Bilan

Les imprimantes 3D pour pallier le manque

La startup neuchâteloise Atmen Solution veut proposer des variantes simplifiées de respirateurs. Elle produit aussi des visières de protection et des masques.

Toni Orhanovic, directeur d’Atmen Solution.

Crédits: Guillaume Perret/lundi13

La question d’un éventuel manque de respirateurs pour soigner les patients les plus critiques atteints par le coronavirus se fait de plus en plus pressante dans les pays qui font face à la pandémie de Covid-19. Cette préoccupation occupe les esprits de plusieurs anesthésistes et médecins aux soins intensifs. Comment faire si le nombre de respirateurs devient insuffisant pour prendre en charge ceux qui en ont besoin?

«Si le pire scénario semble s’éloigner en Suisse, de nombreux pays en Afrique, par exemple, font face à un cruel manque de matériel», constate Toni Orhanovic, directeur de la startup Atmen Solution à La Chaux-de-Fonds. «Nous essayons de formuler des variantes simplifiées de respirateurs. Ma démarche a été initialement inspirée par les fabricants de parfum qui ont détourné leurs lignes de production pour produire du gel hydroalcoolique.»

Fournisseurs industriels

Fondée il y a trois ans, cette jeune société propose, grâce à ses imprimantes 3D, des solutions innovantes utilisées dans divers domaines, aussi bien en horlogerie, décolletage, microtechnique que dans le secteur médical ou dentaire. Toni Orhanovic s’est récemment familiarisé avec les principes de fonctionnement des respirateurs ainsi que des divers paramètres et spécifications applicables dans les thérapies de ventilation mécanique. «Dans les grandes lignes, pour produire un respirateur, il faut disposer d’un élément de soufflerie, de valves, de vannes, de capteurs, un réseau de tubes, de tuyaux et une interface de monitoring et de composants que nous pouvons acquérir chez différents fournisseurs industriels qui ne sont pas nécessairement actifs dans le domaine médical. Nous visons, par exemple, le secteur de l’automation des machines de production. Quant aux imprimantes 3D, elles permettront de fabriquer notamment les raccords et boîtiers d’intégration des différents composants», dit-il.

Vers une dérogation d’homologation?

Bien qu’ambitieux et pour le moins incertain en termes de résultats, le projet a ainsi été lancé à la mi-mars. Les hôpitaux neuchâtelois ont été approchés par la startup afin d’évaluer le premier prototype. Ils n’en auront finalement pas besoin car le pire scénario semble s’écarter. Néanmoins, la startup finalise son projet et lance un appel aux ONG et investisseurs pour pouvoir fournir ses appareils à d’autres pays.

Qu’en est-il des traditionnelles homologations? «Actuellement, nous travaillons sur les premiers prototypes qui seront testés et validés avec une équipe médicale de référence, avant d’éventuellement poursuivre avec des demandes d’autorisation et de dérogation temporaire d’homologation pour une application médicale en situation de crise, poursuit Toni Orhanovic. Il s’agira de solutions de derniers recours si certains patients sont écartés d’une prise en charge traditionnelle face à un manque de respirateurs. Cela serait toujours mieux que rien. Nos ventilateurs seront dotés de moins de fonctions de réglage et de monitoring. Il s’agira donc principalement d’assurer la stabilité des cycles de ventilation dans les tolérances moyennes applicables, de pression, de débit, de fréquence et de concentration d’oxygène, le plus important étant de ne pas risquer de nuire ou d’aggraver l’état d’un patient.»

En attendant la soumission et une éventuelle validation des hôpitaux, la startup a décidé de réserver ses onze imprimantes 3D pour produire toutes pièces qui viendraient à manquer aux hôpitaux.

Ailleurs dans le monde, d’autres entreprises bénéficiant d’une expertise en impression 3D ont aussi été sollicitées pour répondre au plus vite à la pénurie de matériel. Au Royaume-Uni, l’appel du premier ministre Boris Johnson fait aux entreprises pour produire 20 000 respirateurs en deux semaines a été entendu par Vauxhall et Airbus, qui s’apprêtent à mobiliser leur parc machines pour imprimer une partie des pièces pour le système de santé publique du Royaume-Uni. General Motors et Ford aux États-Unis, PSA et Renault en France mais aussi des ingénieurs venus du monde de la Formule 1 se sont également mis sur les rangs.

Pour rappel, la startup italienne Isinnova a été la première à imprimer des valves permettant de connecter les masques à oxygène aux respirateurs. Pour ce faire, elle a demandé au fabricant français Intersurgical de lui fournir ses plans de conception brevetés afin de lancer la production le plus rapidement possible. Ce dernier a refusé mais Isinnova a quand même imprimé des valves à partir de plans maison. En revanche, contrairement à ce que plusieurs médias ont relayé, Intersurgical n’a pas menacé les ingénieurs de poursuites judiciaires.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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