceaux d’artistes invités, des balises « iBeacon » envoient des informations pratiques aux festivaliers lors de leur passage à proximité de l’une d’elles. Mais le rendez-vous du bord du lac ne s’est pas arrêté là. Pour son cinquantième anniversaire, il a élaboré un second logiciel en collaboration avec le groupe Kudelski dans le but de lutter contre la captation illégale de séquences des concerts. Et CUTS a vu le jour, proposant au public d’obtenir des extraits des spectacles d’une grande qualité et de les partager.

« L’application est directement liée à la production audiovisuelle. Les artistes décident de l’autoriser ou non durant leur show. Cette année, environ la moitié l'a acceptée, pour des questions de droits d’auteur, nous apprend Marine Dumas, responsable web et nouveaux médias pour le Montreux Jazz Festival. Ce projet est intéressant pour les musiciens également car il leur donne des indications à propos des moments les plus appréciés par le public ». Mathieu Jaton et son équipe planchent actuellement sur des améliorations pour les deux outils, avec à terme, la volonté de les fusionner.

Derrière les applications des deux grands festivals de la région lémanique, l'agence Greencopper. La société basée à Montréal vend des solutions à la plupart des manifestations musicales d’Europe et d’ailleurs. L'aventure a commencé lorsque que le fondateur de l’entreprise, Gwenaël Le Bodic, a développé bénévolement sa première app lors des Trans Musicales de Rennes, dans sa Bretagne natale. S’en suit une success story, sur la base d'un besoin clairement identifié.

Les partenariats avec les grands sites musicaux (Deezer, Spotify) n'ont pas tardé. Les clients achètent un produit déjà développé, sous forme de licence, adaptable ensuite aux particularités de chaque événement à un prix bien moindre que celui de la conception intégrale d’une nouveau logiciel.

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Et Greencopper ne cesse de mettre sur pied de nouvelles fonctionnalités. Réaliser une programmation personnalisée, rappeler le début d’un concert et même payer via son smartphone: l’offre est pléthorique. Malgré leur usage éphémère, les applications sont pensées pour durer. « Avant le jour J, on peut par exemple organiser des jeu-concours directement sur la solution », précise Pauline Mahe, business developper pour Greencopper en France, en Suisse et en Belgique.

Qu’en pensent les principaux concernés ? « Le retour de nos utilisateurs concerne le manque de stockage sur leur téléphone. Nous encourageons donc les organisateurs à restreindre la quantité de fonctionnalités qu’ils souhaitent intégrer ».

Que faire du risque de se noyer dans l’abondance de réseaux sociaux et autres plateformes déjà existants ? « Il peut être maîtrisé par une réflexion stratégique en amont », répond Raphaël Vian, content marketing director pour l’agence digitale Virtua. « Une appli atteint certainement un objectif de proximité entre organisateurs et participants, mais elle exige en contrepartie un effort de communication pour devenir connue, met en garde Raphaël Vian. 

Par ailleurs, si on ne trouve rien de plus que sur le site du festival ou sur Facebook, alors elle n’a aucun intérêt. L’investissement doit se faire en regard des besoins du public, scrupuleusement définis au préalable. Le logiciel doit se démarquer des contenus déjà disponibles et s’orienter vers une offre servicielle », ajoute l’expert.

Pour les chargés de communication, les avantages sont appréciables. D’abord, toutes les données enregistrées via l’application (adresse mail, géolocalisation) deviennent propriété du festival, qui peut alors les exploiter. Alors que si les internautes ne consultent que les réseaux sociaux, ceux-ci conservent les informations sur ces visiteurs.

Ensuite, la durée relativement courte des événements incite par ailleurs à activer les notifications sans se sentir envahis de pushs ensuite.Pour toutes ces raisons, le spécialiste penche pour la communication mixte, à la fois sur les réseaux et via une app.

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Ces logiciels de poche parviendront-il à remplacer le bon vieux programme papier à l’avenir ? « On y pense, mais la transition est délicate, en raison de l’hétérogénéité de notre public. Peut-être dans quelques années », glisse Romain Gomis de Paléo.

Valentine Zenker

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