Bilan

L’envoi d’argent à l’étranger s’accélère

En dix ans, les transferts de francs suisses vers le reste du monde se sont diversifiés, digitalisés, régularisés, mais surtout intensifiés. Zoom sur un secteur en pleine croissance.

  • Les cofondateurs de TransferWise: Taavet Hinrikus et Kristo Käärmann.

    Crédits: Hermione Hodgson
  • Les cofondateurs de Monito: François Briod, Laurent Oberholzer et Pascal Briod.

    Crédits: Anouk Ruffieux

Aujourd’hui plus que jamais, le monde bouge. Une mobilité qui affecte le marché des transferts d’argent. Cette industrie, en pleine expansion depuis dix ans, aurait atteint en 2019 le niveau record de 714 milliards de dollars, estime la Banque mondiale. Frontaliers, expatriés, étudiants, entreprises, ONG et surtout immigrants ont montré leur dépendance à ce type de service. Selon les Nations Unies, environ une personne sur neuf dans le monde est soutenue par des envois de fonds. Les remises migratoires ayant même réussi à dépasser le volume d’investissements directs étrangers. La Suisse, composée à 30% d’immigrants, est une terre fertile pour les spécialistes du domaine, qui sont venus s’implanter en nombre sur le territoire, jusqu’à concurrencer les tarifs des banques.

Les mastodontes du transfert

Afin de transférer rapidement un montant en francs suisses, sans compte en banque, vers l’étranger et directement en devise locale, les acteurs du secteur jonglent entre réglementations drastiques, devises et frais de centaines de pays, mais aussi course à l’innovation. Des défis qui n’empêchent pas les pionniers de gagner sans cesse en popularité. Le plus connu d’entre eux, l’américain Western Union, prospère depuis cent septante ans grâce à une évolution constante.

Le leader des transferts d’argent, qui dispose d’un vaste réseau mondial d’officines, dont 300 en Suisse, investit désormais en masse dans le digital. «L’avènement de la numérisation a révolutionné le marché, créant plus de choix et de commodités pour les clients. C’est pourquoi nous avons entrepris une transformation numérique très agressive», souligne Mohamed El Khalouki, porte-parole régional de Western Union. Disponible en ligne dans plus de 75 pays, le spécialiste des transferts a vu ses revenus du numérique augmenter de 22% au premier trimestre 2020, puis de 30% en avril. «Nous prévoyons que le digital sera le principal moteur de croissance pour notre secteur ces prochaines années», atteste le porte-parole.

Une approche que partage MoneyGram, la deuxième plus grande société de l’industrie. Elle aussi présente dans plus de 200 pays, 70 numériquement, l’entreprise américaine ne comptabilise pas moins de 48 millions d’utilisateurs annuels. Avec 28% de ses transactions effectuées virtuellement, MoneyGram a vu cette branche du transfert croître de 57% au premier trimestre. «Nos utilisateurs digitaux ont des taux de rétention plus élevés et sont plus susceptibles de référer nos services à des amis, ce qui attire une vague de nouveaux clients vers notre marque», constate Kamila Chytil, responsable des activités numériques de MoneyGram.

Dans le trio de tête des mastodontes de l’envoi d’argent à l’étranger: Ria. En Suisse depuis 2005, la société possède un réseau d’agents répartis dans plus de 402 000 emplacements dans le monde. A son tour témoin des nouvelles attentes de la clientèle concernant le digital, Ria a dû passer le cap. Outre sa distribution traditionnelle dans les bureaux de poste, les agences... Ria permettra bientôt de procéder à des échanges depuis un smartphone. Déjà disponible dans plusieurs régions, l’application Ria Money Transfer sera accessible sur le marché européen, dont la Suisse, ce mois-ci.

Basculement vers du 2.0

Mais si les principaux acteurs accélèrent leur transition numérique, c’est notamment à cause de la concurrence. Les nouveaux entrants, exclusivement en ligne, moins chers et plus rapides, rebattent les cartes du jeu. Parmi les fintechs qui grignotent rapidement du terrain, TransferWise, lancée à Londres en 2011, a déjà séduit plus de 7 millions d’utilisateurs. «En tant que haut lieu économique, accueillant un grand nombre de sièges d’entreprises et de frontaliers, nous avons constaté une forte adoption de notre produit en Suisse. Ce qui prouve que ce pays recherche des solutions modernes et surtout plus pratiques pour envoyer et dépenser de l’argent à l’étranger», assure Thomas Adamski, porte-parole européen de TransferWise.

Le genevois b-Sharpe, acteur majeur dans le change de devises en ligne, a su lui aussi séduire la clientèle helvétique. Depuis 2013, il propose d’économiser en moyenne 70% par rapport aux fournisseurs traditionnels et a déjà échangé à ce jour 1,3 milliard de francs suisses. Basé sur le digital, le système va poursuivre son évolution avec, entre autres, l’arrivée d’une application mobile et d’une nouvelle interface web. «Le numérique a entraîné de profonds changements dans les habitudes des consommateurs. A présent, le service doit être immédiat, disponible à toute heure, depuis toute localisation et le plus simple possible», décrit Jean-Marc Sabet, fondateur de b-Sharpe.

Au même moment, une nouvelle technologie pénètre elle aussi le marché des transferts d’argent à grande échelle: la blockchain. «Elle va apporter de nouveaux concurrents tout aussi disruptifs que nous l’avons été», ajoute Jean-Marc Sabet. En effet, la libra, à titre d’exemple, visera le paiement entre particuliers à l’international. Facebook ayant déjà affiché son intention de miser sur les populations peu bancarisées.

Un Covid-19 accélérateur

Celui qui a su profiter à temps de cette numérisation du secteur, c’est le site lausannois Monito, créé en 2013. Il compare en ligne les prix en fonction des critères d’envoi et permet ainsi de faire des économies. L’année dernière, Monito totalisait d’ores et déjà cinq millions de visiteurs, mais le coronavirus semble avoir eu un effet duplicateur. «Une grande partie des expéditeurs n’ont pas pu se rendre en agence durant la pandémie et se sont tournés vers les solutions digitales. Les transactions via notre site ont observé une forte croissance», témoigne François Briod, cofondateur du site. Un virus à l’effet tremplin pour Monito, mais également pour les services d’échange d’argent en ligne, selon le jeune homme. Les chiffres semblent corroborer ses dires. La tendance des transactions numériques est à la hausse pour l’ensemble des acteurs interrogés. Crise oblige.


Les principaux acteurs

Le traditionnel: Western Union. Créé en 1851, le groupe américain est le leader mondial du transfert d’argent avec 550 000 agences (300 en Suisse) dans plus de 200 pays et 75 pays pour le numérique.

Le challenger: TransferWise. Lancée en 2011, cette fintech britannique d’échange d’argent en ligne est rentable, avec plus de 7 millions d’utilisateurs.

Le spécialiste des frontaliers: b-Sharpe. Depuis le lancement de son offre de change en 2013, le site genevois a déjà transféré 1,3 milliard de francs suisses. Il gère 20 devises, pour 17 400 clients.

Le comparateur: Monito. Créé en 2013, le site lausannois compare les différents opérateurs de transfert d’argent en ligne. Sur les douze derniers mois, 300 millions de dollars ont été transférés et 15 millions économisés en comparant.

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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle décrochait des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle se spécialise actuellement dans la presse écrite économique.

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