Bilan

Golf de Pont-la-Ville: «Les promoteurs fracassent la nature»

Fondateur en 1996 du premier golf de la Gruyère, René Brülhart se dit scandalisé par le projet du nouveau resort de Pont-la-Ville, estimé à 350 millions de francs. Rencontre.

Image de synthèse du projet immobilier du Golf Resort La Gruyère, actuellement bloqué.

Crédits: Dr

La balafre défigure un paysage verdoyant! Depuis sept mois, le chantier du Golf Resort La Gruyère à Pont-la-Ville (FR) est bloqué en raison d’un conflit entre les promoteurs et une entreprise de construction. C’est dans ce contexte que René Brülhart, fondateur du premier parcours golfique de la région inauguré en 1996, s’exprime sur un projet comportant un hôtel 5 étoiles de 85 chambres, 27 résidences hôtelières, 105 appartements de luxe et un centre wellness avec spa.

Bilan: Que vous inspire ce projet?

René Brülhart: Celui-ci est très ambitieux et trop important pour le site dans lequel il prend place. Je ne comprends pas les raisons qui ont poussé les autorités à délivrer des permis de construire aussi contradictoires, entre démolition d’une partie du golf et un débordement déraisonnable pour la partie immobilière. Alors qu’elles avaient été très restrictives pour la réalisation de mon complexe (hôtel-restaurant et club-house et projet futur) représentant alors un volume cinq fois inférieur au projet actuel. Je suis très surpris.

Qu’est-ce qui vous choque?

A l’époque, j’ai dû investir environ 750'000 francs pour mettre en œuvre un programme écologique avec une société spécialisée et sous l’exigence et la surveillance du WWF et de la protection de la nature sur un domaine où il n’y avait que de l’herbe. Celui-ci a consisté à planter environ 6000 essences, à créer des zones biotopes ainsi qu’un enchaînement de végétaux reliés entre eux pour permettre un développement durable dans toutes les zones. Ces aménagements devaient impérativement être pris en compte pour l’obtention des permis de construire. Depuis les changements de propriétaires en 2002 puis en 2008, la destruction a commencé. Plus de la moitié des arbres, plantations diverses et fleurs sauvages ont disparu. Les promoteurs fracassent la nature sans scrupule et sans que ni les autorités ni les organisations écologiques ne réagissent. Je suis scandalisé.

Comment l’expliquez-vous?

Je ne le sais pas. Les investissements réalisés à l’époque s’élevaient autour de 25 millions de francs. Le projet actuel prévoit un montant de 350 millions de francs. Ceci explique peut-être cela.

«les obligations qui m’avaient été imposées à l’époque n’ont pas été retenues par les autorités dans le projet actuel» (Crédits: Repond)

Ce projet est-il démesuré?

Il défigure surtout un paysage naturel et romantique. On est dans un endroit magnifique décrit comme paradisiaque par les visiteurs. Je prends l’exemple du trou N° 1 qui joue un rôle-clé au niveau du marketing du complexe. Or, la construction d’un bâtiment au départ du golf saccage ce panorama féerique. Si on vient à Pont-la-Ville, c’est pour profiter de la nature et non pour s’enfermer dans du béton.

A votre avis, ce projet va-t-il se réaliser?

Je le souhaite, mais dans une autre configuration. Dans le cas contraire, j’ai quelques doutes. Surtout parce que les prix des résidences sont élevés. Qui va payer 17'000 francs le mètre carré pour acquérir un bien à Pont-la-Ville? Ce prix me paraît exagéré en comparaison nationale et internationale.

Lorsque vous avez cédé le golf au début des années 2000, on vous a accusé de mauvaise gestion. Certains estimeront que vous n’avez pas de leçon à donner…

Mon unique objectif est de montrer que les obligations qui m’avaient été imposées à l’époque n’ont pas été retenues par les autorités et les instances écologiques dans le projet actuel. Quant à la mauvaise gestion du golf, encore faut-il avancer des faits. En 2001, je cherchais un partenaire pour faire évoluer le golf. Au lieu de me soutenir, mon banquier en a profité pour faire un choix personnel avec ses amis.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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