Bilan

Les nouveaux visages du capital-risque

En 2019, plusieurs fonds ont fait leur apparition pour soutenir les startups suisses innovantes. Certains d’entre eux ont été créés par des entrepreneurs à succès.

Lukas Weder (EAT.ch), Alex Stöckl et Pascal Mathis (GetYourGuide) ont lancé Wingman Ventures en 2019.

Crédits: Dan Cermak

On assiste à une renaissance du capital-risque en Suisse, où l’offre s’est beaucoup développée. Le nombre d’instruments financiers dans le domaine est en nette augmentation, avec des intervenants qui se professionnalisent.

Depuis deux ans, les capitaux semblent affluer de tous les côtés. «De nouveaux fonds ont été constitués par des équipes déjà existantes, à l’exemple de ceux d’Endeavour Vision, Bellevue Asset Management, VI Partners ou Redalpine Venture Partners. Parallèlement, on assiste aussi à la création de fonds constitués par de nouvelles équipes ainsi qu’à l’ouverture de bureaux en Suisse de la part de capital-risqueurs étrangers», se réjouit Thomas Heimann, chef de recherche et des statistiques au sein de Swiss Private Equity & Corporate Finance Association (SECA).

Le fonds californien NanoDimension, créé par le physicien Aymeric Sallin, a par exemple ouvert des bureaux en Suisse afin d’être plus proche physiquement de startups prometteuses. D’autres envisagent de le faire, à l’exemple de l’allemand Lakestar ou de la communauté d’investisseurs français Angelsquare.

Ce dynamisme dans le capital-risque ressort dans le rapport de Swiss Venture Capital: en 2019, les startups suisses ont déjà récolté plus de 2 milliards de francs, soit un milliard de plus qu’en 2018. Le nombre de startups concernées a lui aussi progressé à 266 contre 230 l’année précédente.

Beaucoup de liquidités à réinvestir

La tendance devrait se poursuivre en 2020 grâce notamment aux nouveaux visages du capital-risque qui ont fait leur apparition en 2019. Qui sont-ils? Il s’agit souvent d’anciens entrepreneurs à succès qui ont revendu leurs entreprises et qui désirent désormais soutenir l’entrepreneuriat.

Rappelons qu’en 2019 plusieurs exit ont eu lieu, générant beaucoup de liquidités à réinvestir. Trois biotechs ont été vendues à de grandes sociétés pharmaceutiques pour des montants dépassant au total le milliard de francs. «Les investisseurs cherchent à réinvestir leur plus-value dans le capital-risque et les entrepreneurs veulent, eux aussi, trouver de nouvelles opportunités dans lesquelles s’impliquer», note Thomas Heimann.

Parmi ces nouveaux acteurs, on trouve par exemple Spicehaus Partners, à Zoug, qui a lancé un fonds de 50 millions de francs en 2019. Ses deux fondateurs, Teddy Amberg et Daniel Andres, ont ensemble plus de vingt-cinq ans d’expérience dans les affaires institutionnelles (Partners Group, BNP Paribas) ainsi que dans la création d’entreprises, à l’exemple de CreditGate24 ou de dakuro. Ce fonds est destiné à fournir aux fondateurs suisses le capital de croissance. «Pour les startups suisses, il est souvent facile au début de réunir le capital d’amorçage initial auprès d’amis et de la famille. Dès qu’une entreprise réalise des revenus élevés et connaît une forte croissance, les investisseurs étrangers ou les grandes entreprises sont prêts à participer à d’autres tours de financement ou même à devenir acheteurs. Cependant, il y a un fossé entre les deux que nous voulons combler avec notre fonds afin de soutenir activement les jeunes entreprises suisses sur la voie du succès», estime Daniel Andres.

Autre fonds de capital-risque apparu en 2019: Wingman Ventures, lancé par des entrepreneurs à succès, Alex Stöckl, Pascal Mathis (GetYourGuide) et Lukas Weder (EAT.ch). Ils prévoient de mettre sur le marché un fonds de 60 millions de francs après avoir déjà clos une première phase de 40 millions. Ce nouvel instrument de financement souhaite investir exclusivement dans des startups technologiques suisses. Wingman Ventures investira jusqu’à 1 million de francs en tant qu’investisseur principal au stade du préamorçage et d’amorçage. Citons encore Übermorgen Ventures, Tomahawk ou BackBone Ventures.


Des conseils pour les startups

Mentoring Edouard Treccani, directeur des programmes chez MassChallenge, a des idées et du dynamisme à revendre.

Grâce à son expérience de terrain avec les startups, il a constaté une lacune, celle du mentorat. «Il manque des entrepreneurs prêts à conseiller les startups. Il s’agit d’un réel problème que je constate dans toutes les initiatives existantes et aussi chez MassChallenge.»

Les startups ont besoin d’être soutenues et conseillées par d’autres fondateurs de startup à succès, et pas seulement par des coachs ou des consultants sans expérience pratique. En décembre dernier, Edouard Treccani a ainsi créé SuperFounder qui réunit entrepreneurs à succès et startups en démarrage. L’inscription à la plateforme est gratuite. «J’ai déjà réuni 125 fondateurs d’entreprises à succès, à l’exemple des créateurs de GetYourGuide, Bexio ou Nexthink. La plupart d’entre eux ont déjà réalisé d’importantes levées de fonds ou ont effectué un exit, précise Edouard Treccani. Ces entrepreneurs ne veulent pas être rémunérés mais partager leur expérience et leur succès avec l’écosystème. Ils veulent aussi avoir une fenêtre sur les nouvelles startups dans lesquelles ils pourraient éventuellement investir.»

Chaque mois, SuperFounder sélectionne en effet 4 ou 5 jeunes entreprises qui recherchent des fonds ou qui souhaitent faire des recrutements importants. Celles-ci sont présentées dans une newsletter mensuelle. Sur la plateforme, les startups ont aussi accès, gratuitement, à des outils digitaux (ou term sheets), à savoir des modèles de base pour élaborer des documents juridiques plus détaillés. «A terme, mon but est de permettre aux entrepreneurs sur SuperFounder de réaliser des opérations de coinvestissement au côté des meilleurs business angels et sociétés de capital-risque suisses et étrangers, afin d’ajouter un complément d’expérience aux tours de financement.»

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

Du même auteur:

ADC Therapeutics va entrer en Bourse
Andrea Pfeifer: AC Immune «mise surtout sur la prévention face à Alzheimer»

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."