Bilan

Les écoles Ducasse rejoignent Glion et Les Roches

En cédant 51% des parts de Ducasse Education à Sommet Education, le célèbre chef français Alain Ducasse entend pérenniser l’excellence de ses formations en gastronomie. Pour le groupe basé en Suisse, cette acquisition permet d’étendre l’offre de formation et de compléter le panel des cursus proposés.

Les écoles du groupe Ducasse Education vont intégrer

Crédits: ENSP (c) Matthieu Cellard

Signé le 27 mai par Alain Ducasse et Benoît-Etienne Domenget, président de Sommet Education, le partenariat concrétise la prise de participation majoritaire de Sommet Education (à hauteur de 51%) dans le groupe d’éducation fondé par le prestigieux chef français qui conserve 49% des parts 

Pour Benoît-Etienne Domenget, cette prise de participation majoritaire s’inscrit dans une vaste stratégie déployée par le groupe d’écoles hôtelières qui détient les marques Glion et Les Roches et ambitionne de devenir le leader mondial dans les formations aux métiers de l’hospitalité. Entretien exclusif.

Bilan: D’où est venue la genèse de ce projet d’alliance entre les deux entités avec rachat de la majorité du capital de Ducasse Education?

Benoît-Etienne Domenget et Alain Ducasse. (DR)
Benoît-Etienne Domenget et Alain Ducasse. (DR)

Benoît-Etienne Domenget: Chez Sommet Education, nous avons une ambition: devenir le leader mondial des formations aux métiers de l’hospitalité. Nous sommes déjà équipés avec deux belles institutions que sont Glion et Les Roches, et leurs six campus en Suisse, en Angleterre,en Espagne et en Chine. Nous sommes le seul acteur des métiers de l’hospitalité à être à la fois multi-marques, multi-campus et multi-pays. Avec cette acquisition, cette spécificité va grandir avec une nouvelle marque, trois nouveaux campus et un nouveau pays.

Cette ambition d’atteindre la première place mondiale est forte mais raisonnable, car nous sommes légitimes. Et car il y a des besoins. Aujourd’hui le secteur de l’hospitalité couvre des aspects plus larges que l’hôtellerie. Bien évidemment cela reste le socle, mais nous formons aussi à des métiers connexes et qui ont compris qu’il faut adopter les codes de l’hôtellerie (banque privée, luxe, aviation,…) pour améliorer et transformer la relation client. Les besoins de formation ne font que se renforcer.

Et au-delà des débouchés, les types de formations se diversifient également : ils vont de la formation initiale à la formation continue, des besoins pratiques aux ouvertures vers les études longues voire la recherche, sans oublier des formations destinées au grand public. Et il y a dorénavant aussi un besoin de formations beaucoup plus vocationnelles: des formations ancrées dans la pratique et le métier, plus que dans le management. Nous avons cette capacité avec le modèle dual suisse. Forts de cette expérience et des besoins de marché, mais aussi des envies de reconversions, la volonté de répondre à ces besoins, il nous est apparu comme une évidence de nous développer à travers des formations culinaires et liées aux arts de vivre et de la table. Il y a assez peu d’acteurs qui s’imposent comme une évidence dans ce registre. Nous avons rencontré Alain Ducasse et partagé ce constat avec lui et il s’est avéré comme une évidence qu’il y avait quelque chose à faire ensemble. Nous avons recruté plusieurs MOF (Meilleurs ouvriers de France, NdlR) au sein de nos équipes ces derniers mois: c’est une preuve de notre passion pour l’exigence, notamment dans le domaine de la gastronomie.

Quels sont les objectifs avec ce rapprochement?

Nous partageons une conviction avec Alain Ducasse : il croit au manger-bien et pas seulement au manger-bon. Les histoires de nos deux entreprises se font merveilleusement écho. Nos audiences naturelles vont se compléter et nous avons la certitude que nous allons faire grandir l’ensemble des marques. En tout cas, nous avons conscience d’allier le meilleur des deux mondes, de la gastronomie et de l’hospitalité. Nous pouvons revendiquer une place sur le podium mondial pour toutes nos écoles. La platerforme de services de Sommet Education va permettre à Ducasse Education de proposer ses services à travers le monde. Mais là où la croissance est la plus forte, ce n’est pas l’Europe, mais les pays émergents. La capacité d’aller proposer ces formations sur ces marchés est au coeur de ces projets. Ducasse Education a commencé à monter des partenariats à l’international et ils ont eu raison de le faire. Notre arrivée au capital à leurs côtés va avoir pour but de continuer à promouvoir et étendre cette offre, en allant promouvoir la marque à l’international mais aussi en élargissant l’offre.

Quelle a été l’ampleur de ce rapprochement sur le plan financier?

En accord avec nos actionnaires, nos partenaires et notre stratégie, nous ne communiquons pas sur ce chiffre. Tout ce que je peux dire c’est que la nouvelle entité est amenée à accentuer la croissance des activités de Sommet Education (qui a réalisé un chiffre d’affaires de 156 millions de francs en 2018, NdlR). On ne se cache pas des projets de croissance, à la fois interne et externe. Nous sommes convaincus que devenir n°1 passera par l’installation sur de nouveaux marchés. Afin d’étendre la gamme de formation qui est la nôtre. Avec l’intégration de Ducasse Education, c’est la démonstration que notre actionnaire Eurazeo (qui détient 100% du capital de Sommet Education) nous soutient dans cette croissance.

Quelles seront les premières manifestations concrètes de l’accord?

Dès la rentrée, nous allons communiquer auprès des candidats et futurs étudiants sur un catalogue élargi de formations. Demain, il sera crucial d’avoir cette possibilité d’offrir des bachelors, des formations professionnelles, et des formations pratiques très poussées. Il est trop tôt pour parler de stages ou de périodes d’apprentissage croisées. Mais c’est la suite logique: nous travaillons pour les étudiants et il est logique qu’ils soient les premiers à bénéficier de cette alliance, afin de bénéficier de perspectives plus large et du meilleur des deux mondes.

Le plus important pour nous, ce sont les programmes et comment mettre en commun les intelligences sur le coeur de nos promesses avec les formations. Ensuite la capacité que nous avons aujourd’hui de porter nos marques d’éducation à l’international. La plateforme d’expertise de Sommet Education va être au service de Ducasse Education pour s’implanter sur de nouveaux marchés. Ensuite nous envisagerons des pistes pour faire travailler en commun des hommes et femmes de l’entreprise.

Quel va être le rôle d’Alain Ducasse dans la nouvelle organisation?

Alain Ducasse est engagé au travers de son nom et de sa personne. Nous partageons des convictions fortes et avons la conviction commune que celles-ci doivent être portées au plus haut. Alain Ducasse a une philosophie culinaire et de fortes valeurs, sur la durabilité, sur les produits locaux. Il aura un rôle important à nos côtés dans cette aventure, au sein du conseil d’administration. Le temps de la mise en forme arrive. Les mois qui vont venir permettront d’affiner ses missions.

Avec l’intégration de Ducasse Education, comment se présente le groupe?

Ducasse Education c’est environ 1000 étudiants, des milliers d’apprenants, une centaine de collaborateurs sur trois sites actuels. En septembre 2020, Ducasse Education s’installera dans un campus neuf à Paris, sur près de 5000m2, ce qui traduit l’ambition qui est la nôtre dans ce domaine. Nous avons été ravis de nous associer à ce projet, dont la conception incarne la philosophie qui est la nôtre.

Une fois la transaction achevée, Sommet Education ce sera 6000 étudiants, trois marques, neuf campus et cinq pays. Dont la France qui occupe une place à part dans le domaine de l’hospitalité. Et nous sommes ravis de nous y implanter à travers Ducasse Education.

A l’horizon des cinq ans, nous visons les 10’000 étudiants sur un périmètre élargi, avec davantage de campus, de sites, et plus de marques.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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