Bilan

L'émergence des gratte-ciels en bois

Responsable de près de 11% des émissions globales de gaz à effet de serre, le secteur du bâtiment poursuit sa réorientation écologique vers le bois. L’évolution technologique du matériau permet de concevoir des tours chaque fois plus hautes, au cœur même des villes.

Pour l'architecte Michael Green, le bois est le matériau de construction du siècle à venir.

Quand Michael Green imaginait il y a dix ans voir le bois remplacer le béton dans la construction, l’accueil était pour le moins sceptique. «On me prenait pour un fou», a rappelé le célèbre architecte canadien, à l’occasion d’une présentation lors du cycle de conférence «L’essentiel de la finance» organisé jeudi dernier par la Banque cantonale de Genève. Pourtant, à Genève, le fondateur du Design build research et de la formation en ligne Timber online education a réitéré: «Le bois est le matériau de construction du siècle à venir. On ne parle plus seulement de maisons individuelles en zones résidentielles, mais également d’ateliers, industries, immeubles d’habitation ou de bureaux.»

Mass timber: un matériau solide et moins inflammable

Sur l’écran de présentation, des constructions sobres au design nordique allant jusqu’à 7 étages illustrent les projets en cours menés en Europe et en Amérique du nord par Michael Green: «Nul besoin d’avoir l’air de maison de bois, les constructions s’apparentent à n’importe quelles autres.» A la différence près que 100% de la structure se compose de bois, essentiellement de Mass Timber, cette nouvelle génération de bois lamellés dit «croisés» ou «collés», qui se présente sous la forme de panneaux multicouches et offre une rigidité et stabilité supérieures aux structures.

Autre avancée significative, la résistance au feu du bois lamellé croisé, essentielle pour les hautes constructions. Le Centre national de recherche du Canada a étudié la résilience et l’inflammabilité du matériau en situation d’incendie, et conclut qu’il «peut fournir une grande résistance au feu dans les bâtiments», et «peut procurer un tout aussi bon comportement en cas d’incendie que d’autres matériaux.»

Tours de plus en plus hautes

Conséquence du progrès des matériaux et de la recherche, la régulation de l’emploi du bois dans la construction s’assouplit partout dans le monde. «Dès 2021, des immeubles jusqu’à 18 étages seront autorisés aux Etats-Unis» a relevé Michael Green. En France, plusieurs projets allant jusqu’à 30 étages sont à l’étude. Vancouver au Canada accueille déjà la tour Brock Common et ses 18 étages et a dévoilé cette année son projet d’une tour de 40 niveaux, la Canada Earth tower.

En Suisse, les immeubles en bois font leur chemin. Sur son site, l’Office fédéral de l’environnement rappelle qu’il «n’existe pratiquement plus de restrictions pour les ouvrages en bois en Suisse: depuis le 1er janvier 2015, des éléments en bois peuvent être utilisés pour toutes les catégories de bâtiments et toutes les affectations.» En cause, l’assouplissement des prescriptions de protection contre les incendies. Depuis 2005 déjà, date de la précédente révision, des immeubles jusqu’à 6 étages sont autorisés. Les constructions en bois représentent aujourd’hui 20% des maisons individuelles et 7% des immeubles locatifs. Un décollage susceptible de sourire au secteur du bois en Suisse, qui emploierait encore environs 85 000 personnes (2% de l’emploi). «Le potentiel pour la Suisse à l’exportation est d’autant plus important qu’en France par exemple, l’enthousiasme est très marqué, mais qu’on ne retrouve pas l’expertise dans le bois que l’on a ici», a souligné Michael Green.

Division par 10 de l’empreinte carbone

La réputation de cherté du bois reste un frein à son emploi massif dans la construction. Michael Green estime toutefois que l’augmentation du volume pourrait permettre d’envisager des économies d’échelle que le béton ne propose pas. «Le béton est trop lourd et trop difficile à manier pour être préconstruit hors site, en usine. Ce qui n’est pas le cas du bois, dont la production peut être standardisée. Nous avons notamment pu mener un projet de construction en 13 mois au lieu de 24 en utilisant le bois au lieu du béton.»

Si la compétitivité économique du bois fait encore débat, la valeur ajoutée écologique reste un argument de poids dans le potentiel du matériau. Les bâtiments sont responsables de 39% des émissions de gaz à effets de serre dans le monde, incluant 28% pour l’exploitation et 11% pour la seule construction. «Le bois accumule le dioxyde de carbone au lieu d’en rejeter. 1 mètre cube stocke ainsi une tonne de Co2. Nous avons réalisé une évaluation sur tout le cycle de vie d’une construction, de la matière première au démantèlement, et constaté qu’un bâtiment en bois employait 88% de Co2 de moins que le même construit en béton.»

Ecologiste convaincu, Michael Green envisage même une opportunité de reforestation au Brésil et en Indonésie, où le recul de la forêt est le plus marqué: «En montrant une opportunité économique supérieure à l’agriculture, on peut stopper le défrichement dans ces pays. Car la construction va continuer à progresser. C’est l’équivalent de New-York qui sera bâti chaque mois dans le monde au cours des 40 prochaines années.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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