Bilan

Leadership: ce que la Bible nous apprend

La culture chrétienne prêche le management par la confiance et suggère des pistes d’action à mettre en œuvre pour développer les talents cachés des collaborateurs. A adopter?

Maxime Morand, ancien prêtre reconverti dans les ressources humaines.

Crédits: René Reich
La parabole des talents selon le peintre Andrei Mironov. (Crédits: René Reich)

La Bible peut-elle nous guider dans l’exercice de notre leadership C’est ce qu’affirme l’ancien moine cistercien Maxime Morand dans son essai Cultures chrétiennes et pratiques ressources humaines, qui vient de paraître aux Editions Favre. Il rappelle qu’exercer l’autorité (du latin augere, augmenter) consiste avant tout à faire grandir. «Dans Le Nouveau Testament, l’autorité n’a pas de connotation dominante. Le chef qui la détient est chargé de développer le potentiel de chacun.» Comment y parvient-il? «En laissant les membres de sa communauté trouver les chemins de la réussite, sans instructions ni mission», comme l’y invite la parabole des talents, racontée dans l’Evangile selon Matthieu.

Pour mémoire, dans ce célèbre passage, un homme confie ses biens à ses serviteurs avant de partir en voyage. «A l’un, il remet une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités.» Autrement dit, il agit en leader libéré: les employés sont libres de prendre les décisions qu’ils jugent pertinentes et d’accomplir en son absence le travail de la manière qui leur paraît la mieux appropriée. Cette autonomie ne signifie pas pour autant que le maître se désintéresse de leurs activités, comme l’indique la suite de l’histoire. De retour de voyage, il demande en effet des comptes. Les deux premiers serviteurs ont placé l’argent en banque et lui restituent la somme avec les intérêts: dix et quatre talents, respectivement. Le troisième restitue un seul talent et s’exclame: «J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre.» La leçon à retenir? «La gestion des talents, c’est aussi lâcher la bride pour que les compétences des personnes se révèlent»… ou pas, analyse Maxime Morand.

S’inspirer des abbés

Faut-il licencier le collaborateur dont les résultats sont insatisfaisants? Maxime Morand invite à prendre exemple sur l’abbé. Soucieux de ne perdre aucune des brebis qui lui sont confiées, il prend soin de ses frères qui ont failli «car ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades». Il enverra par conséquent des sympectes (les mentors du monde du travail), «des frères anciens et sages qui réconforteront ce frère chancelant» et l’aideront à développer son potentiel. Ce n’est qu’en dernier recours, lorsqu’il constate que toute son habileté est sans résultat, que l’abbé «use du fer qui retranche».

Guillaume Mercier, enseignant chercheur en éthique d’entreprise à l’IESEG School of management, ajoute que le style de leadership de l’abbé est un savant mélange de management horizontal et vertical. Lors d’une conférence intitulée «Les monastères, source d’inspiration» pour l’entreprise aujourd’hui, il a rappelé qu’il existe deux profils de leaders: le «héro» et le leader «post-héroïque».

Le premier, bien que charismatique, centralise l’autorité, impose ses méthodes de travail et prend des décisions de façon unilatérale. «Il surplombe ses collaborateurs, fait parler de sa puissance et peut être pris de démesure et de narcissisme. Carlos Ghosn et Steve Jobs en sont de bons exemples.»

Le second implique ses employés dans le processus décisionnel, délègue son autorité, fait preuve d’humilité et dirige dans un esprit de service désintéressé. «Ces deux visions du leader semblent antinomiques. Or, lorsque l’on demande aux employés ce qu’ils préfèrent, ils aimeraient une combinaison des deux.» De façon intéressante, le leadership paternaliste de l’abbé réunit ces deux visions. «Elu par ses pairs qui «l’adoptent» pour père», il dirige sans diriger, en faisant appel à la responsabilisation de ses frères. Et de conclure: «Les dirigeants d’entreprise devraient s’inspirer des abbés, puissants mais au service des autres.»

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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