Bilan

Le retour aux sources d’un chasseur de têtes

Dimitri Djordjèvic était chargé de dénicher un nouveau patron pour une clinique lausannoise. Mais l’homme de la situation, c’était lui: il dirige la Clinique de La Source depuis un an.
  • Dimitri Djordjèvic est revenu à ses premières amours en 2014, le domaine de la santé.

    Crédits: Dr
  • Entre enjeux politiques et modernisation, le patron de la clinique lausannoise fait face à de nouveaux défis.

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Son prédécesseur, Michel Walther, incarnait la Clinique de La Source depuis trois décennies. En investissant le bureau de la direction générale de l’établissement à Lausanne en février 2014, Dimitri Djordjèvic était parfaitement conscient des attentes. Il venait de passer dix-sept ans chez Mercuri Urval; dont sept dans le Comité exécutif pour la Suisse, à, entre autres, sélectionner des perles rares pour des postes de management.

Le nouveau directeur s’est littéralement fait happer par l’esprit de cette clinique à la réputation rayonnante. Dimitri Djordjèvic était en charge de trouver «une personnalité qui colle à La Source». Deux cents candidatures épluchées et des journées d’entretiens infructueux plus tard, le comité de sélection du conseil de fondation de la clinique lui a gentiment fait comprendre qu’il ne serait «pas opposé» à ce qu’il présente sa candidature.

Déontologiquement tiraillé, mais irrésistiblement attiré par l’idée de reprendre les commandes de «la plus belle clinique», le chasseur de têtes s’est laissé chasser, même s’il n’avait «pas de CV» à jour…! Et le conseil de fondation de La Source l’a engagé après l’avoir auditionné au même titre que n’importe quel autre candidat. Un véritable retour aux premières amours pour cet homme au parcours atypique passionné par le domaine de la santé. «Je crois au destin et aux rencontres. Je n’ai jamais planifié ma carrière, j’ai pris la vie comme elle venait. A La Source, j’ai rencontré de fortes personnalités qui m’ont inspiré.»

Né à Lausanne, fils unique d’un père originaire du Monténégro réfugié après avoir été prisonnier dans des camps allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, Dimitri Djordjèvic décrit une enfance heureuse et équilibrée dans un milieu modeste et une scolarité sans souci. Très jeune, il s’oriente vers la biologie et la recherche en laboratoire. Mais se fait également très vite rattraper par son besoin de relations humaines.

«Je ne me voyais pas passer ma vie à découper des souris.» ll bifurque du côté de l’industrie pharmaceutique comme délégué médical. Sa carrière décolle au sein de la compagnie américaine Eli Lilly. Repéré par le président de l’entreprise pour le secteur Europe, il est parachuté à Vienne pour un projet de développement sur le diabète. «Je bossais jour et nuit, j’ai présenté le projet, qui a plu. Ils m’ont proposé de continuer à travailler dessus et j’ai été envoyé en ex-Yougoslavie. Jamais je n’aurais imaginé aller bosser là-bas, avec toute la charge émotionnelle et historique que cela représentait pour moi!»

Sa «grosse erreur»

Il est de retour une année plus tard, juste avant la guerre. Il prend une fonction de product manager sur la zone Afrique, Moyen-Orient, puis reprend le marketing pour tout le continent africain, sous les ordres d’Eduardo Messora, un patron qu’il «a adoré. Il m’accordait une confiance totale. Mais quand il m’a proposé de déménager dans l’un des pays de la zone pour une promotion, ma fille venait de naître… J’ai voulu privilégier l’équilibre familial, j’ai quitté l’entreprise pour rejoindre une société pharmaceutique plus petite et m’occuper du marché suisse. Ça a été une grosse erreur! Je n’ai jamais été si malheureux! Alors que, quelques mois plus tôt, je négociais des contrats à près de 10  millions, je me retrouvais convoqué chez le directeur car j’avais «engagé l’argent de la boîte» pour imprimer des dossiers à 122  francs sans lui en avoir demandé l’autorisation…» Aujourd’hui encore, il se dit qu’il ne voudra «jamais être ce patron-là».

Dimitri Djordjèvic, «complètement éteint», tombe sur une annonce de Mercuri Urval, qui cherche un management consultant. «Je n’avais aucune idée de ce que c’était. Mais ça m’a passionné! Au contact de centaines d’entreprises, j’ai appris énormément, tant sur les bonnes pratiques du management que sur les erreurs à éviter.» Le spécialiste en pharmaceutique s’éloigne alors de son domaine de prédilection durant dix-sept ans jusqu’à ce que sa passion le rattrape en 2013, lorsque La Source le mandate pour trouver son futur directeur général…

Voilà donc un an que ce père de famille, la cinquantaine élégante, savoure son nouveau défi. Après quatre mois d’immersion totale «extraordinaire, à faire l’éponge en passant par tous les services de la clinique», il a entamé les premiers gros chantiers. Notamment la modernisation des outils de pilotage et de gestion. Pour lui, les enjeux les plus importants de la clinique seront politiques.

«Le cadre général de la santé est de plus en plus contraignant. Il y a de la pression sur les coûts de la santé, des craintes autour de la médecine hautement spécialisée. On met en opposition les systèmes privé et public, déplore-t-il, alors que dans tous les domaines de l’économie, on observe que la réussite passe par le partenariat. Nous en avons d’ailleurs un magnifique exemple avec notre centre de chirurgie robotique La Source – CHUV. Je suis un défenseur des partenariats privés-publics.»

Ce qui lui plaît le plus dans ce nouveau challenge? «Tout d’abord, travailler pour une fondation à but non lucratif est un privilège et un luxe. On peut investir sans toujours attendre un retour immédiat. Ensuite, c’est le côté multifacettes du poste. Dans la même journée, je fais 7 ou 8 métiers différents!» Et le contact, toujours le contact. «Ma grande récompense, c’est que des collaborateurs qui font partie des «petites mains» viennent me dire merci! L’une de mes qualités est d’être un vrai caméléon: en quelques minutes, je peux aussi bien discuter de football avec un magasinier que parler de projets très pointus avec un grand professeur de médecine.»

Lorsqu’on lui demande s’il se voit rester à ce poste jusqu’à la retraite, l’homme répond sans l’ombre d’une hésitation: «Oui! J’espère du fond du cœur terminer ma carrière en ayant la fierté de pouvoir dire que La Source est toujours la plus belle clinique.»

Camille Destraz

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