Bilan

Le Prix Strategis récompensera la meilleure start-up suisse

Des start-up de la sécurité, des neurosciences, de la mode et des transports vont concourir lors de la 23ème édition du Prix Strategis.
  • KB Medical, c’est un assistant robotique chirurgical qui améliore la précision du chirurgien travaillant sur la colonne vertébrale.

    Crédits: KB Medical SA
  • Chez Geosatis, strartup créatrice d’un bracelet destiné aux détenus, on se passionne pour les solutions électroniques sécurisées dans le domaine des systèmes de localisation.

    Crédits: Geosatis
  • Bestmile offre une plateforme de gestion de flottes de minibus 100% autonomes.

En 1999, le Prix Strategis primait une jeune entreprise prometteuse, lancée un an auparavant : Le Shop.ch. Le supermarché en ligne, repris à 80% par Migros en 2006, est devenu depuis le leader du e-commerce en Suisse.

C’est dire si le Prix Strategis ne date pas d’hier. Concours reconnu et créé en 1993, on y a « découvert des pépites et récompensé des entreprises devenues des leaders dans leur domaine », souligne l’entrepreneur Patrick Delarive, qui sera pour la deuxième année le maître de cérémonie de remise du prix.

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L'événement, auquel Bilan et l’association d’étudiants organisatrice HEC Espace Entreprise vous invitent, aura lieu ce 19 avril sur le campus de l’Université de Lausanne (entrée libre à la salle Amphimax 351). Avant la remise du Prix Strategis 2016, l’audience pourra découvrir la success story de l’application Jodel, véritable phénomène social de cette année sur les campus. Puis, Jean-Marc Tassetto racontera son passage à la direction de Google France et de SFR, qui l’a propulsé par la suite dans le domaine de la formation en ligne (MOOCS). Suivra la cérémonie, avec cinq finalistes: Bestmile, Fashwell, Geosatis, KB Medical et MindMaze. Chacune devra «pitcher» durant 3 minutes et sans diapositives, en vue de remporter le prix du public, doté d'une montre offerte par la maison Frédérique Constant. La cérémonie sera suivie d’un apéritif sur place et d’un cocktail dînatoire sur invitation au Lausanne Palace.

Spin-off de l’EPFL créée en janvier 2014, Bestmile offre une plateforme de gestion de flottes de minibus 100% autonomes, sans volant ni pédales, qui roulent à 20-40 km heure. Objectif: en faire un nouveau système de transports publics, destiné à des villes, des campus universitaires, des hôtels, des aéroports, des sites industriels ou encore des centrales nucléaires comme celle de Civaux, près de Poitiers, cliente de Bestmile. CarPostal Suisse devrait compter parmi ses clients fournisseurs de véhicules d’ici l’été.

D’un côté, la plateforme propose des lignes qui suivent des trajectoires et horaires fixes, de l’autre, elle propose un service à la demande, en téléchargeant l'application, de type Uber. « Nous entrons en phase de commercialisation de la plateforme », indique Raphael Gindrat, co-fondateur de Bestmile. Basée dans le cloud, elle fait office de tour de contrôle. On peut y voir en temps réel où se trouvent les véhicules. Pour fin 2016, la société vise à avoir entre 50 et 100 véhicules en exploitation. «Nous sommes en pleine phase de recherche d’investisseurs», indique Raphael Gindrat.

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Fashwell réunit quant à elle l'intérêt pour la mode et pour l'informatique. Un Italien, un Allemand et un Suisse collaborent ensemble depuis leurs recherches en laboratoire, qui les ont menés jusqu’au doctorat (sciences informatiques et intelligence artificielle). Fondée il y a 2 ans à l’EPFZ, l’entreprise s'est voulu, à sa fondation, le "Shazam de la mode", selon l’un des co-fondateurs, Matthias Dantone, qui fera le pitch le 19 avril. Ce dernier avait en effet remarqué que sur Instagram, on voit souvent des habits attrayants, mais on ne sait pas où se les procurer.

L’application de Fashwell a donc été conçue pour retrouver les marques et sites de e-commerce qui permettent de se les procurer. On se connecte à l'application avec son compte Instagram, et celle-ci retrouve instantanément le magasin où s’achète le vêtement indiqué sur la photo, ou nous réfère à un article d’apparence similaire, à l’aide d’un algorithme qui reconnaît l’objet en photo et le connecte à un magasin de vêtements en ligne. 

"Le virtuel ne suffit pas"

Chez Geosatis, start-up créatrice d’un bracelet destiné aux détenus, on se passionne pour les solutions électroniques sécurisées dans le domaine des systèmes de localisation, de suivi et de communication. José Demetrio, l’un des fondateurs de la société basée à Noirmont (JU), évoque un marché « qui représente entre 1 et 4 milliards de dollars d’ici 2020 », car il compte très peu d’acteurs globalement (cinq, y compris Geosatis, qui a l’avantage d’utiliser le système satellite européen Galileo). Le projet est né à la prison de Champ-Dollon à Genève, lorsque le directeur de la prison lui a parlé du besoin de l’institution de pouvoir libérer de petits délinquants et de les suivre efficacement.

Le fondateur de Geosatis, diplômé de l’école d’ingénieurs d’Yverdon, se lance alors en 2010 dans la conception d’un nouveau produit qui combine les avantages des technologies existantes sur le marché. En plus de traquer l’individu, le bracelet assure un suivi, avec une composante de réinsertion sociale, d’accompagnement, et une dimension prédictive qui analyse le potentiel de réinsertion. « C’est un outil d’accompagnement plutôt que de surveillance », résume José Demetrio, qui a obtenu le premier contrat en juin 2014 avec l’Afrique du Sud. Une dizaine de pays sont en test.

Si Geosatis gagnait les 50'000 francs mis en jeu, « nous utiliserons cette somme pour couvrir nos frais de voyage et de promotion commerciale dans de nombreux pays, car il s’agit de s’y rendre et de leur faire toucher du doigt le matériel : il faut du tangible, de la guérilla commerciale urbaine. Le virtuel ne suffit pas pour assurer la promotion ».

KB Medical, c’est une prouesse robotique issue des compétences du fondateur, alliée aux compétences médicales de la co-fondatrice, explique Jean-Marc Wismer, qui en assure la promotion. Il s’agit d’un assistant robotique chirurgical qui améliore la précision du chirurgien travaillant sur la colonne vertébrale, afin qu’il puisse opérer le plus efficacement avec les approches mini-invasives. « Dans ce type de chirurgie, seules 20% des opérations utilisent les approches mini-invasives, contre 80% dans l’abdominal, car autour des vertèbres, il s’agit de percer des trous avec une précision millimétrique, et il n’y a pas d’espace. Le robot permet de maintenir la trajectoire que le chirurgien a choisi en stabilisant son bras ».

Valorisée un milliard de dollars 

 

Si la start-up reçoit les 50'000 francs, Jean-Marc Wismer indique que le but est de créer une nouvelle approche chirurgicale. « On peut imaginer des instruments conçus pour être utilisés avec le robot, des implants conçus pour être placés par le robot, comme une vis qui effectue le trou et se place en une seule opération ».

Quant à la startup lausannoise MindMaze, qui a inventé un appareil et un logiciel pour la réhabilitation des patients atteints de troubles neurologiques (suite à un AVC), sa renommée est déjà internationale. Son fondateur, l’Indien Tej Tadi, est docteur en neurosciences et computer science de l’EPFL. Son directeur financier Pierre-Emmanuel Meyer souligne que l’entreprise a déjà quatre ans derrière elle, et qu’elle « est passée par toutes les étapes de la startup. A ce titre, gagner le Prix Strategis serait pour nous une reconnaissance de notre parcours », résume-t-il.

Depuis la prise de participation en janvier dernier, par le groupe Hinduja, à hauteur d’environ un tiers de son capital, MindMaze est valorisée à hauteur d'un milliard de dollars. Cette année, elle est entrée en phase commerciale. L’an dernier, elle avait passé avec succès la phase de pré-commercialisation avec des partenaires clés tels que le CHUV et la caisse nationale suisse d’assurances Suva. Fin 2015, son produit phare, MindMotion Pro, a été approuvé à la commercialisation en Europe, et des essais cliniques ont commencé dans cinq hôpitaux (Suisse, Angleterre, Allemagne, Italie).

« La plateforme de MindMaze permet de suivre le patient tout au long de sa rééducation, depuis le début de celle-ci en milieu hospitalier juste après l’AVC, jusqu’à son retour à la maison, lors de la phase chronique de la rééducation», souligne Pierre-Emmanuel Meyer.

Banques frileuses 

Les prix attribués aux start-up se sont multipliés ces dernières années. Pour Patrick Delarive, «plus il y en a, mieux c’est». Pour l’entrepreneur vaudois, « cela donne davantage de chances, il y a plus d’élus pour un grand nombre d’appelés». L’essentiel, pour lui, est que « plus les comités de sélection et les sponsors sont de qualité, ont de l’expérience et de la légitimité, plus la probabilité que le prix soit attribué au bon candidat est grande et plus ils trouvera des investisseurs importants ».

Aujourd’hui, participer à un concours est souvent une des seules issues pour les startups, constate l’entrepreneur et financier, « les banques étant frileuses dans leur soutien à l’entrepreneuriat ». Passionné d’entrepreneuriat quant à lui, Patrick Delarive conclut que « tout un chacun se doit d’être entrepreneur de soi, dans un monde où les générations Y et Z vont être entrepreneurs tout court ».

 

 

 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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