Bilan

«Les gens ne vont pas cesser de voyager»

CEO de Swiss depuis 2016, l’Allemand Thomas Klühr a pris de plein fouet les critiques liées à l’impact climatique du transport aérien. Il nous livre ses positions sur les défis à venir.

  • «Nous devons évidemment réduire nos émissions mais ne sommes pas l’émetteur le plus important au monde», se défend Thomas Klühr.

    Crédits: Rene Ruis/Keystone
  • Intérieur d’un A320 Neo. Swiss a commandé 25 de ces appareils moins gourmands.

    Crédits: Airbus

Comment jugez-vous l’année 2018 pour le secteur de l’aviation?

En général, l’année a été assez bonne pour l’Europe – y compris pour la Suisse. Rien de très nouveau n’est survenu, nous avons plutôt vu la poursuite de tendances qui se dessinaient déjà. Par exemple la consolidation de l’industrie: aux Etats-Unis, les cinq plus grandes compagnies aériennes détiennent plus de 80% de parts du marché tandis qu’en Europe, elles ne détiennent qu’environ 40%. C’est une bonne nouvelle pour le groupe Lufthansa, qui peut encore progresser et compte jouer un rôle actif dans le processus de consolidation. Un nouveau sujet, cette année,
a été la discussion autour des infrastructures. Les compagnies ont eu des difficultés à être ponctuelles. C’était quelque chose d’attendu, car les infrastructures tant dans les airs que sur terre ne sont pas capables de gérer l’augmentation du volume de passagers. Ce point-là représente l’une des pistes d’amélioration principales pour cette année 2019.

Qu’allez-vous faire concrètement pour améliorer la ponctualité en 2019?

Nous avons commencé plein d’initiatives! Il s’agit, par exemple, de ressources en personnel supplémentaires, d’un plus grand nombre d’avions de réserve, ou encore de l’allongement du temps de stationnement aux escales pour certains appareils qui passeront cinq minutes de plus à terre. Nous allons également changer la rotation des avions dans le cas de quelques destinations critiques sur le plan temporel. 

Les aéroports les plus importants vont-ils changer?

Nous allons surtout nous concentrer sur Zurich, Genève et Lugano. Et nous n’allons pas retourner à Bâle dans un avenir proche. Y retourner alors que nous sommes partis il y a quelques années et qu’Easyjet est devenue leader provoquerait une guerre des prix néfaste à tous.

Quelles sont les dernières attentes des passagers selon vous?

Les clients recherchent davantage de services personnalisés et individuels. Cela s’inscrit dans notre stratégie, nous voulons que les passagers aient le choix dans notre assortiment. Pour nous, être un transporteur premium signifie aussi être capable de gérer la complexité. 

Ces derniers mois, les compagnies aériennes ont beaucoup été attaquées sur le réchauffement climatique. Qu’en dites-vous?

Nous subissons beaucoup de pressions sur ce thème. Cependant, ce n’est pas un sujet qui a démarré avec la jeune Greta Thunberg. Nous travaillons depuis longtemps à améliorer notre impact climatique et sommes conscients de notre responsabilité. Nous devons évidemment trouver les bonnes solutions. Le fait de privilégier le climat est gagnant-gagnant, à la fois pour les compagnies et pour la planète. Réduire les émissions de carburant revient à réduire les coûts, c’est pourquoi cela reste très intéressant pour nous. 

Que pouvez-vous faire concrètement?

Nos efforts se concentrent sur quatre domaines. D’abord, il y a la technologie. Le geste le plus important qu’une compagnie aérienne puisse faire est de s’équiper d’avions modernes. Swiss débourse 8 milliards pour ses nouveaux appareils, entre autres le C Series (dorénavant l’A220), qui est le plus efficient du marché, et nous avons commandé 25 appareils de type A320 Neo. Ensuite, nous travaillons sur l’amélioration de nos méthodes d’exploitation. Troisièmement, nous essayons avec nos partenaires – les aéroports et Skyguide – d’améliorer les infrastructures. Enfin, Swiss soutient Corsia, l’instrument global de protection du climat de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), avec lequel le secteur aérien vise une croissance neutre en CO2 à partir de 2020. 

Faudrait-il poser des contraintes?

C’est aux personnes de décider de la manière dont elles veulent voyager. Si vous posez la question aux jeunes, beaucoup ont déjà effectué des trajets en avion. Nous vivons dans un monde globalisé, et des rencontres ou études se font à l’étranger. Nous prenons le sujet à cœur et ne disons pas que le problème n’existe pas. Mais les débats donnent l’impression que le trafic aérien est la pire cause du réchauffement climatique, et ce n’est pas une discussion juste. Nous devons évidemment réduire nos émissions mais ne sommes pas l’émetteur le plus important au monde.

Vous dites que vous êtes une cible facile?

Ces derniers temps, il est clair que nous étions davantage ciblés que d’autres. 

Pourtant, vous avez également des vols courte distance...

Prenons l’exemple de la liaison Zurich-Lugano. C’est une courte distance, mais
si vous demandez aux Tessinois ce qu’ils en pensent, beaucoup refuseraient d’annuler le vol. Ce n’est pas aussi facile que ce qu’il paraît. Nous nous voyons comme la compagnie aérienne de la Suisse, et pas de Zurich. Il est important pour nous de relier les différentes régions du pays au réseau mondial de Swiss. Annuler Genève-Zurich, est-ce bien raisonnable? A l’exception de New York, nous n’avons pas de long-courriers dans les deux aéroports, et il ne serait pas juste de rendre l’accès à la plaque tournante de la Suisse plus difficile pour les personnes en Romandie et au Tessin.

Qu’en est-il des billets à bas prix?

Swiss n’a pas inventé le low-cost. Nous avons dû nous aligner sur les autres compagnies sans quoi nous n’aurions pas survécu. C’est aux personnes de décider si elles veulent acheter ces billets ou non.  

Etre CEO de Swiss vous plaît toujours après tout cela?

Absolument, même si c’est un travail parfois exigeant. Pour moi, l’industrie aérienne est la plus excitante de toutes aussi parce qu’elle réunit les gens. Vous voyez les gens cesser de voyager un jour? Moi non, ils vont continuer. 

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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