Bilan

Le monde du livre retrouve le sourire

Après quelques vagues, le secteur de l’édition romande vogue aujourd’hui en eaux stables. Si les tirages ont beaucoup baissé, les ventes se maintiennent.
  • 2015 a été une très bonne année pour les Editions Zoé, dirigées par Caroline Coutau.

    Crédits: Lionel Flusin
  • Andonia Dimitrijevic, à la tête de L’Age d’Homme, salue l’arrivée d’auteurs talentueux.

    Crédits: François Wavre/lundi13

Malgré les prévisions catastrophiques, le livre ne connaît pas la crise en Suisse romande. Même si le marché est devenu plus difficile, la production d’ouvrages et le nombre d’éditeurs restent stables. Ils ont résisté à l’arrivée d’Amazon, des e-books ou, plus récemment, au franc fort qui a touché de plein fouet les maisons exportatrices.

Le basculement vers le numérique n’a pas encore eu lieu comme dans les pays anglo-saxons: il représente seulement 3% du marché de la zone francophone alors qu’il se monte à 30% aux Etats-Unis (depuis dix-huit mois, le numérique y perd aussi du terrain).

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Autre bonne nouvelle: les Suisses romands sont les champions de la lecture. Ils achètent, par habitant, plus de livres que leurs compatriotes alémaniques ou que leurs voisins français. Le nombre d’exemplaires vendus annuellement se monte à environ 10 millions en Suisse romande, pour un chiffre d’affaires estimé à près de 250 millions de francs (le prix public moyen d’un ouvrage se situe autour de 25 francs). Dans la région, le marché du livre est le secteur principal de la consommation culturelle, bien avant le cinéma, la musique ou les arts.

La scène littéraire romande connaît une période dynamique

«La scène littéraire romande connaît une période dynamique, dense et positive avec une émulation de jeunes auteurs», se réjouit la présidente du Salon du livre, Isabelle Falconnier. «Et le métier d’éditeur continue à intéresser la jeune génération qui travaille désormais avec des outils contemporains», rajoute celle qui est également critique littéraire à L’Hebdo.

Chaque année, des maisons d’édition naissent: 2016 compte deux nouveaux acteurs à Lausanne: la maison uTopie, spécialisée dans la création de livres numériques interactifs pour la jeunesse, et les Editions de la Marquise. Côté relève, Andonia Dimitrijevic dirige L’Age d’Homme depuis le décès de son père et a fait évoluer la maison à son image. Le jeune Matthieu Mégevand a repris les Editions Labor et Fides, il y a quelques mois, des mains de Gabriel de Montmollin et Caroline Coutau a succédé avec succès à Marlyse Pietri aux Editions Zoé.

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Andonia Dimitrijevic  affiche le même enthousiasme: «Les éditeurs collaborent de plus en plus entre eux sur des projets communs. Sans compter de nouveaux auteurs très talentueux.» Pierre-Marcel Favre, fondateur des Editions Favre, est lui aussi optimiste: «Le livre reste très important et ne court pas un grand danger.»

De son côté, Caroline Coutau se réjouit : 2015 a été une très bonne année pour les Editions Zoé, qui continuent de progresser en 2016. «Nous n’allons pas nous enrichir, mais les gens vont continuer à lire, souligne la directrice de la maison genevoise. La lecture fait partie de notre identité, de notre histoire. Malgré la progression de la variété des loisirs, le livre va rester.»

Ventes stables, tirages en baisse

Ce patrimoine reste cependant fragile, estiment plusieurs professionnels du secteur. Si les ventes de livres sont plus ou moins stables, les tirages ont beaucoup baissé. «Le choix est plus large qu’auparavant, mais les tirages sont plus bas», confirme Caroline Coutau. Ainsi, pour éviter les stocks chez les libraires et les invendus, de plus en plus d’éditeurs limitent les tirages et pratiquent l’impression «à la demande» grâce au numérique. A l’inverse de l’impression offset, les coûts d’impression numérique sont effectivement bien moindres et permettent de tirer un nombre limité d’exemplaires.

L’édition suisse romande souffre surtout de son manque de visibilité en France. «Les maisons d’édition romandes vivent difficilement si elles n’arrivent pas à sortir des frontières de la Suisse romande. Le bassin de population est trop petit pour espérer vivre correctement des activités d’édition, indique Ivan Slatkine, directeur des Editions Slatkine. Une présence sur Paris avec une diffusion large en France est impérative.»

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Il existe cependant des exceptions avec, par exemple, le succès du livre de Marc Voltenauer Le dragon du Muveran publié par Plaisir de Lire, qui s’est vendu à ce jour à plus de 12 000 exemplaires ou encore le livre sur les médecines alternatives publié par les Editions Favre qui se serait écoulé à plus de 50 000 exemplaires en Suisse romande. «Cependant, ces cas sont rares et, en principe, pour qu’un écrivain décolle, il doit pouvoir s’exporter», souligne Ivan Slatkine.

Ainsi, «le challenge est de trouver un diffuseur et un distributeur en France qui vendra ensuite vos ouvrages dans les librairies», explique Caroline Coutau, dont les Editions Zoé réalisent environ 50% des ventes dans l’Hexagone. «En Suisse romande, on compte environ 40 librairies, alors qu’elles sont près de 2000 en France.»

Et pour intéresser nos voisins, «il faut éditer soit des auteurs français, soit des auteurs de qualité ou des ouvrages sur un créneau particulier comme la philosophie, la théologie ou encore l’histoire», indique Gabriel de Montmollin, actuel président des Editions Labor et Fides.

Et le succès ne vient pas tout seul. En plus de disposer d’un distributeur en France, l’éditeur doit se déplacer à la rencontre des libraires et des journalistes. Idéalement, il faut avoir un réseau et un attaché de presse qui fera de la promotion et du marketing pour que les professionnels parlent de vos livres. Caroline Coutau, qui s’est largement déplacée en France pour célébrer les 40 ans de la maison Zoé, est ravie de l’accueil réservé par les libraires français. 

Un tout petit marché

Même si l’on compte près de 2500 nouveaux titres produits en langue française chaque année en Suisse, le marché romand du livre reste, lui, tout petit. En effet, 80% des ouvrages vendus sont importés de France et Belgique. La Suisse romande compte une centaine de petites et moyennes maisons d’édition, la plupart fonctionnant simplement par passion et parvenant tout juste à survivre. 

Par ailleurs, la plupart des petits éditeurs ne courent pas après les best-sellers, parce qu’ils n’en ont pas les moyens, estiment certains professionnels du secteur. Plusieurs microstructures ne comptent en effet qu’un seul employé qui travaille parfois de manière bénévole. «Il s’agit souvent de passionnés», indique Jacques Scherrer, secrétaire général de l’ASDEL (Association suisse des diffuseurs, éditeurs et libraires). Ces petits éditeurs ont, pour la plupart, une autre activité économique en parallèle.

En Suisse romande, il existe à peine dix grands acteurs qui emploient entre trois et sept collaborateurs. Le secteur reste très confidentiel et ne compte pas plus de 200 salariés au total. «Avec un chiffre d’affaires annuel des éditeurs romands se situant entre 30 et 40 millions de francs, il s’agit d’une branche financièrement faible mais culturellement très importante, commente Gabriel de Montmollin, également président du Cercle de la librairie et de l’édition à Genève. L’éditeur est souvent une figure culturelle qui fait l’opinion.» Au final, «un éditeur est un artisan», conclut Pierre-Marcel Favre.

Chantal Mathez

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