Bilan

Le père des «Max et Lili» ne fait rien comme les autres

Christian Gallimard, descendant de la maison d’édition, s’est installé en Suisse il y a trente ans. C’est depuis sa propriété qu’il œuvre au succès de ses best-sellers pour enfants.
  • Christian Gallimard a cofondé Galligram en 1992 à Fribourg.

    Crédits: François Wavre/Rezo
  • Plus fort que «Titeuf»

    Publications La collection des «Max et Lili» compte à ce jour 108 titres. Dominique de Saint Mars, leur auteur, traite tous les problèmes des préados (6-12 ans) en abordant des sujets difficiles (l’alcoolisme, la drogue, la prison, la mort, la pédophilie, etc.), le tout avec des mots justes pour en parler aux enfants. Chaque année, trois titres sont édités. A la suite des événements du mois de janvier qui ont durement frappé les esprits en France, le prochain numéro, prévu fin août, traitera de la violence des écrans dans «Max et Lili ont peur des images violentes». Dix titres de «Max et Lili» figurent dans le classement des 50 livres les plus empruntés dans les bibliothèques en France, dépassant «Titeuf», de Zep.

    Crédits: Dr

Le personnage nous renvoie un peu au mythe du docteur Frankenstein fabriquant sa créature dans sa grande propriété. A l’instar du savant imaginé par Mary Shelley, Christian Gallimard a fait de sa villa de Coppet un centre de création qui voit naître, non pas des monstres, mais des héros pour enfants, dont les célèbres Max et Lili.

C’est ici, en effet, qu’est établie la société d’édition Calligram qu’il a fondée en 1992 avec Marc Ladreit de Lacharrière. Aujourd’hui, il contrôle l’ensemble de la société, depuis une extension de la maison familiale située sur les rives du lac. Sept personnes travaillent, dans un esprit de start-up, à l’élaboration de la collection enfantine à succès. Un peu plus loin, le maître des lieux s’arrête avec fierté dans son antre, une cave remplie d’ordinateurs, de scanners et d’imprimantes professionnelles. Juste à côté, le bureau de son épouse Pascale, auteure et éditrice des livres éducatifs pour enfants Pako.

C’est elle, aussi, qui relit et finalise les textes avec Dominique de Saint Mars, l’auteur des Max et Lili illustrés par Serge Bloch. Quant au petit-fils de la célèbre maison d’édition parisienne, son espace de travail se situe au cœur d’une grande bibliothèque où sont rangés des milliers d’ouvrages, dont le plus ancien est un traité de mathématiques écrit par son aïeul en 1730 pour les sujets du roi. Même s’il est en bisbille avec une frange de sa famille à la suite du règlement de la succession, Christian Gallimard est fier de son patrimoine. 

Une politique commerciale de terrain

Ainsi, en lançant sa propre maison d’édition spécialisée dans la littérature enfantine, l’entrepreneur s’inscrit dans la droite ligne de la tradition familiale. Mais il a choisi un business model qui va à l’encontre de ce que font les maisons d’édition traditionnelles. Passionné d’informatique, il a repensé complètement le schéma opérationnel de son entreprise en contrôlant toute la chaîne de production du livre.

Pour faire des économies, «car les salaires en Suisse étaient trop élevés», le Français a réduit son équipe au minimum. Il a ensuite choisi d’automatiser de nombreux postes, mais aussi d’informatiser la comptabilité, de réduire les frais généraux d’impression et de baisser les prix de revient.

«Nous sommes une fiduciaire administrative interne plus sophistiquée que les fiduciaires», s’amuse l’homme d’affaires qui a également mis en place un outil d’intelligence économique et de géomarketing pour maîtriser les ventes et ne pas dépendre des diffuseurs. Il a racheté ainsi à l’INSEE les adresses et les lignes factures des 30 000 points de vente en France. Cette immense base de données est utilisée comme un outil d’analyse pour observer les comportements d’achat des consommateurs et gérer ainsi les stocks de ses titres dans un supermarché ou dans une petite librairie. «Notre outil nous a permis d’observer les changements de consommation: les centres qui se vident et les ventes en périphérie qui augmentent.»

Grâce à cette politique commerciale de terrain, les nombreuses implantations ont amené la notoriété à la collection des Max et Lili. Puis, en choisissant de développer de nombreux produits dérivés, dans des enseignes qui ne vendent traditionnellement pas de livres, comme les supermarchés en France ou la Poste, Coop et Migros en Suisse, Calligram s’est fait connaître partout.

Depuis, la maison d’édition écoule environ 1,5  million de Max et Lili par année ainsi que des centaines de milliers de produits dérivés (livres jeux, calendriers, agendas, etc.) dans les quatre pays francophones que sont la Suisse, la France, la Belgique et le Canada. «Notre succès a été possible grâce à notre technique, qui est une exception sur le plan commercial mais aussi sur celui de la fabrication, de la gestion et de la structure du marché», résume l’éditeur. 

Le paradoxe du lion

A 71  ans, celui qui se vante de ne jamais rien faire comme les autres montre toutefois quelques paradoxes. En effet, toujours à l’affût des évolutions technologiques, Christian Gallimard n’a pourtant jamais lancé de site internet. Ni la maison Calligram ni même Max et Lili ne sont présents sur la toile: pas de réseaux sociaux ni d’adresse e-mail, de peur, dit-il, «d’être noyé sous les courriers des lecteurs».

Une première application pour tablettes numériques, réalisée par son fils cadet Robin, créatif de formation, vient tout juste d’être lancée. Aucune traduction ni adaptation télévisuelle n’ont encore vu le jour, malgré les nombreuses sollicitations, car il prend garde de ne pas céder à des tiers ses droits commerciaux. «Les coéditeurs n’ont pas la même approche marketing que nous», se justifie l’éditeur. Sa priorité reste pourtant la diversification, dans le numérique notamment.

Et qu’en est-il de l’avenir du livre justement? Le livre n’est pas condamné, selon Christian Gallimard, qui continuera à éditer des exemplaires papier. Mais il entend lancer des applications et des produits numériques «qui apportent un enrichissement à l’édition grâce aux blogs, aux liens hypertextes et aux animations». Selon lui, tous les médias sont en train de se diriger vers le numérique, mais aucun n’éliminera l’autre complètement. La disparition du livre ne l’inquiète pas, car il espère trouver une formule économique pour obtenir les mêmes recettes avec le numérique.

D’ailleurs, Calligram développe actuellement des fiches pédagogiques en format papier et numérique, disponibles dans les bibliothèques publiques et pour les écoles: «L’avenir de l’école est à l’e-learning.» Ça tombe bien, sa fille Clémence a lancé à Genève la start-up Galli Learn qui offre des solutions d’e-learning. Car Calligram, c’est aussi une histoire de famille: Pauline, la fille aînée, pour la direction artistique, et Adrien, le frère aîné, pour la gestion, participent également à la vie de l’entreprise. A terme, l’éditeur de Coppet souhaite lancer des cours de langues français-anglais-chinois avec tout le corpus des Max et Lili

La retraite? Christian Gallimard n’y pense même pas.

Chantal Mathez

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